Voyez pièce cxr, p. a6o
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lui valut un don de cinq cents écus. Richelieu^ auquel il écrivait : « Je vous mets en tête un grand monstre , quand je vous propose ma mauvaise fortune , » Richelieu , cet <u/orabie prélat^ ne l'oublia pas non plus, et ce fut probablement à lui qu'il dut le don d'un office de trésorier de France '.
On voit que si des Yveteaux avait quelque raison de lui reprocher de demander toujours Taumône un sonnet à la main y Malherbe, de son côté, pouvait dire en toute assurance . « La monnoie dont les petits payent les bienfaits des grands , c'est la gloire. J'espère que de ce côté-là on ne m'accusera jamais d'ingratitude '. »
I . Voyez à Y Appendice de la Notice biographique ^ p. l, une lettre de Richelieu i Malherbe.
3. c II plut à Monseigneur le Gudinal, il y a quelque» jours, de me promettre qu'aussitôt que M. de Fiat (d'Efiiat) seroit de retour, il me feroit payer de ma pension, et y ajouta encore qu'il me you-
IcMt faire mes petites affaires Aujourd'hui que
M. de Fiat est arrivé, il est question de me ramentevoir à Monseigneur le Cardinal, afin qu'il se souTienne , tant de l'assistance qu'il m'a offerte en cette occasion, que de celle qu'il m'a promise en l'office de trésorier de France, dont il a plu au Roi de me gratifier. » [Lettre à Vévéque de Mende,) Dans une lettre inédite de Peiresc à P. Dupuy en date du la novembre i6a6, je trouve le passage suivant : « ....U n'y a pas grand mal quand vous feriez demander quelque office, en finançant quelque petite portion seulement. Cest comme cela que Malherbe s'est fait donner une charge de trésorier de France en ce pays (en Provence), et le neveu du P. Suffren une autre à fort bon marché ; et leur mérite et qualité fera passer l'édit, pour l'amour d'eux, qui ne passeroit jamais. » (Bibliothèque impériale, manuscrits Dupuy, no 716, f^ 53.) — U y eut en août i6ai, en février 1616 et en avril 1617 des créadons d offices de trésorier de France; d'après ce qui précède, Malherbe en aurait été pourvu au plus tard en i6s8.
3. Lettre à tévéque de Mende, On y lit le passage suivant : < Je fus dernièrement trouver un homme pour quelque peiiie affaire, et je crois que sans ofTenser sa conscience, il lui étoit aisé de me satisfaire. La peur que j'ai d'être refusé, me fait toujours prendre garde de ne jamais rien demander qui ne soit raisonnable; et d'ailleurs j*avois quelque sujet de croire que cet homme aimât les vers. Je le trouvai toutefois si peu courtois et si fort résolu de ne mv point gratifier, que je m'en revins avec un déplaisir de lui avoir jamais rien demandé, et avec une protestation de ne lui demander
jamais rien La nécessité est forte ; mais elle ne l'est pas assez
pour me faire faire une seconde prière à un homme à qui la première
i^xx NOTICE BIOGRAPHIQUE
De ce GÔté-là, soit; maïs il est plas d'un genre d'ingratitude, et il y a dans sa vie des taches dont avec la meilleure volonté du monde on ne peut laver sa mémoire. A partir du moment où un attachement trop grand à la mère du Roi pouvait devenir dangereux, n'a-t-il pas oublié bien vite Vobjet di^ vin des dntes et des yeux^ la Reine sans pareille ^ la Reine chefd*œuvre des cieux^ la princesse à qui il devait tout, qu'il avait si souvent célébrée et dont le nom ne se retrouve plus dans ses vers? N*a-t-il pas adulé bassement, dans une dédicace qui est un chef-d'œuvre du genre S le connétable de Luynes, qu'après sa mort , quelques mois plus tard , il appelait cet absinthe au nez de barbet ^ qu'il aurait voulu voir au gibet*? Je reconnais que jusqu'à la fin de sa vie il ne cessa de chanter les louanges, en vers et en prose, de Richelieu, de ce grand cardinal^ grand chef-d'œuvre des deux; mais je n'aurais pas conseillé à l'illustre Kminence d'être disgraciée du vivant du poète, ou de le précéder dans la tombe.
Il faut dire, comme circonstance atténuante, que malgré la bonne volonté du prince, la position d'un c pensionnaire > était toujours fort précaire : trop souvent il dépendait d'un ministre de retarder, ou même d*arréter complètement les effets de la munificence rovale. Malherbe le savait, et il manœuvra assez prudemment au milieu des intrigues et des révolutions de la cour pour ne jamais compromettre, je ne dis
n'a de rien servi. D me pouvoit faire du bien; je lui pouvois donner des louanges. Il me semble que ce qu*il eût eu de moi valoit bien ce que j'eusse reçu de lui. Puisqu'il ne Ta pas voulu, il le faut laisser là. Me Toilà déchargé d'une grande peme. » M. de Goumay cite ces dernières lignes , pour nous faire admirer c la fierté avec laquelle Malherbe repoussoit toute idée de faire une démarche ou seulement une demande qui humilieroit son amour-propre, lors même qu'elle devroit améliorer sa fortune s (p. a 59). U aurait dû se rappeler qu'il ne s'agissait ici, comme le poète le déclare lui-même, que d*uite petite affaire,
I. La dédicace de la Traduction du XXXIII' livre de Tite Live (voyez plus loin, p. 889 et suivantes). Outre le Roi et le connétable, MalberDe trouve moyen d'y louer le chancelier, le garde des sceaux, le surintendant des finances, les secrétaires d'État, le cardinal de Rais, le président Jeannin, le prince de Condé, et jusqu'à Messieurs les trésoriers de t Épargne. U est vrai qu'il avait souvent besoin de ceux-ci.
a. Voyez pièce lxxxiv, p. aSo.
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pas la dignité de son caractère, mais sa position*. Anssi à la fin de sa vie, il était sinon riche, du moins fort à son aise ; et on peut le croire, lui qui se plaignait sans cesse, quand il disait dans sa mauvaise ode à M. de la Garde * :
Je ne désiste pas pourtant D'être dans moi-même content D'aToir bien vécu dans le monde, Prisé (quoique vieil ahattu) Des gens de bien et de vertu :
£t voili le bien qui m'abonde*.
Sa pension de cinq cents écus ^, ses appointements de gentil-
I. Je n'ai trouvé qu'une seule fois le nom de Malherbe mêlé à des propos de cour. Pendant une absence du poète, Peiresc, qui se trouvait alors i Paris, lui écrivit qu'au Cabinet (du Roi], son départ était mal interprété. On prétendait qu'il s'était enfui de peur a'être recherché comme l'auteur d'un « certain discours en trois feuillets. > c Celui qui a fait courir ce bruit , ajoutait Peiresc, est quelqu'un de ceux qui avoient accès chez vous. > (Bibliothèque de Carpentras, manuscrit cité, fo 53) vo, lettre du 4 mai 1630.) Malherbe, je crois, se tint il l'écart des intrigues politiques, et suivit religieusement cet autre précepte qu'on lit dans sa dédicace au duc de Luynes : c Pour moi, qui ai toujours gardé cette discrétion de me taire ae la conduite d'un vaisseau où je n'ai autre qualité que de simple passager, le meilleur avis que je puisse donner à ceux qui n'y sont que ce que je suis, c'est de s'en rapporter aux mariniers, v
a. Voyez pièce cv, p. aSS.
3. Ce dernier vers est la réfutation de l'épitaphe que Gombauld a composée pour Malherbe :
L'Apollon de nos jours, Malherbe ici repose. n a longtemps vécu sans beaucoup de support. En quel siècle? Passant, je n'en dis autre chose : D est mort pauvre.... et moi je vis comme il est mort.
Le poëte Patrix, compatriote de Malherbe , le trouva un jour à table : c Monsieur, lui dit-il, j'ai toujours eu de quoi dîner, mais jamais de quoi rien laisser au plat. » Voyez Tallemant des Réaux, tome I, p. 29a.
4. Une anecdote, que l'on trouvera plus loin (voyez p. lxvih), permet d'apprécier à peu près le revenu que cette pension de quinze cents livres faisait à Malherbe. Suivant Racan , le poëte donnait à son valet vingt écus de gages et dix sous par jour pour sa nourriture, soit par an deux cent quarante-deux hvres, « ce qui étoit honnête en ce temps-là. » Avec sa pension seule, Malherbe avait donc un peu plus que six fois la somme nécessaire au pa\ ement et à l'entretien de son valet.
xxxii NOTICE BIOGRAPHIQUE
homme ordinaire et plus tard de trésorier de France, ce qu'il avait recueilli des successions de son père et de sa mère*, et surtout la concession des terrains à Toulon ' lui procurèrent en effet, bien qu'il ne fût pas « ménager', » une existence fort honorable. Et notez que je ne fais pas figurer dans ce calcul les gratifications qu'il dut recevoir de temps en temps soit du Roi, soit d'autres personnages pour lesquels il a fait des vers ^. Il dit lui-même quelque part c qu'il ne se donnoit pas volontiers de la peine aux choses dont il n'espéroit ni plaisir ni profit*. >
Nous avons vu plus haut comment en i6o5, après vingtquatre ans de mariage, Malherbe se sépara de sa femme pour venir à Paris. Il ne la revit plus que deux fois, en 1616 et en 1 6aa, lorsqu'il alla en Provence. Malgré Téloignement, leurs relations n'en furent pas moins très-suivies, et l'on trouve en maintes pages de sa correspondance la preuve de l'affection sincère qu'il avait pour elle *. Toutefois le récit de Racan nous apprend que, bien qu'il fût d'un âge mûr quand il vint se fixer à la cour, il y mena une vie peu régulière et où le libertinage tint plus de place que la passion. En 161 1, il écrivait :
Je renonce à T Amour, je quitte son empire.
11 était temps, car il avait cinquante-six ans. Mais certainement lorsque le père Luxure^ comme on l'appelait chez M. de Bellegarde, et l'Amour se séparèrent, ce ne fut pas le poète qui fit les premiers pas en arrière ''.
I. Sa mère mourut le ai novembre 161 3, à quatre-vingt-deux ans.
a. M. de Goumay parle (p. 27!!) des salines de Castigneau qui auraient aussi été données à Malherbe ; les titres de concession se trouveraient, à ce qu*il parait, à Toulon.
3. e Quand je serois ménager, ce que je ne suis pas, » dit-il dauis une lettre à son cousin de Bouillon.
4. Dans une lettre (c'est la iv^ du livre I dans les aiicieimes éditions), il remercie Monseigneur *** « du beau présent > quUl vient de recevoir. Je pense aussi que ce ne fut pas gratuitement qu'il fit pour le financier Montauban certain couplet dont il parle dans une xmtre lettre.