‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 232 sur 259 · I. Vab. (édit. de 1691) : Comme il y eut crié · texte numérisé non relu

I. Vab. (édit. de 1691) : Comme il y eut crié

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qui étoient aux mains , mais aussi par les troupes de réserve , et encore plus par ceux qui étoient eu chemio pour aller au combat. A la main droite Philippe, à cause du lieu élevé d'où ses gens combattoient, avoit de Tavantage ; mais à la gauche ses affaires alloient mal. Et même une partie de la phalange, qui avoit été mise en Tarriére-garde , ayant commandement de s^aTancer, ne le faisoit qu*en désordre. Le bataillon du milieu, qui se treuvoit le plus près du côté droit, regardoit &ire ceux qui se battoient , comme si c*eùt été chose où il n'eût point eu d'intérêt. La phalange, qui étoit venue eo foule plutôt qu*en bataille, et plus préparée à marcher qu'à se battre, n'étoit que bien à peine arrivée au haut de la butte , que le consul qui se voulut servir de Toccasion, encore qu'il vît ses gens malmenés au o6té droit, s'en va l'attaquer, et (ait marcher devant lui ses éléphants, avec cette imagination que ceux qui en seroient renversés feroient vraisemblablement courir la même fortune au demeurant. Et certainement la chose lui réussit comme il se l'étoit proposé. Les premien rangs s'étant mis en désordre par la frayeur que leur donnèrent ces animaux , en firent faire de même à ceiu qui venoient après eux. D'ailleurs, un maître de camp s'étant avisé qu'il y avoit moyen de rompre un bataillon d'ennemis qui étoit à la main droite en le prenant par derrière, laissa cette partie des siens qu'il voyoit avoir de l'avantage , et avec vingt compagnies s'en alla le charger et le défit. Les affaires des Macédoniens étant de tous côtés en ces mauvais termes , il v avoit encore un autre inconvénient pour eux, c'est que leur phalange, et pour avoir des armes sous lesquelles elle ne se pouvoit presque mouvoir, et pour se treuver assaillie de ceux mêmes qui venoient de fuir devant elle, ne pouvoit aller où la nécessité l'appeloit. Avec tout cela le heu ne

leur étoit pas favorable, pource qae pendant quils avoient donné la chasse anx Romains, qui leur tournoient le dos , ils avoient abandonne le haut de la butte aux ennemis, qui s'en étoîent saisis par derrière. De cette façon ayant à fiiire en deux lieux , et ne pouvant pas entendre partout, il en demeura une partie sur la place, Tautre jeta ses armes, et s'enfuit. ,

X. Philippe, qui avec quelques gens de pied et de cheval étoit monté sur la plus haute de ces buttes pour considérer ce qui se taisoit à la main gauche, comme il vit tous ses gens en fuite, et que de quelque part qu'il se tournât il ne paroissoit que les armes et les enseignes des Romains, il se retira lui-même hors du combat. Quintius , qui alloit après les fuyards, ayant vu les Macédoniens hausser les piques, et ne sachant ce que cela vouloit dire , s'arrêta tout court ; puis ayant appris que c 'étoit un signe que ceux de cette nation avoient accoutumé de faire lorsqu'ils se vouloient rendre, il eut opinion de les sauver. Mais les soldats qui ne savoient, ni que l'intention des Macédoniens fût de demander la vie, ni que la volonté du général fïlt de la leur donner, se ruèrent sur eux si furieusement, qu'il n'échappa de leurs mains que ceux que la fuite en put garantir. Philippe à bride abattue se retira à Tempe, et séjourna un jour à Gonnes, pour recueillir ceux qui seroient échappés du combat. Les Romains étant allés au camp des ennemis pour le piller, treuvèrent que la diligence des Étoliens les avoit délivrés de cette peine* U mourut en ce combat huit mille des gens de Philippe, et en fut pris quinze cents. Les Romains y en perdirent environ sept cents. Antias, qui toujours fait les choses démesurément plus grandes qu'elles ne sont , dit que Philippe y perdit quarante mille hommes. Quant aux prisonniers, il y va plus retenu. Il n'en met que cinq mille

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sept cents , et deox cent soixante et une enseignes per> dues, daudius fait le nombre des morts de trente-deux mille, et quatre mille trois cents prisonniers. De moi, j'ai suivi Polybe, qui en toutes choses, mais particulière* ment aux affaires de la Grèce, parle pertinemment de ce que les Romains y ont fait.

XI. Philippe ayant rassemblé ceux qui dissipés par les divers accidents de la bataille Fétoient venus retrouver, et ayant envoyé à Larisse brûler ses mémoires, de peur qu'ils ne fussent vus des ennemis, se retira en Macédoine. Quintius, après qu'il eut vendu une partie des prisonniers et du butin, et donné l'autre aux soldats, s'en aUa à Larisse, n'ayant pas encore nouvelles assurées, ni de quel côté Philippe avoit tiré, ni quelle pouvoit être son intention. Là vint un héraut de la part de Philippe lui demander une suspension d'armes pour emporter ses morts, mais en effet c'étoit pour obtenir un sauf-conduit aux ambassadeurs qu'il lui vouloit envoyer. Quintius lui accorda l'un et l'autre, et chargea le héraut de lui dire qu'il eût bon courage. Cette civilité ne fut pas au goût des Étolieus, qui déjà commençoient de murmurer. Us se pUignoient que depuis la bataille Quintius avoit changé d'humeur; qu'auparavant il n'y avoit affaire , grande ni petite, dont il ne communiquât avec ses alliés, et qu'à cette heure, de quoi qu'il fût question, ils n'étoient jamais appelés au conseil; qu'il faisoit toutes choses de lui-même, et déjà cherchoit de s'obliger Philippe en particulier; que les ÉtoUens avoient eu la principale part des travaux et des périls de la guerre, et que les Romains en vouloient avoir tout le profit. Et sans mentir, ce qu'ils disoient de son refroidissement en leur endroit étoit bien véritable ; mais la cause qu'ils en soupconnoient ne l'étoit pas. Quintius avoit aussi peu d'inclination à lavarice qu'homme du monde. Néanmoins ils pensoient

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qae ce qu*il ne les honoroit pas comme de coutume, fût qu'il vouloit obliger Philippe, pour en tirer des présents; et c*étoit qu*il s'offensoit de les voir insatiables et ne pouvoit souffrir qu'ils s'attribuassent le gain de la bataille, comme ils faisoient avec des paroles si pré* somptueuses, qu'il n étoit pas possible de les ouïr sans en être importuné. Il prévoyoit d ailleurs que si Philippe étoit mort et la puissance des Macédoniens détruite, il falloitque la Grèce tombât en la domination desÉtoliens. Yoilà pourquoi tout exprès il faisoit plusieurs choses pour diminuer leur crédit , et humilier leur vanité.

XII. On avoit accordé quinze jours de trêve à Philippe, et pris lieu pour traiter avec lui. Devant que le temps expirât, Quintius appela tous les alliés au conseil, pour avoir lem* avis sur les conditions de paix qu'il devoit imposer à Philippe. Aminandre dit en un mot qu'il falloit si bien faire la paix que, lorsque l'armée des Romains seroit retirée, la Grèce demeurât assez forte pour conserver d'elle-même la paix et sa liberté. Les Étoliens ne parlèrent pas si honnêtement. Après quelque préface de belles paroles, ils dirent à Quintius qu'il faisoit ce qu'il devoit de communiquer les délibérations de la paix à ceux qui avoient été ses compagnons en la guerre; mais qu'il se trompoit manifestement s'il croyoit que les Romains se pussent assurer de la paix, ni les Grecs de leur liberté, que Philippe ne fût hors du monde, ou pour le moins hors de son royaume; qui étoient deux choses très-&isables, si l'on se vouloit servir de l'occasion. A cela Quintius répondit, que véritablement leur opinion étoit conforme à leur humeur et qu'en toutes les conférences il ne s'étoit jamais parlé de paix qu'ils n'eussent toujours été d'avis de faire la guerre à toute extrémité, et de ne désarmer que le parti contraire ne fût ou mort ou ruiné ; mais qu'ils se dévoient

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souvenir que les Romains ont toujours fiiit profession de pardonner à ceux qu'ils ont vaincus, dont Texemple étoit méiporable en la paix qu^ils avoient accordée à Annibal et à ceux de Carthage ; que pour ne parler que de Philippe, ils avoient plusieurs fois traité avec }ui, mais jamais ils n'avoient fait mention de le déposséder de son royaume; que si à cette heure il avoit perdu une bataille, ce n*étoit pas à dire qu'il le fallût exclure de toute réconciliation ; que tant que les ennemis avoient Tépée à la main, il leur falloit faire la guerre à bon escient; mais que depuis qu'ils étoient par terre, il n'appartenoit qu'à des ftmes lâches de leur mettre le pied sur la gorge ; que la Grèce avoit jalousie des rois de Macédoine, mais que si une fois ce royaume et cette nation n 'étoient plus au monde, ce que la Grèce craignoit d'eux, elle Tauroit à craindre des Thraces, des Illyriens et des Galates, qui étoient toutes nations très-puissantes , et desquelles il ne faudroit jamais espérer ni pitié ni courtoisie ; que les Grecs dévoient prendre garde que se voulant garantir des incommodités qu'ils avoient à leur porte, ils ne fissent ouverture à d'autres qui les fàcheroient bien davantage et dont il ne leur seroit pas si aisé de se développer. Phanéas, préteur des Étoliens, l'interrompant et protestant que si Philippe échappoit en cette occasion, il ne falloit pas douter qu'au premier jour il ne reprit les armes et ne donnftt plus d'affaires que jamais, Quintius lui répliqua : « Nous ne sommes pas ici pour crier, nousy sonunes pour délibérer. Nous donnerons à Philippe des conditions de paix , qui le garderont bien de recommencer la guerre. » XIII. Le lendemain que leur délibération fut cessée, Philippe s'étant rendu au pas de Tempe, qui étoit le lieu de l'assignation, les Romains au bout de deux jours y arrivèrent et avec eux un grand nombre de leurs alliés. En cette conférence Philippe ayant mieux aimé

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laisser passer volontairement tout plein de choses, sans lesquelles il savoit bien qu'il ne pouvoit avoir la paix, qu'après les avoir contestées être contraint de les accorder, déclara que de tout ce qu'avoient désiré les Romains, et de tout ce qu'avoient demandé leurs alliés la dernière fois qu'on avoit traité, il s'en remettoit à ce qui en seroit ordonné par le sénat. Il sembloit bien qu'une submission si grande devoit fermer la bouche à ceux même qui lui étoient les plus mal affectionnés. Néanmoins le même Phanéas, n'y ayant pas un des autres qui répondit mot, s'adressa à lui et lui dit : « A quoi tient-il, Philippe, que vous ne nous rendez Pharsale, Larîsse, Grémaste, Échin et les Thèbes de Phtie? » Philippe lui ayant répondu qu'il n'empéchoit pas qu'ils ne les prissent, il y eut dispute entre Quintius et les Ëtoliens pour le fait de Thèbes. Quintius prétendoit que par droit de guerre cette ville appartenoit au peuple romain, d'autant que, lorsque les choses étoient encore en leur entier, les étant aUé prier de vouloir être ses amis en un temps où ils le pouvoient faire sans courir fortune, et ayant tout exprès fait éloigner son armée, pour ne leur donner opinion qu'il voulût rien avoir d'eux que ce que leur propre sentiment leur conseilleroit, ils avoient préféré le parti de Philippe à celui des Romains. Phanéas soutenoit que par le traité ce qu'ils avoient eu devant la guerre leur devoit être rendu par la paix, et qu'il avoit été convenu entre eux que des choses gagnées celles qui se pourroient emporter ou emmener appartiendroient aux Romains, les autres, comme les terres et les villes, demeureroient aux Étoliens. La réplique de Quintius fut que les Étoliens avoient les premiers contrevenu au traité, lorsqu'abandonnant les Romains ils s'étoient jetés au parti de Philippe; que quand cela ne seroit pas, en matière de conquêtes les choses ne se pratiquent jamais

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d'autre façon ; et que pour le regard des villes de Théssalie , elles s'étoieut yolontairement données au peuple romain. Ces raisons furent généralement approuvées de tous les alliés. Les Étoliens furent seuls qui témoignèrent en être mal satisfaits, et par leurs bizarreries bientôt après s'attirèrent sur les bras une guerre qui les accabla de toutes sortes de calamités. L'accord avec Philippe fut, qu'il bailleroit son fils Démétrius et quelques-uns de ses amis en otage, payeroit six vingt mille écus, et pour le surplus députeroit à Rome vers le sénat; qu'à cette fin il y auroit trêve de quatre mois; que si le sénat ne vouloit point de paix, on rendroit à Philippe ses otages et son argent. Ce qui faisoit presser la conclusion delà paix à Quintius, c'étoit qu'il avoit de bons avis qu'Antiochus se préparoi t à la guerre, et vouloit passer en Europe. XIV. Au même temps, et, selon quelques-uns, le même jour que Philippe perdit la bataille des Cynoc^hales, Androsthène, l'un de ses lieutenants, fat défait par les Achaïens près de Corinthe. Philippe, qui avoit fait compte que cette ville lui seroit une citadelle pour tenir en bride le reste des villes de la Grèce , ayant fait venir à lui les principaux habitants sous couleur de traiter avec eux du nombre de cavalerie qu'ils lui pourroient fournir en cette guerre, les avoit retenus pour lui servir d'otages ; et de plus, outre la garnison ordinaire, qui étoit de treize cents hommes, dont il y en avoit huit cents Macédoniens, il y avoit envoyé de surcroit mille autres Macédoniens, douze cents Illyriens, huit cents Thraces et Candiots, peuples qui servoient indiffSèremment en l'un et en l'autre parti. Outre tout cela, Androsthène avoit mille Béotiens, Thessaliens et Acamaniens, tous portant rondaclies; desquels et de la jeunesse de Corinthe ayant mis ensemble jusqu'à six mille combattants, il ne cherchoit qu'une occasion de venir aux mains. Nicératus, préteur

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d' Achaïe, qui en gens de pied et de cheval n'avoit que denx mille hommes, et lesquels encore n'avoient garde d'être si bons soldats que ceux des ennemis , n'osoit montrer le nez hors des murailles de Sicyone. Les troupes d*Androsthène, autant Tinfanterie que la cavalerie, alloient ordinairement courir sur les terres de Pellène, Phlionte et Gléonées, et quelquefois même donnoient jusqu'aux portes de Sicyone, reprochant à ceux de la garnison qu'ils leur faisoient garder la chambre. Qui plus est, Androsthène avoit quelque nombre de vaisseaux, avec lesquels il pilloit toute la côte d'Achaïe. Nicératus ayant considéré que pour le mépris que les ennemis faisoient de sa foiblesse ils ne marchoient jamais qu'en désordre, s'imagina qu'il y avoit moyen de leur donner sur les doigts. Il avertit donc secrètement ceux des villes voisines de se trouver à certain jour à Apélaure eu Stymphalie, avec le plus d'hommes qu'il leur seroit possible. Sitôt qu'ik y eurent satisfait, il part à l'heure même, et passant par les confins de Phlionte arrive de nuit à Cléonées, sans que personne se doutât de ce qu'il avoit envie de faire. Il avoit cinq mille hommes de pied, d'entre lesquels il prit ceux qui étoient armés légèrement, et avec trois cents chevaux les envoya reconnoître en quelle part les ennemis s^oient allés courir.

XV. Androsthène, qui ne savoit rien de cette assemblée, se loge sur la rivière de Némée, entre les terres de Corinthe et de Sicyone. Là il fait trois troupes d'une moitié de ses gens, et en envoie courir l'une à Pellène, l'autre à Sicyone, et la troisième à Phlionte. L'avis en ayant été aussitôt porté à Cléonées, Nicératus à l'heure même fait partir une bonne troupe de ses mercenaires, pour aller gagner un bois où * il falloit

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