‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 24 sur 259 · Voyez ses doléances k ce sujet dans sa lettre à Balzac · texte numérisé non relu

Voyez ses doléances k ce sujet dans sa lettre à Balzac

SUR MALHERBE. xuiii

Malherbe avait laissé auprès de sa femme, à Aix, son fils onifpie, Laurent-Marc-Antoine, né, nous Vavons déjà dit, le 14 décembre i6oo. G)mme ce fils a tenu une grande place dans les dernières années de la vie de son père et que d'ailleurs nous avons pu nous procurer sur lui et ses aventures des documents inconnus ou inédits, nous allons en parler un peu longuement.

Marc- Antoine annonça de bonne heure les plus heureuses dispositions; c'était un vrai prodige, au dire de Peiresc, qui ne laissait échapper aucune occasion de raconter à son ami les succès de l'enfant et du jeune homme ^.

I. « Le petit Maro-Antoine, lui écrit-il le 17 octobre 1606, est plat grand que tous ne Tavez laiûé d*un bon demi-pan, et je ne vii jamais enfant de son âge si gentil ni si érciUé que lui. Vous ne sauriez croire comme il se plait à bien apprendre ses levons , et le grand plaisir qu'il a d*ou!r dire qu'il fait mieux que ses compagnons. 1 (Bibliothèque de Carpentras, manuscrits de Peiresc, Correspondance^ volume H-M, f« 454)

Gnq semaines plus tard, le a6 novembre 1606, il écrit encore :

« Le petit Marc- Antoine est toujours plus gentil. Il dîna dernièrement chez M. du Périer, le jour du doctorat de son fils, où il entretint merreilleusement toute cette compagnie, et avec les discours pertinents, comme si c'eut été un homme bien consumé (consomméj. » 74r</., f»456.)

Pextrais d'autres lettres inédites les passages suivants :

< Votre petit Marc- Antoine est si gentil, maintenant qu'il a le hautdéchausses, qu'il ne se daigne point d'aller avec des enfants. Ses discours sont si bien sensés que d'homme de trente ans que je connoisse. n n'espère k rien qui ne soit grand, et ne veut point de passe-temps qui ne soit honorable. D a tant importuné sa mère de lui faire montrer k sonner du luth , qu'elle a été contrainte de le lui accorder. A quoi il a si bien avancé , que M. Begis (?) assure qu'il a plus appris dans trois jours qu'aucun autre n'auroit fait en quinze. Madame y foisoit quelque difficulté, craignant que cela ne vous fût pas bien agréable; mais je lui dis bien que j'écrirois que vous le trouveriez bon, car cela sert toujours aux personnes de toute qualité, s (Lettre du s5 juillet 1609, ihid.^ f» 477-)

• Votre petit Marc- Antoine est toujours plus gentil. Il m'a fait des vers en latm d'importance. Ce va être une merveille du siècle. Dieu aidant, s (Lettre du 3o janvier i6i3, ibid^ f^ 5o5 v^. Voyez aussi lettre du 10 janvier i6i3, F> 5i3.)

c Votre petit Marc-Antoine est bien avant en la logique. Il y a des discours si judicieux que j'en suis quelquefois ravi. Il nous tarde bien que vous le puissiez voir. 1 (Lettre du 27 septembre 161 4» 'ihid,^ fr5îi4v«.)

»xiy NOTICE BIOGRAPHIQUE

Au mois de novembre i6i5, il soutint des thèses de plnlosophie d'une manière si brillante que le premier président du parlement de Provence, Guillaume du Vair, qui y avait assisté, s'écria c que c'étoit le plus grand miracle qu*il étoit possible d'imaginer ^ b Deux ans plus tard, nous le retrouvons à Paris ; il y avait été amené par Malherbe, qui, en 1616, alla passer quelque temps' à Aix, d'où il repartit avec Peiresc et du Vair*, lorsque celui-ci eut été nommé garde des sceaux. Le séjour de Paris semble avoir exercé sur lui une influence fâcheuse, en dépit des soins de son père, qui tous les jours le faisait travailler plusieurs heures sous ses yeux ; et une lettre de Peiresc en date du 119 octobre 16 17 montre quelles étaient les inquiétudes de Mme de Malherbe, qui craignait de voir son (ils renoncer à la carrière de la magistrature , que par suite de ses relations de famille elle devait désirer par-dessus tout^.

I. t Monsieur de Malherbe, votre fils, écrit Peiresc è Malherbe , le 18 novembre 161 5, soutint ses thèses en philosophie ces jours passés, où Monsieur le premier président voulut assister, sans que celui à qui elles étoient dédiées Teùt invité. La plus grande partie de notre compagnie y fut aussi. Mais sans cajolerie je nevis jamais mieux faire, ni réfuter les arguments, ni parler si élégamment, ni avec tant d'assurance, de promputude, ni avec un si beau langage, et avec une aussi grande connoissance de cette science. Tout le monde en étoit ravi. Le cathédrant n'étoit rien au prix du répondant. Monsieur le président dit au sortir de là que c*étoit le plus grand miracle qu*il étoit possible d'imaginer. Jugez si c'est à bon titre que nous vous en de'vons féliciter. Vous avez bien occasion d'en louer Dieu. Je n'y eusse désiré que votre présence ; mais d'ailleurs j'eusse quasi eu de l'appréhension qu'un si grand excès de réjouissance qu'il vous eût fallu ressentir de nécessité, n'eût apporté du préjudice à votre santé. • {Jbid.^ f» 53o.)

a. Ce voyage fut sans doute motivé par le désir de presser la conclusion de 1 affaire des terrains qui lui avaient été concédés i Toulon. Voyez plus haut, p. xxvi.

a. Le 19 avril. Voyez Roux-Alpheran , Recherches^ p. 3a.

4. c Madame , suivant votre lettre, je n'ai point failli à toutes les occasions qui se sont présentées de remontrer à M. de Malherbe ce qui étoit de vos appréhensions , et vous assure que je n'ai pas eu de U peine i persuader M. le garde des sceaux de le faire aussi de son côté, car je l'avois déjà prévenu par diverses fois sur ce qu'il avott vu à Monsieur votre fils des habillements de couleur. Enfin, M. de Malherbe l'a assuré que son intention étoit de lui faire continuer les lettres.... Je vous dirai bien davantage que Monsieur votre fils n'a nulle inclination d'cpée, ains a lui-même eu horreur de cette

SUR MALHERBE. xxzv

Ce& inquiétades n'étaient que trop fondées. Malgré ce que disait Peiresc de rhorrenr que la profession des armes inspirait à Marc- Antoine, l'humeur batailleuse de celui-ci Tentraîna dans trois querelles, dont la dernière lui coûta la vie. La première eut lieu au mois de mai i6aa, au moment où Malherbe Tenait d'arriver en- Provence. Nous en ignorons les circonstances, car il n'en a parlé qu'en termes assez vagues dans sa correspondance : c Deux jours après que je fus arrivé, écrit-ii à son cousin de GolombyS je ne sais quel fripon d'officier fit une niche à mon fils pour laquelle il a été contraint de garder la chambre, et moi privé du contentemen. que j*étois venu chercher à ma maison.... Mes amis me disent que c'est un juif à qui j'ai afiaire et que je ne dois pas trouver étrange que mon fils soit persécuté par ceux mêmes qui ont crucifié le fils de Dieu'.... Ce que j'y vois de meilleur pour moi, c'est que le moyen qu'a ce maroufle de me nuire n'est pas égal à sa volonté. Mais toujours aurai-je de la peine et de la dépense à démêler cet écheveau.... J'ai eu depuis quatre on cinq jours des inhibitions du Conseil pour ôter à ce parlement la connoissance de ma brouillerie. Il me reste encore quelques informations à faire pour évoquer. C'est à quoi je

profewicni. Son p^re l'a fait étudier tous les jours quatre ou ciuq boniicf heures en sa présence, de quoi j'ai été témoin diverses fois. U s'est résolu de le vous ramener bientôt lui-même là-bas, estimant qu'il y puisse bien mieux faire ses affaires qu'ici. » (Lettre de Peiresc à Mme de Malherbe, datée de Paris le ag octobre 1617. Bibliothèque de Carpentras, manuscrit cité, f» 53a.)

I. Cette lettre, dans les anciennes éditions, est la trente-huitième et dernière du lÎTre II. Dans une lettre écrite d'Aix i Peiresc (alors à Paris), en date du 10 juillet de la même année (1619), il donne quelques autres détails : c Le jour même de la Fête-Dieu, il plut à 1 arocat général Thomassin de faire garder la chambre à mon fils,

quitte, msku parce que je me doute qu'ils l'eussent obligé à quelque satisfiiction à sa partie, j'ai mieux aimé qu'il soit privé de quelques jours de la place des Jacobins que de le soumettre à cette indignité. J'ai donc envoyé quérir un renvoi à un nutre parlement ; je l'attends au premier jour, avec les inhibitions à celui-ci. s

a. n a repris cette pensée dans le sonnet qu'en 1637 il fit sur la ■lort de son fils (voyez p. 376, pièce eu, vers i3 et i4}*

xxxvi NOTICE BIOGRAPHIQUE

travaille. » Ce « fripon d*officier > d'origine juive est probablement Paul Forda, seigneur de Piles, dont il va être question tout à rheure.

Cette mésaventure aurait dû servir de leçon à Marc-Antoine, mais il n'en fiit rien; et c la chaleur de la jeunesse' » fit avorter les plans que son père avait formés. < Il y aura bientôt trois ansy écrit Malherbe à M. de Mentin le 1 4 octobre 1 6*k6y que vous vous employâtes à me faire avoir pour mon fils un office de conseiller au parlement de Provence. Le traité qui s'en fit alors fut interrompu par une brouillerie qui lui survint*. » L'affaire, que Malherbe traite si lestement de brouillerie^ était des plus graves, et elle est restée inconnue jusqu'ici à tous ses biographes, qui ont rapporté à la précédente les détails qu'ils avaient trouvés dans sa correspondance : il s'agissait d'un duel où Marc- Antoine avait tué son adversaire, un nommé Raymond Audebert ou Audibert, bourgeois d' Aix. Ceci se passait au mois de juin i6a4* Les espérances que l'on avait d'abord données à Malherbe' ne se réalisèrent pas, et les

I . Peiresc, de retour à Aix, écrit à Malherbe le 6 décembre i6a3 : « Mme de Malherbe m'a communiqué certaine affaire concernant remploi de Monsieur votre fils, à quoi je voudrois bien pouToir contribuer quelque chose pour son contentement et le TÔtre, ayant un extrême regret de voir qn*an si subtil esprit, qui feroit des merreillet dans le monde, perde une si bonne partie de son temps au grand déplaisir de tous vos amis et serviteurs, et spécialement de ceux que vous avez dans notre Compagnie, qui seroient bien aises de lui tendre la main, de le dispenser, je m'assure, de tout ce qu'ils pourroient pour rhonneur de vous et de lui. Pensez-y, je tous supplie, tandis que votre service de par de là lui peut faire espérer plus de faveur auprès du Roi et de son conseil, et avant que la chaleur de la jeunesse le porte à quelques résolutions qui servissent par après d obstacle aux bonnes intentions de vos amis. Je crains bien que vous ne blâmiez ma trop grande liberté, mais, etc. s (Bibliothèque de Carpentras, manuscrit cité, f» 54a.)

a. Cette lettre, qui est laxvin* du second livre dans toutes les éditions, y est datée à tort de i6i6, au lieu de i6i6. Le contenu ne laisse aucun doute sur la date véritable.

3. Dans une lettre écrite le 27 juin i6a4> pour < se condouloir avec lui du malheur arrivé à son fils, qui a été universellement plaint par toute cette ville, » Peiresc dit : c Mais pour ce que c'est chose faite qui ne peut pas ne l'avoir été, je me persuade que ce mal pourroit être cause de quelque bien, si Monsieur votre fils vouloit un peu résoudre à l'avenir de contenter ses parents, amis et serviteurs. La cou-

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choses prirent une tournure si alarmante qu'il fit quitter la Provence à son fils. En effet, le lo octobre, une sentence du sénéchal d'Aix, rendue sur la poursuite de la veuve et de ses enfants, condamnait Marc-Antoine à avoir la tète tranchée. Mais Malherbe, sachant bien qu'en pareille occurrence il ne fallait que gagner du temps, envoya son fils en Normandie, comptant, < avec un million de gentilshommes, » sur un pardon général, dont le mariage de Madame avec Charles P' devait être le prétexte*.

En attendant cette amnistie qui tarda assez longtemps, il parvint à faire évoquer l'affaire au conseil du Roi, qui la renvoya au parlement de Dijon, et il sut se faire appuyer près de ses nouveaux juges par une lettre fort pressante de Marie de Médicis'. La procédure fut longue ; enfin il obtint, en juin i6a6, des lettres de grâce, qui ne furent entérinées que le 1 3 février de l'année suivante; mais Marc- Antoine, pour jouir de leur effet, dut, par arrêt de la Cour, payer les dépens et quinze cents livres de dommages et intérêts à la veuve Audebert et ses enfants *.

CSnq mois après, jour pour jour, le 1 3 juillet, à quatre lieues d'Aix, Marc- Antoine périssait à son tour dans une querelle avec Gaspard de Bovet, baron de Borroes, et avec le beaufrère de celui-ci, Paul de Fortia, seigneur de Piles, dout on a déjà vu le nom plus haut. Malherbe cria à l'assassinat, et l'on peut voir dans sa lettre à Louis XIII* en quels termes il parlait des meurtriers de son fils. L'accusation ne parait point suf-

ditîon des personnes auxquelles il a affaire est telle que Ton réduira i tout oe qu'il Toudni, et la qualité du fait est réduite, Dieu merci, CD termes qu'il n*y aura rien que vous n'obteniez. » (Bibliothèque de Carpcntras, manuscrit cité, fo 545*)

I. Lettre à Racan du i3 décembre 1634 : c II y a fort longtemps que je l'ai en'voyé en Normandie, où il passe son temps, à ce qu il m'éoit, mieux qu'en lieu où il a jamais été. Je l'ai tiré d'ici pour la doote que j'arois que ses parties ne lui eussent tendu quelque piège, oomme certes j'ai découvert qu'ils avoient fait. Mais j'eus bon nez, de quoi bien lui prit et à moi aussi. Pattends, avec un million de gentdsbommes, on pardon général de tous les duels, dont le mariage de Madame sera le prétexte. >

a. Voyez-en le texte à VÂppendiee^ p. li.

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