‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 234 sur 259 · Vak. ;eilit. de ifiai; : Entré · texte numérisé non relu

Vak. ;eilit. de ifiai; : Entré

auprès de Leucade, en un quartier qui s'appelle Héréon. De là avec toutes sortes de machines de batterie il s'approcha de la ville , croyant que la seule peur de sa présence rangeroit incontinent les habitants à faire ce qu'il desireroit. Comme il les en vit fort éloignés, il commença avec mantelets et gabions à gagner le pied de la muraille, et se préparer à la force. Toute TAcamanie est située entre TÉtolie et TÉpire, vers le soleil couchant et la mer de Sicile. La Leucadie est aujourd'hui une lie séparée de la terre ferme par un fossé fait à la main, où la mer est guéable en beaucoup de lieux; mais alors elle tenoit à l'Acamanie par une langue de terre d'environ cinq cents pas de long et six vingts de large*. C'est en ce détroit qu'est assise la ville de Leucade, partie attachée contre le pendant d'une petite montagne qui regarde rAcamanie et le soleil levant, partie étendue en une plaine le long du ti*ajet qui (ait la séparation de la Leucadie et de l'Acamanie. De ce côté -là, poui'ce que l'eau y est extrêmement basse et aussi plate que celle d'un étang, et d'ailleurs que la terre y est si facile à remuer, qu'il n'y a sorte d'ouvrage que les assiégeants n'en puissent faire, en quelque façon que l'on attaque Leucade, il n'est pas malaisé de l'emporter. Aussi et par la sape et par la batterie il y avoit déjà beaucoup d'ouvertures à la muraille. Néanmoins aux grandes commodités que ceux de dehors avoient d'entreprendre, ceux de dedans opposoient tant d'assiduité à remparer les brèches, et tant de courage à repousser les assauts, que véritablement ils défendoient plutôt les murailles, que les murailles ne les défendoient. Ce qui en fit avoir meilleur marché aux Romains, fut que par l'intelligence de certains bannis d'Italie qui s'y étoient ha-

I. Ici s'arrête la traduction de Malherbe dans rédîtiou de 1616.

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bitués, ils eurent moyen de faire couler des gens dans la forteresse, et de la forteresse dans la ville. Gda ne s^étant pu faire qu'avec beaucoup de bruit, les habitants coururent aussitôt se mettre en bataille à la place du marché, et y soutinrent quelque temps, non moins courageusement qu'ils étoient furieusement assaillis. Mais enfin Quintius , avec un gi'and nombre d'hommes qui entrèrent ou pai* des échelles ou par les ruines de la muraille, les étant venu enclore par derrière, les uns furent tués sur la place , les autres quittèrent les armes et se rendirent aux victorieux. A quelques jours de là vint la nouvelle de la bataille des Cynocéphales , qui en fit faire de même au reste de TAcamanie.

XVni. En ce même temps, comme si la fortune par une concurrence de toutes sortes de malheurs eût cherché d'avancer la ruine de Philippe, ceux de Rhodes se résolurent de lui ôter la Pérée, qui est une contrée en terre ferme, laquelle par le passé leur avoit appartenu. Us en donnèrent la commission à Pausistrate leur préteur, et pour cet effet lui baillèrent deux mille sept cents honmfies de pied, dont il y en avoit huit cents d'Achaïe, et le reste de toutes sortes de nations, comme Galates, Nisuëtes, Pisuëtes, Tamiens, Araeens en Afirique, et Laodicéens en Asie. Avec ces troupes, Pausistrate s'alla camper au terroir de Stratonicée ; et devant que les gens de Philippe en eussent le vent, se saisit d'un lieu fort avantageux, qui autrefois avoit été entre leurs mains. Là tout à propos Théoxène amena aux Rhodiens un renfort de cent chevaux et miUe honmnes de pied, que pour cet effet ils avoient envoyé quérir en Achaïe. Dinocrate, lieutenant de l'armée de Philippe, ayant envie de recouvrer cette place, s'en alla du commencement chercher les Rhodiens en leur camp ; puis tout aussitôt retourna vers Astragon, qui est un autre

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fort au même terroir de Stratonicée, pour y ramasser les garnisons qu^il avoit aux lieux d'alentour. Cela fait, et ayant même tiré de Stratonioée le secours qu'il avoit eu des Thessaliens, il prit son chemin vers Âlabande, avec son premier dessein de rencontrer les ennemis. Les Rhodiens ne reculèrent point; de sorte que les Macédoniens s'étant approchés, on ne fut guère sans venir aux mains. Dinocrate à son côté droit mit cinq cents Macédoniens, au gauche ce qu'il avoit d'Agriens, et au milieu les hommes qu'il avoit tirés des garnisons, qui étoient Cariens pour la plupart. Sur les ailes il mit les gens de cheval. Les Rhodiens à leur main droite mirent, avec ce qu'ils avoient de gens du pays, le secours que la Candie et la Thrace leur avoient envoyé, à la gauche leurs étrangers entretenus, qui étoit une infanterie merveilleusement bonne, au milieu un gros composé de toutes les nations qui les assistoient, et aux ailes ce qu'ils avoient de cavalerie et de gens armés légèrement. Le premier jour les armées, qui n'étoient séparées que d'un ruisseau, et encore bien petit, furent en présence l'une de l'autre, et après s'être saluées de quelques coups de trait, se retirèrent chacune en son logement. Le lendemain les uns et les autres étant revenus au même lieu et en même ordre, la bataille se donna plus furieuse qu'avec apparence on ne devoit l'attendre de si peu de gens, n'y ayant pas de chaque côté plus de cent chevaux et trois mille honunes de pied. Comme leur nombre et leurs armes étoient semblables , aussi étoient leurs courages et leurs espérances. Les Achalens furent les premiers qui passèrent le ruisseau et allèrent charger les Âgriens. Après eux passa le gros. Le combat dura longtemps sans avantage d'une part ni d'autre. Les mille Achaïens firent reculer quatre cents honmies qu'ils avoient devant eux , et alors tout le côté

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droit commença de ployer. Qaant aux BIaoédoiiieD5, tani qtt*ils ne se bougèrent, il n y eut moyen de les rompre. Mais comme du c6té gauche, n ayant plus rien qui les couvrît, ils s'ébranlèrent pour tirer sur les ennemis que de côté ils voyoient venir à eux, ils firent ce mouvement avec quelque trouble, du trouble ils vinrent au désordre, et enfin tournèrent tout à fidt le dos, et à sauve qui peut s'enfuirent à Bargyles. Dinocrate s'y retira aussi. Tant que le jour dura, les Rhodiens continuèrent la chasse. La nuit les fit revenir au logis. On demeure d'accord que si de ce pas ils fussent allés droit à Stratonicée , on leur eût ouvert les portes. Mais s' étant amusés a reprendre quelques chftteaux et petites places de la Pérée, ils perdirent cette occasion. Cependant la garnison ayant eu du temps pour se rassurer, et bientôt après Dinocrate s'y étant jeté avec ce qui lui étoit demeuré de la bataille, la ville se trouva en tel état que depuis, cpielque siège et quelque batterie que l'on y ftu il (iit impossible de la ravoir jusques à ce que par le traité de paix les Romains la retirèrent de Philippe, et en firent un présent aux Rhodiens. C'est à peu près ce qui d'un même temps se passoit en Thessalie, en Achaie et en Asie.

XIX. Philippe ayant nouvelles que les Dardaniens étoient entrés sur ses terres et ravageoient la haute Macédoine, encore cpie de quelque côté que lui et ses lieutenants se tournassent ils eussent toujours la fortune contraire S néanmoins, jugeant qu'il lui valoit mieux se perdre que de ne conserver pas la Macédoine, il fit promptement une levée de six mille hommes de pied, et six cents chevaux , et avec cela s'en alla surprendre les ennemis auprès de Stobes en Pélagonie. U en de-

I. Vab. (édit. de 1631) : Ils ensseatjoujours le Tent an Tiaage»

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meura une bonne partie au lieu du combat , mais le plus grand meurtre se fit emmi les champs, de ceux qui étoient allés a la picorée. Ceux qui se treuvèrent assez loin pour n'être point obligés à se battre, n'estimèrent pas qu'il fot à propos de venir chercher noise, et sans tirer Tépée s'en retournèrent de bonne heure en leurs maisons. Philippe par cet exploit, où il fut traité de la fortune autrement qu'il n'avoit accoutumé , ayant remis le cœur a ses gens, se retira à Thessalonique. Il s'étoit rencontré fort à propos pour les Romains, que lorsqu'il leur fallut avoir la guerre contre Philippe, celle qu'ils avoient contre Carthage étoit terminée. Mais ce leur fut bien encore meilleure fortune , que lorsqu' Antiochus se mit à brouiller en Syrie, ils a voient mis Philippe à la rai^ son. Car outre qu'ils eurent meilleur marché d'un ennemi seul qu'ils n'eussent eu de deux ensemble, il étoit indubitable que la furieuse révolte qui au même temps s'étoit faite en Espagne leur alloit tailler de la besogne. Antiochus, qui l'été précédent avoit pns toutes les places qu'avoit Ptolomée en la Célosyrie , s'en étoit allé passer l'hiver à Antioche; mais pour cela il n'en étoit pas demeuré plus en repos. Il avoit levé deux puissantes armées, l'une de mer et l'autre de terre. Comme le printemps (ut venu , il bailla celle de terre à ses deux fils Ardues et Mithridates, et leur commanda de l'aller attendre à Sardes. Pour lui, il prit celle de mer, qui étoit de trois cents vaisseaux, tant grands que petits, et s'en alla terre à terre le long des côtes de Cilicie et de Carie, en partie pour tâter le pouls aux villes que Ptolomée y avoit, et en partie pour assister Philippe, qui alors n'étoit pas encore entièrement ruiné.

XX. Certes les Rhodiens ont en beaucoup d'occasions généreusement témoigné leur fidélité au parti des Romains et leur affSection à la liberté de la Grèce;

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mais de toutes leurs actions celle qui a eu le plus d'é c'est qu'en un temps ou ils voyoient une guerre si dangereuse prête à leur tomber sur les bras, ils envoyèrent vers Antiochus lui déclarer que si son armée passoit ao deçà de la Néphélide, qui est un promontoire de Gilicie renommé pour un ancien traité qui y fut fiedt avec les Athéniens, ils iroient au-devant de lui, et se mettroient en devoir de le combattre; non qu'ils lui voulussent du mal, mais de peur qu'il ne se joignit à Philippe et qu'ensemble ils n'empêchassent le dessein qu'avoient les Romains de remettre la Grèce en liberté. Antiochus avoit pris Zépliynon, Soles, Aphrodisiade , Corique et Sélinonte au delà d'Anémurion, qui est un autre promontoire de Cilicie , et généralement toutes les petites places de cette côte ou de gré ou de crainte s'étotent rendues à lui. Coracésion seul, contre ce qu'il s'en étoit promis, avoit eu la hardiesse de lui fermar les portes et Tavoit obligé à l'assiéger. Il étoit devant et le battoit lorsqu'il ouït les ambassadeurs des Rhodiens. Le message qu'ils lui faisoient avoit de l'aigreur assez pour le piquer. Toutefois il n'en fit point de semblant. Sa réponse (îit, qu'il enverroit à Rhodes renouveler l'amitié que de tout temps lui et les siens avoient eue avec eux ; que pour sa venue, ils n'en prissent point d'alarme; que ni eux ni les leurs n'en recevroient aucun déplaisir; quant aux Romams, qu'ils étoient ses amis, qu'il ne feroit rien contre eux ; que ses ambassadeurs ne faisoient que revenir de Rome, d'où ils lui avoient apporté des déclarations du sénat les plus honorables et des réponses les plus gracieuses qu'il eût su désirer. Et certainement ce qu'il disoit pour ce dernier point étoit véritable; d'autant que les Romains, qui alors avoient encore affaire à Philippe, vouloient ménager Antiochus et faire, autant qu'il leur seroit possible, qu'il n'eût aucune occasion de

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remuer. Pendant que les députés d*Antiochus étoient à Rhodes, la nouvelle de la bataille des Cynocéphales y arriva et 6ta aux Rhodiens toute la peur qu'ils pouvoient avoir d'Antiochus. Leur résolution fut d'aller combattre son armée de mer. Mais pour cela ils ne témoignèrent pas moins le soin qu'ils avoient de conserver la liberté des villes de Ptolomée, qu Antiochus étoit sur le point d'attaquer. Aux unes ils envoyèrent des hommes, aux autres ils donnèrent des avis. Et ce^ que les Cauniens, Myndiens, Halicamassiens et Samiens demeurèrent libres, il est très-certain que ce fut aux Rhodiens et non à autre qu'ils en eurent l'obligation. Mais ce sont choses où je n'ai que faire de m' arrêter. Il me suiBt de réciter ce qui est proprement de la guerre des Romains.

XXI. En ce même temps, le roi Attalus, qui de Thèbes , où il étoit tombé malade , s'étoit fait apporter à Pergame , mourut le soixante et onzième an de son âge, et le quarante-quatrième de son règne. La fortune certes n'avoit donné à cet homme autre chose qui lui pût faire espérer une couronne, que ses très-grandes richesses. Mais les dispensant conune il faisoit, judicieusement et splendidement tout ensemble , il se mit en état de pouvoir prétendre à la royauté, et donna sujet aux autres de l'en estimer digne. Là -dessus lui étant réussi un combat contre les Galates , en un temps où leur nouvelle venue en Asie les rendoit extrêmement redoutables, il ne marchanda plus à prendre ouvertement le titre de roi. Et certainement il en eut toujours le courage aussi bien que la qualité. Jamais il ne fit injustice à ses sujets, jamais il n'abandonna ses alliés, et jamais il ne perdit occasion de faire du bien à ses serviteurs. Sa femme le survéquit, et avec elle deux de ses

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