‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 222 sur 259 · Vab. (édit. de i63o) : Discrètes · texte numérisé non relu

Vab. (édit. de i63o) : Discrètes

pense pas que personne en puisse douter après avoir lu ses admirables écrits.

J'ai plutôt eu dessein d'en faire Téloge dans ce discoors, que le jugement ou Tapologie^ ; et les mêmes raisons qui me pouvoient empêcher de l'entreprendre^ ont été celles qui m'ont persuadé d'y travailler. Car la matière que j'avois à traiter m'a paru si riche, que j'ai jugé qu'elle se pouvoit aisément passer d'une belle forme, et que n'ayant pas ime mauvaise cause à défendre', je n'avob besoin ni des finesses de la rlié^ torique , ni de ces grands mouvements avec lesquels il ^nt éblouir l'esprit des lecteurs quand on ne veut pas qu'ils reconnaissent la vérité. Si c'est faire un sacrilège que de parler des vertus extraordinaires avec des termes et des pensées communes, j'avoue que je suis coupable du plus grand qui se commettra jamais. Mais si les louanges doivent plaire lorsqu'elles sont justes, j'aurai sans doute satisfait toutes les perscumes qui liront celles que je lui ai données, son mérite ne pouvant être inconnu que parmi les nations barbares, et dissimulé qu'entre ses envieux ou ses ennemis. Je ne suis pas si vain que de les vouloir faire passer pour un présent magnifique, dont sa renommée puisse recevoir quelque augmentation de gloire. Ce m'est assez qu'il les reçoive comme un tribut ; et je ne me fâcherai jamais qu'un autre lui dresse des trophées plus glorieux , pourvu que ce soit avec les mêmes sentiments de respect desquels je suis maintenant tondié. Il a eu deux sortes de persécuteurs : les ignorants, qui ne pouvant goûter que ce qui étoit de proportionné à leur foiblesse, ont condamné dans ses écrits comme ridicule ce qu'il y a voit de plus noble; et ses envieux, qui voulant tromper les autres après s*étre trompés eux-mêmes, ont tâché de persuader' qu'il faisoit les fautes dont ils avoient envie qu'il fût coupable, pour le condamner avec quelque apparence de justice. Les premiers pourront continuer leurs impertinences tout h leur aise, et je n'estime pas qu'il se faille beaucoup soucier du mépris de ceux

I. Var. (édit. de i63o) : ....dans ce discours, que Tapologie. a. Vas. (édit. de i53o) : Et que n*ayant ui fautes à déguiser, ni qualités ordinaires à décrire comme excellentes.... 3. Var. (édit. de f63o) : De leur persuader....

DISCOURS DE GQDEAU. 385

desquels on doit rejeter Tapprobation. Pour les autres, inespéré qu'enfin ils se résoudront à croire leur conscience^ et que sa lumière étant un peu éloignée , elle ne leur fera plus si mal aux yeux qu'auparavant ^ En effet, la gloire ne doit pas être de ces maîtresses qui font naître des querelles entre les amants qui les recherchent*. Elle demeure toujours chaste, quoiqu'elle se donne à plusieurs ; chacun rencontre dans son temple la place dont il est digne, et le chemin par lequel on y doit parvenir n*est pas si étroit, que deux personnes n'y puissent marcher à la fois sans se heurter. Mais je parle à des gens' qui n'ont pas envie de se laisser persuader, et il vaut mieux que je finisse ce discours, après la vue duquel les lecteurs auront sujet de dire que je les ai conduits dans un superbe palais par un chemin fort désagréable, si ce n'est point offenser le génie du grand Malherbe, que de croire qu'ils puissent conserver le souvenir de mon fâcheux entretien, après avoir goûté celui de ses incomparables ouvrages.

I. On lit ici dans l'édition de i63o cette phrase, supprimée dans les autres éditions : c 11 y a beaucoup de raisons qui font mépriser dans notre siècle ceux qui se mêlent ae faire des liyres ; mais je crois que l'une des plus fortes et peut-être des plus légitimes est ce ridicule amour que quelques-uns se portent à eux-mêmes, ce mépris insupportable qu'ils font des autres, et ces lâches artifices qu'ils pratiquent pour établir leur réputation. •

s. c Et il n'y a que ceux qui se reconnoissent indignes de gagner ses bonnes grâces par leurs mérites, qui ont recours aux sortilèges. » (Édition de i63o.)

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