Var. (E, O, F
Puisqu'il sait qu'en ses destinées Les nôtres seront terminées,
Et qu'après lui notre discord
N'aura plus qui dompte sa rage,
N'est-ce pas nous rendre au naufrage
Après nous avoir mis à bord ? 170
Cet Achille, de qui la pique
Faisoit aux braves d'Ilion
La terreur que fait en Afrique
Aux troupeaux l'assaut d'un lion ,
Bien que sa mère eût à ses armes 1 7 s
Ajouté. la force des charmes,
Quand les Destins l'eurent permis ,
N'eut-il pas sa trame coupée
De la moins redoutable épée
Qui fût parmi ses ennemis ? 180
Les Parques d'une même soie / Ne dévident pas tous nos jours ; ^
Et qu*en loi seal est réservé Notre bien et notre dommage, N*est-ce pas chercher le naufrage D'un vaisseau qu'il en a sauvé?
Dans les Mtues ralliées, on lit à l'avant-demier vers la forme provinciale cercher au lieu de chercher,
175-180. Dans les éditions de 1601 et de i6o3, on trouve cette variante :
Bien que sa peau fût estimée
Dans un fleuve si bien charmée.
Que nulle sorte de péril
Ne lui pût oncques faire brèche,
Ne chut-il pas d'un coup de flèche
Dans les embûches de Paris?
Et dans celle de 1618 :
Bien que par les charmes d'un fleuve.
On le crût si bien à l'épreuve, Que nulle sorte de périls A sa peau ne pût faire brèche, etc.
Ni toujours par semblable voie
Ne font les planètes leur cours ;
Quoi que promette la fortune , 1 8 5
A la fin quand on Timportune,
Ce qu'elle avoit fait prospérer
Tombe du fa ite au précipice ;
Et pour l'avoir toujours propice
Il la faut toujours révérer. 190
Je sais bien que sa Carmagnole
Devant lui se représentant
Telle qu'une plaintive idole,
Va son courroux sollicitant,
Et l'invite à prendre pour elle 1 9 5
Une légitime querelle ;
Mais doit- il vouloir que pour lui
Nous ayons toujours le teint blême.
Cependant qu'il tente lui-même
Ce qu'il peut faire par autrui ? a o o
Si vos yeux sont toute sa braise ,
Et vous la fin de tous ses vœux ,
Peut-il pas languir à son aise
En la prison de vos cheveux ?
Et commettre aux dures corvées a o .s
Toutes ces âmes relevées.
Que d'un conseil ambitieux
191. Le Roi était en ce moment en guerre avec le duc de Savoie, au sujet du marquisat de Saluées , dont Carmagnole est la capitale. 195-199. Var. (édit. de i6oi,E, F, etc.) :
Et l'appelle à venger l'injure
Que lui fait un voisin parjure;
Mais doit-il vouloir que pour lui
Ceux qui Taiment soient toujours blêmes,
Cependant qu'il tente lui-m^es....
La faim de gloire persuade D'aller sur les pas d'Encelade Porter des échelles aux cieux ?
Apollon n'a point de mystère, Et sont profanes ses chansons ,^ Ou, devant que le Sagittaire Deux fois ramrne les glaçons , Le succès de leurs entreprises , De qui deux provinces conquises Ont déjà fait preuve à leur dan , Favorisé de la victoire , Changera la fable en histoire De Phaéton en TEridan.
Nice payant avecque honte
Un siège autrefois repoussé ,
Cessera de nous mettre en compte
Barberousse qu'elle a chassé ;
Guise en ses murailles forcées
Remettra les bornes passées
Qu'avoit notre empire marin;
Et Soissons fatal aux superbes ,
Fera chercher parmi les herbes
En quelle place fut Turin. 3 3o
116. La Bresse et la Savoie conquises en 1600, la première par Biron, la seconde par Lesdiguières.
la 1-124. En i5/|3y du 10 août au 8 septembre, Nice fut inutilement assiégée par une armée française, que secondait une flotte turque. Cette \î\\e avait fait jadis partie du comté de Provence.
21 5. Le duc de Guise dont il a été question plus haut, p. a3et34*
a 18. Charles de Bourbon, comte de Soissons.
56 POÉSIES, XllL
PROSOPOPEE DOSTENDE.
STAHCES.
D'après un passage de la y'ie de Peiresc par Gassendi , Malherbe écrivit en i6o4 ces stances, qui parurent non en i63o, comme le dit Saint-Marc, mais en i6i5y dans les Délices de la poésie française. C'est une imitation d'une pièce de vers latins ({ui venait d'être composée par Grotius, alors âgé d'une vingtaine d'années. Voici cette pièce :
Area parva Ducum, totus quam respicit orbis, Celsior una malis, et quam damnare ruinée Nunc quoque fata timent, alieno in litore resto. Tertius annus abit, toties mutavimus hostem ; Ssvit hyems pelago, morbisque furentibus sestas; Et minimum est quod fecit Iber. Crudelior armis In nos orta lues ; nullum est sine funere funus , Nec periniit mors una semel. Fortuna, quid hseres? Qua mercede tenes mistos in sanguine Mânes? Quis tumulos moriens hos occupet, boste peremto, Quxritur, et sterili tantum de pulvere pugna est.
Ostende se rendit aux Espagnols, le ao septembre 1604, après un siège de trente-neuf mois. (Voy. de Tliou, liv. CXXX.)
Trois ans déjà passés, théâtre de la guerre, J'exerce de deux chefs les funestes combats , Et fais émerveiller tous les yeux de la terre , De voir que le malheur ne m'ose mettre à bas.
A la merci du ciel en ces rives je reste , 5
Où je souffre Thiver froid à l'extrémité ; Loreque Tété revient il m'apporte la peste , Et le glaive est le moins de ma calamité.
POÉSIES, XIIL 57
Tout ce dont la Fortune afflige cette vie
Pèle- mêle assemblé me presse tellement , 1 o
Que c'est parmi les miens être digne d'envie ,
Que de pouvoir mourir d'une mort seulement.
Que tardez-vous, Destins? ceci n'est pas matière Qu'avecque tant de doute il faille décider ; Toute la question n'est que d'un cimetière, i S
Prononcez librement qui le doit posséder.
58 POÉSIES, XIY.