I. Virgile, Enéide, Uv. IV
région du ciel, il y a du chemin pour trente années à celui des astres qui va le plus vite , bien qu'il ne s^arrête eu nulle part , et que toujoui'S il chemine avec une pareille diligence. Cest là qu^enfin il parvient à rintelligence de ce que longtemps il a cherché. Cest là que premièrement il commence à connoltre Dieu. Qu'est-ce que Dieu? L'àme de Tunivers. Qu'est-ce que Dieu ? Tout ce qui se voit, et qui ne se voit pas. C'est là qu'enfin il recouvre sa grandeur, qui est telle qu'il ne s'en peut imaginer de plus grande. Si Dieu seul est toutes choses, il faut croire qu^îl comprend et dedans et dehors tout ce qu'il a fait. Quelle différence donc trouvons-nous entre sa nature et la nôtre? La meilleure partie de nous, c'est l'esprit; en Dieu, hors l'esprit, il n'y a chose quelconque. Il est tout raison; combien que l'aveuglement est si grand ici-bas , que les hommes, au lieu de l'estimer tel qu'il est , beau , réglé, ferme et constant en ses résolutions , que rien ne le peut être davantage, se le figurent néanmoins je ne sais quoi de fortuit et de tumultueux, qui chemine à l'aventure parmi les foudres, les nuées, les tempêtes, et toutes autres choses semblables, dont la terre et ce qui est voisin de la terre est ordinairement battu. Et cet erreur* n'a pas seulement saisi le menu peuple, mais est même parvenu jusques à ceux qui font profession ouverte de sagesse. C'est grand cas qu'il soit des hommes si présomptueux , qu'ils pensent avoir un entendement capable de gouverner eux et tout le reste du monde, et toutefois estiment que cet univers, duquel nous-mêmes sonunes une portion, n'ait point de conseil, et soit porté .casuellement, ou par une témérité, sans dessein et sans ordre, ou par la nature qui ignore elle-même ce qu'elle fait. Combien
I. Erreur du masculin, comme en latin. Voyez ci-detsus la No^ tice biographuiue f p. xlyi.