‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 30 sur 259 · I. Voyez plus loin, p. Lxxxvn et suivante · texte numérisé non relu

I. Voyez plus loin, p. Lxxxvn et suivante

3. Lettre à G>nnirt, du a3 janvier i65i, Œuvres, i665, tome II,

3. c II ayoit souvent à la bouche, dit Santal, ces paroles assez libertines que le poëte Prudence attribue à l'empereur Gallien : Cote Jmmomum quod eoUt emtas, » (jéntiquités de Paris, tome I, p. 3i4*)

4. Voyez plus loin, p. lxxxvtii. « U disoit, quand on lui parioit de l'enfer et au paradis : c Pai vécu comme les autres, je veux mouc rir comme les autres, et aller où vont les autres. * (Tallemant, tomel, p. 3o5.)

SUR MALHERBE. xliii

quelques pratiques de dévotion dont parle Racan. Ce qui semble dominer chez lui, c'est une sorte de philosophie stoîque qu'il avait peut-être puisée dans Sénèque' et qu'il aimait à manifester par « le mépris de toutes les choses que l'on estime le plus en ce monde, > mépris dans lequel il comprenait malheureusement Tart même où il excellait*.

Malherbe n'avait jamais beaucoup aimé sa famille, avec laquelle il paraît avoir vécu en assez mauvaise intelligence, et il le lui prouva à sa mort. Il la déshérita complètement et choisit pour légataire universel Vincent de Bojer, fils d'un neveu de sa femme, Jean-Baptiste de Boyer, conseiller au parlement de Provence, Il disposa, en outre, d'une somme de trois fliille livres en faveur d'un sieur Astruc, avocat chargé des poursuites contre les meurtriers de Marc- Antoine, et à qui Mme de Malherbe, par reconnaissance de ses bons soins et de l'amitié qu'il avait portée à son fils, laissa aussi la moitié de ses biens.

Mme de Blalherbe survécut encore vingt mois à son mari. Elle mourut au commencement de juin i63o, probablement à Aix où régnait alors la peste. Son testament, daté du i*' août 1629, est rempli du souvenir de son fils , dont elle demande

I. One philosophie était empreinte d*une sorte de fatalisme où ■'entrait pour rieo Tidée de Providence, c Qu*on die ce qn*on voudra de la prudence humaine, écrivait-il à son cousin Colomby, je ne la veux pas exclure de Tentremisede nos affaires, quand ce ne seroit

3 ne de peur de trop autoriser la nonchalance ; mais pour ce qui est es événements* il fandroit d'autres exemples que ceux que j'ai vus jusqu'à cette heure, pour me faire croire qu'elle y ait aucune jurisdiction. Qui est heureux, ira aux Indes sur une claie ; qui est malheureux, quand il seroit dans le meilleur vaisseau du monde, il aura de la peine à traverser de Calais à Douvres, sans courir fortune de se noyer, s

1. « Un bon poète, disait-il, n'est pas plus utile à l'État qu'un bon joœar de quilles. » Voyez plus loin, p. lXxvii et lxxvi. Il avait sans cesse à la bouche des maximes comme celles-ci : t Cette vie est une pore souise. — J'estime si peu le monde, que je n'estime pas en quel habit nous fassions le peu de chemin que nous avons à y faire. ^- Pour moi je tiens que le vivre .parmi tous les délices n'est pas grand'chose. s On ne peut du moms lui reprocher de n'avoir pas mis ses préceptes en pratique; car l'unique chambre qui lui servait de logement et les cinq ou six chaises de paille qui composaient sou ameublement témoignent assez de son indifférence pour te luxe,

XLiv NOTICE BIOGRAPHIQUE

instamment^ à ses héritiers de venger la mort, désir qui ne fut que bien imparfaitement exaucé. L'arrêt définitif dans cette triste affaire ne fut rendu qu'en i632. Le 29 avril de cette année, le parlement de Toulouse' condamna le sieur deFortia de Pilesy « ce maroufle, » comme l'appelait Malherbe, à payer huit cents livres « pour faire prier Dieu pour le repos de l'âme de Jtfarc-Antoine de Malherbe, fils de la dame de Carriolis, à cause de l'assassinat commis en la personne dudit Marc-Antoine, ladite somme applicable à l'église où son corps avoit été enseveli* > : châtiment bien léger s'il y avait eu réellement assi^sinat. Quant à l'autre accusé, le baron de Bormes, il est probable qu'il s'était auparavant arrangé avec la famille. Ce qui est certain, c'est qu'en i638 il épousa une belle-sœur de ce même Vincent de Boyer, héritier de Malherbe^.

Les mémoires que Racan a rédigés à la prière de Ménage, et que Tallemant a reproduits en les augmentant, sont une source précieuse de renseignements sur la vie de Malherbe ; mais, quoiqu'il les ait écrits sans aucun doute avec les meilleures intentions du monde, i! faut convenir qu'ils ne font guère honneur à son tact et à son discernement, et qu'ils ont peu servi la gloire de son maître. Je me garderai bien de vouloir représenter Malherbe comme un modèle de toutes les vertus, et de dire en style d'épitaphe avec Meusnier de Quer- Ion qu'il fut « tout à la fois bon fils, bon père, bon mari, bon maître. » Ce qui précède fait justice de ces éloges ridicules ; toutefois, d'après sa correspondance, on voit qu'on aurait pu dire de lui autre chose que ce qu*en a rapporté son disciple favori. Malheureusement Racan vivait au milieu d'une société corrompue et dans l'intimité du président Maynard, le poète le plus licencieux peut-être d'une époque où il y en avait beaucoup, et il paraît avoir spécialement pris plaisir à conserver dans ses souvenirs et à nous transmettre avec une crudité naïve'

I . Roux-Alpheran, Recherches, p. 43 et suivantes, a. Nous avons inudlement fait chercher à Toulouse, dans les archives du parlement, le texte de l'arrêt.

3. Roux-Alpheran, Recherches, p. 43. Cette somme revint à l'église des Minimes d*Aix, où Marc-Antoine avait été enterré.

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