Var. (édit. de i63o) : Nous n'a yods point sojet
38i APPENDICE.
vécu, le nôtre ayant eu un Malherbe; et il semble qn^ontrela oonformité de leur génie, le ciel a encore vouln qu'ils fiassent témoins de la vie des plus grands princes qui ont jamab été. Mous pouvons appeler ses pièces d'amour odes aussit6t que stances, puisque tout ce qui peut être chanté peut aussi recevoir ce nom. Et si quelqu'un s'étonne que celles qui le portent ne soient pas divisées par strophes, antîstrophes et épodes, il doit considérer que cette distinction seroit inutile, Tusage qae nous en faisons étant bien différent de celui des anciens, qui se servoient de ces mots pour signifier les divers tours de leurs danses aux environs de l'autel, pendant lesquelles ils avoient accoutumé de les chanter.
Je suis plus amoureux des anciens que ceux qui croiront que je les offense par le discours que je viens de faire; et je ne crains point d'avouer pour mon auteur, qu'il les a toujours pris pour ses guides. En effet, soit que ces grands chefsd'œuvre de la nature se donnassent k la profession de l'éloquence, soit qu'ils choisissent l'étude de la philosophie, ou qne se laissant conduire à leur inclination, ils s'appliquassent ao métier des vers, ils y réussissoient si parfaitement, que pour être capable de produire quelque chose d'excellent , il en fanl prendre les semences de leiurs livres^ U me semble qu'auprès des rayons qui sortent de leurs écrits, les lumières de la plupart de nos modernes ne sont que ténèbres; et je ne feroîs non plus de difficulté de reconnoître qu'ils ont poli mon style, enrichi ma mémoire , et forme mon jugement, que de confesser qu un prince m'auroit fait du bien. Mais toutes les bonnes choses ont deux extrémités vicieuses, et comme je blâme ceux qui les méprisent, je ne saurois souffrir ceux qui les adorent partout, et qui ne consultent en les imitant ni leurs orâlles, ni le goût des hommes qui les doivent lire. Les peintres qui veulent faire un excellent portrait, doivent s'étudier à exprimer
I. Vab. (édit. de i63o) : Dans leurs livres. -^ Ces mots sont soiris, dans l'édition de i63o, de cette phrase, retranchée detéditioof suivantes : c Je ne saurois souffrir ces petits esprits de notre siècle qui ont assez d'eflronterie pour comparer les statues de boue qu*iU fonnent avec tant de peine, à celles que ces honnêtes gens nous ont laissées , qui retiennent encore les premières gr&oes qu'elles ont reçues de leurs mains, il me semble.... i
sur la toile tous les traits dn visage sur lequel ils travaillent; et il n'y a si petite observation de taches ou de rides qni ne fasse beaucoup à la ressemblance , en laquelle eonsbte la perfection de leur art. Il n'en doit pas être ainsi de ceux qui prennent les anciens auteurs pour leurs patrons; car ils doivent se contenter de prendre' leur ordre et leur artifice, sans dépendra servilement de leur esprit, n'osant écrire que lorsqu'ils leur tiennent la main, et imitant leurs vices aussi bien que leurs vertus, n faut quelquefois enchérir sur leurs pensées , et regiarder ce que chaque nation goûte, pour ne heurter pas les oreilles, qui sont les premiers juges de l'éloquence, et ne pécher jamais contre la bienséance , sans laquelle toutes sortes d'ouvrages sont indubitablement ridicules. Malherbe, sachant de quelle importance étoient ces distinctions, les a rigoureusement observées. Il a aimé les Grecs et les Romains , mais il n'en a pas été idolâtre. Il s'est enrichi de leurs dépouilles, il s'est paré de leurs ornements, mais il les a changés auparavant avec tant de dextérité, qu'il faut avoir bonne vue pour les distinguer d'entre ceux qui sont à lui.
11 me semble que c'est douter de la puissance de la nature, que de s'imagiuer qu'elle ne puisse plus faire de miracles , et d'une bonne mère que nous la devons croire , en faire une cruelle marâtre, de se persuader qu'elle n'a donné qu'aux an* ciens les dispositions nécessaires pour arriver à la perfection des sciences '. Ce Parnasse si fameux dedans les écrits des poètes est la demeure des Muses, mais il n'est pas leur prison. Elles en sont autrefois descendues pour venir rêver aux bords du Tibre, et comme notre Seine est aujourd'hui plus renommée qu*il ne fut jamais, ne doutons point qu'elles ne prennent plaisir à se promener sur ses rivages. Si elles y caressent peu de personnes, c'est qu'elles sont modestes* plutôt cjne farouches, que toute sorte d'amants ne leur plaisent pas, et qu'il n'y a que ceux entre les mains desquels leur chasteté se peut tenir assurée à qui elles permettent d'en prendre le nom. Celui que nous louons étoit sans doute un des plus illustres, et je ne