‹ Œuvres de Malherbe (volume 4)Chapitre 66 sur 259 · ATTRIBUÉES A MALHERBE · texte numérisé non relu

ATTRIBUÉES A MALHERBE

En 1776 les Affiches de Normandie signalèrent comme existant dans un manuscrit de la Bibliothèque du Roi un rondeau sur rimmaculée Conception, rondeau qui portait le nom de Malherbe. Cette pièce ne fut pourtant publiée qu'en i855, par M. G. ManceP, d'après une copie transcrite dans un manuscrit de la Bibliothèque de Caen , intitulé : les Trois siècles palinodiques^ de Tabbé Guyot. En voici le texte, que j'ai revu sur le manuscrit qui se trouve encore aujourd'hui à la Bibliothèque impériale * :

Rondeau oit la Vierge réfute Une disjunetive improiabU^ Faisant sa contraire probable^ Qui evidamment la con/ute.

MALHEBBB.

Ou Dieu a peu ce qu'il n'a roolu fere : On a voulu et n'a peu ce parfaire ; On il a peu et voulu , et n'a faict Que mon corps fust en nature parfaict.

Chacu^ implique , et l'opposite infère , Qu'il soit ainsy, raison peult satisfaire Pour son vouloir, son vouloir ne diffaire A son povoir, ne le vouloir au faict.

Ou Dieu a peu....

Ou a voulu. ..

Ou il a peu....

Droict filial en grâce me préfère

Aux aultres corps, et tant d'honneur confère

I. Rondeau inédit de Malherbe sur l'immaculée conception, Caen, le Go8t*Clerisse, i855, 8 p. in-8. Tiré à cinquante exemplaires, a. Fonds françau, n9 3oo (olim 6989), in-u>I. sur vélin.

PIECES ATTRIBUÉES A MALHERBE, cxvii

Qne filft pour mère a pea mettre en efTect ; Par conséquent la loy de vice infect A mon concept formellement défère.

Ou Dieu a peu....

Si M. Mancel avait recoom à ce manuscrit, il n'aurait pas hésité un instant à reconnaître à quel point était peu fondée cette attribution d*un pareil rondeau. En effet, par son écriture gothique et ses miniatures, le manuscrit est certainement antérieur à i54o^; or, Malherbe est né en i555. D'ailleurs, i défaut d'autre preuve, le style de la pièce su£Brait seul à démontrer que jamais il n'a pu être l'auteur d'un pareil galimatias.

Le Malherbe qui a laissé cet échantillon de son talent poétique appartenait-il de près ou de loin à la famille de François? Je n'en sais absolument rien, et la chose, à vrai dire, est fort indifférente.

En 1 834 M. l'abbé de la Rue réimprima*, dans le tome III de ses Essais historiques sur les hardesy les jongleurs et les trouvères mormands et anglo^normands^ un opuscule publié en i Sgo, sans nom d'auteur , sons le titre de : le Bouquet des fleurs de Sé^ fiêque, Caen, chez Jacques le Bas, in-4. C'est un recueil de huit odes, traitant de sujets philosophiques, et ayant chacune one épigraphe tirée de l'écrivain latin. Le livre est imprimé à Caen, patrie de Malherbe ; il est inspiré de Sénèque, dont Malherbe a traduit les Bienfaits et les Èpttres* : voilà , à ce qu'il me semble, les seules raisons qui ont pu porter M. de la Rue

I. Dant son Catalogue des manutefus (tome III, p. ^67], M. Paulin Paris n*hésîte pas à aatigner au manuscrit la date de i536 ou iSSj. n Booa semble que les vers mêmes sont bien antérieurs à cette date.

9. Il en fut fait la même année un tirace à part intitulé : le Boufftet desfieurs de Sénèque ^ poésies inédites de tâMerbe^ Caen, Mancel, 1834» 3» p. gr. in-8.

3. 0 n'était pas besoin d*étre traducteur de Sénèque pour composer un pareil Bouquet ; longtemps avant i $90, on avait publié : Flores Stneem exoerpfi abErasmo, emendati ab Ant. Goino, Anvers, i539, iD-8; Flores uiriusque Senects morales ^ Paris, Gorbinus, i574f in-ia; Fions SeneesB de moribus^ sans date, in-8, etc.

cxviii PIÈCES ATTRIBUÉES A MALHERJBE.

à l'attribuer à Malherbe. Je dis : à ce qu'il me semble; car il n'en a donné aucune et s'est contenté d'émettre ses assertions avec une assurance aussi grande que si le nom de Malherbe eût figuré sur le titre et que le poète eût raconté dans une préface l'histoire de ces poésies ^ Or, comme je viens de le dire, le volume de i Sgo est anonyme ; on n'y trouve ni dédicace, ni préface , ni avertissement, ni privilège quelconque, c'est-àdire pas une seule de ces pièces qui peuvent fournir des renseignements; et, de plus, l'examen des vers, loin d'être favorable à la thèse de M. l'abbé de la Rue , fait au contraire arriver à des conclusions diamétralement opposées.

D'abord, si Malherbe eût été réellement l'auteur de ces poé sies, qui ne manquent pas d'un certain mérite, il serait malaisé d'expliquer qu'aucun souvenir ne s'en fût conservé dans les écrits de ses compatriotes et de ses contemporains, et qu'on n'en retrouvât pas la moindre trace soit dans sa correspondance, soit dans sa Fie par Racan. Pourquoi d'ailleurs n'aurait-il pas signé ce livre? il n'en était point à ses débuts, puisque trois ans auparavant, en i587, il avait publié à Paris les Larmes de saint Pierre.

A ces difficultés viennent s'enjoindre d'autres tirées des vers eux-mêmes. Quelques-uns n'ont jamais pu être écrits par Malherbe, comme :

S'un fils ingrat aux bienfaits de son père. Qui n'a vu rC Athènes ni Rome ;

1. t Loin de la cour et de la capitale, dit M. l'abbé de la Roe, c'est dans la solitude qu'il (Malherbe) médite et se pénètre de la morale de Sénèque, en traduisant presque toutes ses épitres ; et sa philo-* Sophie le charme tellement, qn elle inspire bientôt sa muse; aussi le sujet de ses premières «des est-il toujours pris dans une sentence du philosophe q^ui fait ses délices , et comme , par sa naissance et son mérite, il était en rapport avec les familles les plus distinguées de la Normandie, c'est aux personnes les plus marquantes de cette proriiice qu'il adresse ses premières productions. Malherbe les réunit en 1S90 elles fit imprimera Caen, sous le titre de Bouquet des /leurs de Sé^ nèque. Cet ouvrage passa absolument inaperçu dans la capitale, alors dominée par la Ligue, et dans les provinces agitées par la guerre cirile ; aussi est-il devenu excessivement rare et absolument inconnu aux premiers comme aux derniers éditeurs des opuvres de Malherbe. » (Tome III, p. 355.)

PIÈCES ATTRIBUÉES A MALHERBE. cxix

oa bien encore ceux-ci, dont il se serait moqué s'il les avait IrooTés dans Desportes :

Un ruisselet argentelet,

Au bord mousselet, douoelet, etc.

Puis est-ce bien Malherbe qui a pu dire en 1 590 :

Si met parents sont morts, ils ont payé la dette Qu*on doit en ce séjour,

quand son père et sa mère vivaient encore? En oitre, dans ces vers parsemés d*invectiTes contre les nihéisies sans souci et les pourceaux tPÉpicure^^ règne un profond sentiment philosophique et religieux qui s'accorde peu avec ce que Ton sitit de !>on genre de vie et de son caractère , et dont on ne rencontre aucun vestige dans ses écries.

n me semble que la discussion peut se résumer ainsi : d'un côté, aucune espèce de motif plausible pour attribuer ces pièces à Malherbe; de l'autre, raisons suffisantes pour lui en refuser la paternité. On ne s'étonnera donc pas de ne point voir figurer dans notre édition ie Bouquet des fleurs de Sénèque*.

Dans le tome III (p. 354) du même ouvrage, M. Tabbé de la Rue mentionne, comme se trouvant dans un manuscrit du docteur J. de Cahaignes, dont nous avons déjà parlé (p. x), la traduction en vers par Malherbe, alors âgé de vingt ans, d'une épitaphe composée en latin par ledit de Cahaignes. On ne sait à Caen, du moins c'est la réponse qui m'a été faite, où l'on peut trouver cette pièce. Dans le même article où il a donné le sonœt à Perrache (voyez plus haut, p. cxu), M. Éd. Fournier a encore réimprimé une chanson qu'il a tirée du Doux enire^ tien des bonnes compagnies ^ 1634» in-ia. Ce livre est un recueil

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