‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 35 sur 259 · MARIE · texte numérisé non relu

MARIE

f BOUTHILLIRR.

« A Mesi* les conseillers d'Estat du Roy, Monsieur mon filz, ses procureur et advocats généraux en son parlement de Bourgogne. »

PROCÈS DE LA VEUVE ACDEBERT COHTRE MARC- ANTOINE DE MALHERBE, MEURTRIER DE SOlf MARI.

Le savant archiviste de la Côte-d'Or, M. Joseph Gamier, a bien voulu nous envoyer le résumé suivant de Taffaire, qu'il a trouvé dans les archives du greffe de la cour d'appel de Dijon :

f Vu le procès criminel fait à requeste du procureur du Roy du senechal d^Aix en Provence, instigation et poursuite de D«^l« Honorade de Blain, yefve de Raymond Audebert, bourgeois dudit Aix, Gaspard et Anne Audebert, enfans et héritiers par bénéfice d'inventaire dudit feu Audebert, et M<> Marc- Antoine Malherbe, advocat au parlement dudit Aix , à cause de l'homicide commis à la personne dud. Audebert. — Sentence donnée au juge le lo* octobre i6a4, par laquelle icelui Malherbe auroit esté condamné à estre délivré es mains de l'exécuteur de la haulte justice, mené et conduit par tous les lieux et carrefours de ladite ville accoustumés et jusques à la place des Jacobins, et sur l'échafaud d'icelle oùseroit dressé un piloris avoir la teste tranchée, et en après son corps porté au lieu patibulaire ; et où il ne pourroit estre apréhendé seroit exécuté en efigie ; en 3oo livres d'am. envers le Roy, aoo livres à l'esglise où led. défunt avoit esté inhumé, pour prier Dieu pour son ame, à ses frais, le séquestre définitivement deschargé, et en 5oo livres d'am. envers lad. de Blain, looo livres pour chacun des enfans. — Lettres de relief d'appel, obtenues en la chanc. d' Aix, le 5 décembre i6i4> par François de Malherbe, gentilhomme ordinaire de la ch. du Roy, au nom et comme père et légitime administrateur de la personne dudit M. A. son fils, touchant l'appel de la dite sentence.... — Lettres patentes obtenues à Paris par le même le 3i du mesme mois par lesquelles S. M. évoque 1 affaire et en renvoie l'examen au parlement de Dijon. — Arrêt de cette cour du 17 février i6a5 qui retient la Gonnoissance*de cette affaire et nomme des commissaires pour en instruire. — Requeste

DE LA NOTICE BIOGRAPHIQUE. lui

de Malherbe père, ^u i8 arril, contenant qne, le lieutenant d*Aix n^ayant rien prononcé contre le corps et la mémoire d*Audebert, il n'avait point observé la rigueur des édits sur le duel, il avait, lui, appelle de cette sentence à ce chef seulement, et demandoit que les parties produisissent par lettres et que le procureur général fût adjoint à la cause. — Arrêt du même jour qui ordonne la production de ces pièces.— Autre du i a juin qui ordonne la nomination d*un curateur à la défence de feu Raymond Audebert, pour répondre sur les charges de l'information. — Arrêt du i3 qui délègue à cet effet F. Bandon, procureur à la cour.— Appointements divers pour la production des pièces et les dispositions des parties en ordonnance du commissaire de la cour, rendue en la ville d*Aix le 8 octobre i6a5 à requeste de F. de Malherbe par laquelle il prescrit la comparution de Favre, curateur nommé à la defence de Audebert pour répondre sur les charges. Interrogatoires du curateur. Descente faite sur les lieux où Ton prétend que le combat a été fait. — Déclaration de Favre de l'impossibilité où il est de fournir la preuve des faits qu^il allègue. — Lettres patentes obtenues par ledit M. A. de Malherbe à Paris, au mois de juin i6a6, par lesquelles S. M. en conséquence de son édit sur les duels du mois de février précédent et en faveur de Theureux mariage de sa soeur la reine d'Angleterre, auroit audit de Malherbe quitté, remis et pardonné, esteint et aboUy le fait et cas de l'homicide dudit Andebert, ainsi qu'il est exprimé et déclaré dans lesdites lettres. — Arrêt du !*■* décembre 1626, par lequel sur la présentation de ces lettres par ledit de Malherbe fus eu l'audience , il auroit été dit qu'il serait ouy et répété sur le contenu en icelles par commissaires, et sur ses réponces communiquées au procureur géuéral, estre ordonné à qui il appartiendra et ce pendant qu'il passera le guichet. — Interrogatoires dnd. de Malherbe des 8 et 9 décembre. — Sa requête par laquelle il demande l'entérinement desdites lettres et la faveur de sortir de prison, sauf à ne pas quitter la ville. — Arrêt de la cour du 10 qui ordonne la communication desdites lettres et requête à la dame Audebert, et donne pour prison au s^ Malherbe la maison de F. Gault, huissier.* — Autres requêtes des parties. — Conclusions du procureur général. La cour entérine les lettres de grâce, ordonne que de Malherbe jouira de leur effet, le condamne eu i5oo livres d'intérêts, savoir Soo livres envers la veuve A. et 1000 au profit des enfans, et aux dépens, ordonne qu'il tiendra prison jusques à l'entier payement des

mtéréu. Met à néant l'appel intenté par ¥. de M. et les parties

hors de cause. Signe , B. Lbgout et B. Muxst.

t Fait à la Toumelle, à Dijon, le i3« février 1627, et prononcé and. t^ de Malherbe fils, prisonnier en la Conciergerie. »

uv APPENDICE

LETTRE INÉDITE DE PEIRESC A MALHERBE SUR LA MORT DE SON FiLS.

c Monsieur, je vien^i de me condouloir et de pleurer tout mon saoul avee la pauvre désolée mère, Mme de Malberbe, et Toudrois bien m'étre trouvé près de vous, ou que la distance des ]î<^x et ma foible santé ne m'eussent pas empècbé, comme elles font , de vous aller voir, ainsi que je le desirerois en cette funeste rencontre, pour joindre mes larmes aux vôtres et recevoir avec la condoléance et la compassion générale toutes les plaintes qu'une si juste douleur tons pouvoit faire verser dans le sein de l'un de vos plus fidèles serviteurs. Mais quoique je ne puisse personnellement m'acqnitter de ce devoir, vous aurez, s*il vous plaît, agréable que je supplée comme je pourrai par lettre, et que je vous die que j'ai tant de part à votre perte que je suis encore moi-même hors des termes de recevoir aucune consolation ; tant s'en faut que je puisse être en état d*entreprendri' de vous en donner, sachant, comme je fais, combien vous seroit inutile tout ce qui pourroît venir d'une si chétive main que la mienne, et sachant aussi de quelle façon feu M. de Malherbe, votre fils, avoit gagné le cœur de tant d'amis que vous avez en ces pays, et des siens propres, voire de tout ce qu'il y a de galants hommes et de gens de bien, lesquels ne pou voient assez admirer la bonne vie qu'il avoit reprise et l'assiduité qu'il mettoit à l'étude depuis peu : ce qui fiiisoit qu'un chacun avoit généralement conçu très-grande espérance de sa vertu et de sa magnanimité, et qu'on s'en promettoit tout ce qui se pouvoit attendre de l'un des plus beaux esprits de son siècle, et qui avoit les plus belles et les plus recommandables parties d'un gentilhomme de son âge. Mais nous étions certainement indignes d'en cuâllir le fruit dans ce malheureux pays, puisque nous ne l'avons su priser et choyer comme il méritoit. Je prie Dieu que la punition n'en tombe que sur ceux qui en ont véritablement le tort, principalement à cette dernière action, dans laquelle Dieu l'a pris à soi, dans une conjoncture si avantageuse pour le salut de son âme, qu'il semble qu'il ait voulu laisser ce sujet de consolation à tous les siens; car c'a été quand il étoit parvenu à un grand amendement de vie et mœurs et qu'il s'étoit entièrement dévoué il son service en une religion fort austère, auparavant qu'il eût le loisir ou le besoin de changer d'avis, Dieu lui ayant fait la grâc«; de mourir le plus chrétiennement et le plus exemplairement qu'on eût su désirer ou attendre d'un homme grandement consommé et exercé dans les plus grandes vertus humaines, et avec une

DE LA NOTICE BIOGRAPHIQUE. lv

Gonttance et charité signala : ce qui mérite et doit extorquer des action» <ie grâce à «a dirine bonté dans les plus fortes des douleur* que la nature poîsêe fiûre ressentir en telle occurrence à ses plus proche* et plat intéressés à sa perte; ce que j*ai td fort constamment prati- «lncTy à M coup, à Mme de Malherbe, laquelle, dans les plus riolente* secoasse» de sa douleur, repranoit ses forces pour en Tenir à eca termes, en se résignant A son Dieu et implorant son secours et sa juste Tcngeanoe. Je crois bien que votre constance ne vous manquera pas à vous non plus en cette occasion, et qne vous vons y résoudrez enfin» comme tous vos meilleurs amis tous en conjurent, et encore eelni qui est de si longue main et qui sera inviolablement à jamais, MfMMÎeur, etc. '. s

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