‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 216 sur 259 · I. Vab. (édit. de iH3o) : Un peu gaie · texte numérisé non relu

I. Vab. (édit. de iH3o) : Un peu gaie

a. A la place de ce membre de phrase, on lit celui-ci dans Tédition de i63o : c .... de science, tantôt pour ramener à une fiiçon de

tantôt pour demander quelque chose aux princes, leur renouveler ses devoirs, les louer de quelque grande action, les consoler sur leurs pertes, et quelquefois se justifier auprès d'eux d'une accusation importante. Celles de la première espèce ne doivent pas être entièrement négligées, ou dépourvues de nombre, encore que le nom de familières^ qu'elles portent semble en bannir toute sorte d'étude et de soin. Car les oreilles ne peuvent recevoir les choses* avec plaisir, et les rapporter sans confusion à la faculté de Tâme qui les doit examiner après elles, quand on les mène plus loin qu'elles ne peuvent aller, ou que, tombant dans une autre extrémité, on les arrête lorsqu'elles s'attendent de faire encore quelque chemin* Mais il suffit qu'elles n'y soient point offensées, ou si on leur veut plaire, il faut que ce soit avec un artifice extrémemenl caché. Car on a trouvé le secret de faire excellemment les lettres dont nous parlons, lorsque la composition n'en paraît aucunement contrainte, que le style en est naïf, que les périodes sont courtes, et non pas divisées en plusieurs membres, ou remplies de mob dont la prononciation leur donne un poids et une gravite qu'elles ne doivent point avoir. C'est dans les antres dont le sujet est plus noble, qu'il est permis d'élever son style, de travailler puissamment à émouvoir les passions, de remplir l'esprit de celui qu'on entretient, de grandes pensées, et qu'il faut nonseulement se faire entendre, mais se faire entendre avec force. Alors le nombre peut être (»bservé, pourvu que ce soit sans une affectation trop scrupuleuse ou trop visible, et tous les mouvements des harangues y trouvent leur place, si on en excepte quelques-uns, qui doivent être nécessairement conjoints avec l'action, et qui naissent de figures plus éclatantes que ne peut souffrir la nature de Tépitre, laquelle doit toujours retenir qudque chose de la naïveté.

Il me semble que voilà à peu près l'image de la perfection dont les lettres sont capables. Mais il n'en est pas de même que de l'idée de l'orateur de Cicéron, dont on n'a jamais vu d'exem-

vivre plus réglée les personnes qui nous appartiennent, tantôt poor demander.... »

I. Vab. (édit. de i63o] : Encore que le nom qu*elles portent....

a. Var. (édit. de i63o) : Les images des choses.. .

pie, si lui-même ne l'a été; car il ne faul que lire la seconde partie des œuvres de Malherbe, pour voir toutes les beautés, i*artifice et les grâces dont je viens de parler, plus parfaitement employées que je ne les ai décrites ^ Il entretient ses amis avec un style si naïf, il les console avec tant de force*, il parle aux grands d'une façon si relevée, il découvre les sentiments de sa passion à sa maîtresse avec des pensées si délicates, que si je ne craignois de lui susciter de nouveaux envieux, je dirois qu'en ce genre d'écrire il est tout à fait inimitable. La lettre à Mme la princesse de Conti se peut appeler un chef-d'œuvre; et comme à chaque fois que l'on jette la vue sur un excellent tableau on y remarque des beautés nouvelles, je ne doute point qu'avec quelque soin que les curieux aient examiné cette rare production d'esprit, ils n'y rencontrent encore à cette heure de nouveaux sujets d'admiration. Sans doute le Génie qui préside à la fortune de sa maison, dont elle est un des plus grands ornements, et celui qui conserve parmi nous l'empire de l'éloquence, l'inspiroit pendant ce glorieux travail, et il me semble qu'être consolée de cette façon, c'est presque gagner autant que l'on a perdu'. J'avoue que ses autres lettres n'ont pas les grâces et les richesses de celle-là, et qu'il s'en trouve même quelquesunes, où sans être injuste on peut trouver quelque chose à redire. Mais il ne faut pas s'étonner si parmi un grand nombre de diamants, il s'en rencontre qui ont des pailles. Les plus excellents peintres ne réussissent pas toujours, et l'état de l'esprit, la stérilité des sujets, ou la confiance en celui auquel on écrit, sont bien souvent cause que le style se relâche, et que l'on n'examine pas les périodes et les pensées. C'est une grande injustice de vouloir qu'un homme fasse toujours des miracles, parce qu'il en fait quelquefois, et de ne lui permettre pas les vertus communes, à cause qu'il en a d'extraordinaires.

Ce seroit assez de tant d'excellents ouvrages, pour rendre sa

s. Vah. (édit. de i635) : Pour voir toutes les grâces et artifices dont je viens de parler, plus par&itement employés que je ne les ai décrits.

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