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36a APPENDICE.
aux conseils que ses amis lui donnèrent de me quitter. U me vit abandonnée de tout le mondé et demeura seul auprès de moi. Je ne pris ni viande ni remède d'autre main que de la sienne. Je fus portée entre ses bras partout où le chagrin me fit désirer d'aller. Que veux-tu que je te die? La prudence ne lui montra point de périls qu'il ne méprisât, ni l'amour d'ofiBces qu'il ne me rendît. Enfin il essaya tout, et tout lui fut inutile. Si la mort eût voulu céder ou pardonner, elle ne fût pas venue avec tant d'appareil. Ce qu'il fit alors, ce qu'il dit, ce qu'il devint, il faut que tu l'imagines : les paroles ne vont point si avant. Mais que diras-tu de ce que tu n'oyes rien dire de ma mère? La comprendras-tu du nombre de ceux que l'appréhension du danger fit retirer d'auprès de moi? 0, si tu le fais , que tu t'abuses ! Combien estimes-tu qu'elle ait fait de plaintes de la fortune, pour lui avoir envié la gloire de me témoigner son affection en ce dernier besoin? De combien penses -tu qu'elle eût racheté la certitude de se perdre pour l'incertitude de me sauver? Mais elle étoit en Provence, où la condition de ses affaires l'avoit appelée assez de temps auparavant. Cette occasion la fit douloir plus tard, mais non plus modérément. Elle eût bien voulu regagner sur mon père l'avantage qu'il avoit d'avoir été le premier à me pleurer; mais comme elle s'étoit opiniâtrée à vaincre, il s'étoit opiniâtre à n'être point vaincu. Passant, tu serob bien aise que je t'entretinsse plus longtemps; mais que te saurois-je dire de grand d'une si petite vie? Je naquis le aa de septembre 1591, et décédai le a3 de juin 1 699. Va-t'en donc et compte chez toi que tu as vu la tombe de la fille la plus passionnément aimée et la plus inconsolablement regrettée qui fut jamais. Mon trèscher père et ma très-chère mère m'ont fait ce pitoyable présent. S'ils vivent, prie pour le soulagement de leur ennui; s'iL» ont vécu, pour la rétribution de leur piété.