Ce membre de phrase manque dans l'édition de i63o
3. Ce qui suit, jusqu'à la fin de l'alinéa, manque dans l'édition de i63o.
roéinoire précieuse à tons les hommes, et faire taire ceax qui ne peuvent supporter Téclat de sa gloire. Mais je puis dire sans hyperbole que je n*ai pas encore découvert ce qui se peut particulièrement appeler son trésor. Nous voici arrivés sur la porte, et je vois déjà tant de raretés qui font un agréable mélange de leurs lumières, que mes yeux en demeurent éblouis. Comme il faisoit une particulière profession de la poésie, c'est en cette qualité qu'il a eu de plus sévères censeurs, et reçu des injustices plus signalées. Mais il me semble que je fermerai la bouche à ceux qui le blâment, quand je leur aurai montré que sa façon d'écrire est excellente, quoiqu'elle s*éloigne un peu de celle de nos anciens poëtesS qu'ils louent plutôt par un dégoût des choses présentes que par les sentiments d'une véritable estime, et qu*il mérite le nom de poète.
La poésie arrive à sa fin, qui est d'instruire et déplaire, d^une façon toute particulière. Car elle cache sous Técorcede la fable ce que les autres sciences proposent à découvert, pour rendre les vérités qu'elle publie plus vénérables par ce voile qui les couvre, et se donner entrée dans Fesprit avec moins de peine, par le contentement qu'il reçoit d*une fiction ingénieuse. Elle emploie encore la mesure des syllabes pour les uns, la douceur des rimes chez les autres, et parmi tous la pompe du style, la majesté des figures, les hardiesses dans les façons de parler, et la naïveté des descriptions, comme ses ornements plus naturels, et qui la distinguent mieux de l'éloquence oratoire. De sorte que celui-là peut être estimé le plus excellent poète, qui sait mieux l'art de profiter et de plaire tout ensemble, soit aux doctes, qui ont poli leur esprit par l'étude, soit aux autres, qui n'ont que les lumières d'un bon jugement naturel. Or il est certain que pour former parfaitement cette agréable mélange' du plaisir et de l'utilité , la structure du vers doit être belle, et plus ou moins noble selon la difierence des matières, qui ne veulent pas être traitées avec même soin. Je sais que ce n'est pas en cet arrangement de paroles qu'elle enseigne, que consiste la perfection des poèmes, et que quelques-uns s'en peuvent passer absolument. Mais puisque par une coutume, trop ancienne pour
I. Var. (édit. de i63o) : Des anciens. .. a. Vab. (édit. de i635) : Ce mélange....
être changée, on n'appelle poètes que ceux qui font des vers sous de certaines mesures de syllabe, comme parmi les Latins, 00 sous les lois de la rime, comme parmi nous, je conclus hardiment qu'il est nécessaire de prendre garde à les bien tourner, et de faire qu'ils contentent l'oreille, pour le plaisir de laquelle ils semblent avoir été particulièrement inventés. Car sans cela les fables les plus heureusement imaginées, les pensées les plus délicates, les matières les plus hautes dégoùtei^ment l'esprit des lecteurs, au lieu de les transporter hors d'eux-mêmes ; ce qui est le plus haut effet de la poésie. Les noms de ces grands hommes, Ronsard et du Bellay, ne doivent jamais être proférés sans imprimer dans l'esprit de ceux qui les écoutent une secrète révérence, et il faut avouer que jamais personne n'apporta une plus excellente nature, une force de génie si prodigieuse, et une doctrine si rare à la profession des vers* ; mais il est certain aussi qu'ils n'ont pas eu tout le soin que l'on pouvoit désirer de irette partie de la poésie dont nous parlons, soit qu'ils la négligeassent, ou que les oreilles de leurs temps fussent plus rudes que les nôtres, les juges moins sévères, et la langue moins raffinée. La passion qu'ils avoient pour les aneiens étoit cause qu'ils pilloient leurs pensées plutôt qu'ils ne les choisissoient, et que mesurant la suffisance des autres par celle qu'ils avoient acquise, ils employoient leurs épithètes sans se donner la peine de les déguiser pour les adoucir, et leurs fables sans les expliquer agréablement, et considérer d'assez près la nature des matières auxquelles ils les faisoient-servir. Mais Malherbe, connoissant le goût du siècle auquel il écrivoit, a cru qu'il devoit être plus scrupuleux en cela qu'ils n'ont été, et que des Portes, Bertaut, et le cardinal du Perron, ayant ajouté à la poésie la politesse de laquelle ils étoient capables ou qu'ils jugeoient nécessaire pour la mettre en un état de perfection, il pouvoit bien à leur exemple chercher de nouvelles grâces pour parer nos Muses, qu'il voyoit si cruellement méprisées, et les retirer d'entre les mains de tant de petits monstres qui les déshonoroient. Les licences qu'il a évitées, soit pour l'addition ou le retranchement des syllabes dans les mots, la sévérité qu'il a
I. Var. (édit. de i(>3o) : Jamais hommes n'apportèrent une plm exceUente nature, etc. à leur profession....
37ft APPENDICE.
gardée dans Temploi des rimes, et tant d'autres règles, desquelles on lai reproche l'invention, sont des diaines à la Tenté, mais on les doit plutôt appeler des ornements convenables à leur sexe, que des marques honteuses de servitude ; et quand j*avoueroîs qu*elles sont captives, il est certain que œCte non* velle prison leur est plus avantageuse que leur andenne liberté ; qu'il n'y a que ceux qui les veulent faire parier comme des filles ddMuchées, qui condamnent la sévérité dont elles (oal maintenant profession, et que si on a jamais dû espérer de les revoir assises sur le trône, d'où elles étoient chassées, c^est à cette heure qu'elles ont repris les grâces de leur visage, la majesté de leur port, et les charmes de leur conversatioD, sous la discipline de notre Malherbe.
Cette rigueur qu'il a observée en sa façon d'écrire fait que ses plus grands ennemis confessent qu'il étoit excellent versificateur; mais c'est toute la louange qu'il peut obtenir de leur courtoisie, car le nom de poète, à leur avis, ne lui peut appartenir, le prenant dans son ancienne et véritable signification. Cette calomnie est fondée sur d'aussi mauvaises raisons que les antres, et par conséquent il ne me sera pas plus difficile d'j répondre, pourvu qu'ils se contentent de la vérité.
La poésie et la peinture ont été appelées sœurs, à cause que ces deux arts ne sont rien autre chose qu'une imitaticm de la nature, et que d'autant plus qu'elles en af^rochent, d*autant sont-elles voisines de la perfection qui leur est propre. La poésie est une peinture parlante, la peinture une poésie muette; et comme les peintres sont distingués par la différence des choses qu'ils représentent, les uns travaillant après le naturel, les autres ne faisant que des dessins^, ainsi les poètes sont différents les uns des autres par la variété des sujets qu'ils imitent, et la manière de l'imitation, dans laquelle on peut considérer quatre choses : le sujet, le spectateur, les instruments qui servent, et celui qui les emploie. Le sujet comprend sous lui tout ce qui peut être représenté de la personne qu'on vent
I. L'édition de i63o donne ici oe membre de phrase, reUmcbé dans les éditions suivantes : c Ceux-ci ne réussissant qu'en des postures bouffonnes ou lascives, et ceux-là qu'en l'expression des mouvements furieux d'un homme en colère ou touché de quelque gnad* tristesse.... •
imiter. Dans le spectateur il ne fiant considérer que la fantaisie^ qui reç<Ht les images de ce qui se fait ; les instruments qui forment ce que les anciens a^peloient spectacle , et ce que nous nommons décorations de théâtre, se rapportent on à la vue, ou à Touïe ; et Timitaleur' arrive à sa fin, ou par le discours seul, on par la gesticulation (car il faut que je me serve de ce mot), ou par le chant. L'imitation qui ne se sert que du discours, est celle qui se voit dans les poëmes éjnques, héroïques, élégiac|ucs, satiriques, ceux qui se chantoient en l'honneur de Bacchus, appelés dithyrambiques, et encore dans nos épigrammes et nos sonnets. Celle qui, outre le discours, emploie encore le chant, est particulière aux lyricpies ; car les anciens avoient* trouvé Tart de représenter les actions de qui que ce fût^ par rharmonie des flûtes, on des autres instruments de musique qui étoient en usage parmi eux. La dernière qui se fait en toutes les trois façons, par le discours, la gesticulation et le chant, constitue les poëmes tragiques et comiques ; ce qui ne sera plus obscur quand on aura considéré la différence qui se trouve entre la scène des Grecs et la nàtre. Parmi eux, aussitôt que les acteurs avoient achevé la pièce, les danseurs venoient sur le théâtre, qui représentoient tout ce qu'elle contenoit par leurs diverses figures, d*où nos ballets ont sans doute pris leur origine ; et quand ils étoient sortis, les musiciens exprimoient encore en quelque façon par les différents accords des flûtes ce qui étoit déjà entré dans Tesprit des spectateurs, par les vers du poëte, et par les postures des baladins. Auparavant même que les acteurs vinssent sur le théâtre, le peuple savoit si l'argument de la pièce devoit être sérieux ou risible, par le ton des flûtes qu'il entendoit'.
Donc pour prouver que Malherbe est poëte, et donner à sa poésie le nom qui lui appartient, il faut considérer s'il imite, quelles sont les choses qu'il imite, et de quelle sorte d'imita-*