‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 108 sur 268 · PRIÈRE POUR LE ROI HENRI LE GRAND, ALLANT EN LIMODSIN · texte numérisé non relu

PRIÈRE POUR LE ROI HENRI LE GRAND, ALLANT EN LIMODSIN

STAlfCES.

Henri IV, en septembre i6o5, au moment où il partait avec des troupes pour aller tenir les grands jours en Limousin, commanda cet vers à Malherbe , qui les lui présenta à son retour. Il est peut-être permis de croire, d'après un passage de TElstoile, quMls parurent d'abord en feuille volante. En tout cas, ils furent imprimés en 1607 dans le tome U du Parnasse des plus excellents poètes de ce ten^s.

On peut voir dans V Histoire de l'Académie françoise par Pellisson (édition Livet, tome I, p. lao et suiv.) l'analyse de l'examen que l'illustre compagnie fit de la pièce de Malherbe, examen auquel elle consacra trois mois (du 9 avril au 6 juillet i638), sans pourtant achever sa besogne ; car elle ne s'occupa point des vingt-quatre derniers vers (il y en a en tout 136). Une seule strophe (Quand un Roi fainéant) trouva grâce devant elle.

O Dieu , dont les bontés de nos larmes touchées

Ont aux vaines fureurs les armes arrachées,

Et rangé Tinsolcnce aux pieds de la raison ,

Puisqu'à rien d'imparfait ta louange n*aspire ,

Achève ton ouvrage au bien de cet empire, 5

Et nous rends Tembonpoint comme la guérison.

Nous sommes sous un roi si vaillant et si sage ,

3. L'insolence. L'édition de i63o et les éditions postérieures portent l'innocence , ce qui n'offre aucun sens , et est évidemment une ûiate d'impression. Nous avons suivi, avec Ménage et Saint-Marc, U le^oo que donnent les divers Recueils où la pièce avait paru antérieurement et un manuscrit dont nous parlons plus loin. Voyez p. 7s, note sur les V. 8o-8a.

Et qui si dignement a fait l'apprentissage

De toutes les vertus propres à commander,

Qu'il semble que cet heur nous impose silence, i o

Et qu'assurés par lui de toute violence ,

Nous n'avons plus sujet de te rien demander.

Certes quiconque a vu pleuvoir dessus nos têtes Les (îmestes éclats des plus grandes tempêtes Qu'excitèrent jamais deux contraires partis , i 5

Et n'en voit aujourd'hui nulle marque paroltre , En ce miracle seul il peut assez connoître Quelle force a la main qui nous a garantis.

Mais quoi? de quelque soin qu'incessamment il veille, Quelque gloire qu'il ait à nulle autre pareille, a »

Et quelque excès d'amour qu'il porte à notre bien; Gomme échapperons-nous en des nuits si profondes , Pftrmi tant de rochers que lui cachent les ondes , Si ton entendement ne gouverne le sien ?

Un malheur inconnu glisse parmi les hommes ,

Qui les rend ennemis du repos où nous sommes ;

La plupart de leurs vœux tendent au changement ;

Et comme s'ils vivoient des misères publiques ,

Pour les renouveler ils font tant de pratiques ,

Que qui n'a point de peur n'a point de jugement. 3 o

■' En ce fâcheux état ce qui nous réconforte , ; C'est que la boime cause est toujours la plus forte , Et qu'un bras si puissant t'ayant pour son appui. Quand la rébellion plus qu'une hydre féconde Auroit pour le combattre assemblé tout le monde , i :>

la. Vah. (F, L, O) : Nous n'ayons pas....

Tout le monde assemblé s'enfuiroit devant lui.

Conforme donc , Seigneur, ta grâce à nos pensées ,

Ote-nous ces objets qui des choses passées

Ramènent à nos yeux le triste souvenir;

Et comme sa valeur, maîtresse de Forage, 40

A nous donner la paix a montré son courage ,

Fais luire sa prudence à nous Tentretenir.

Il n'a point son espoir au nombre des armées.

Etant bien assuré que ces vaines fumées

N ajoutent que de Tombre à nos obscurités; 45

L'aide qu'il veut avoir, c'est que tu le conseilles;

Si tu le fais, Seigneur, il fera des merveilles.

Et vaincra nos souhaits par nos prospérités.

Les fuites des méchants, tant soient-elles secrètes.

Quand il les poursuivra n'auront point de cachettes ; 5 o

Aux lieux les plus profonds ils seront éclairés;

Il verra sans effet leur honte se produire ,

Et rendra les desseins qu'ils feront pour lui nuire

Aussitôt confondus conmie délibérés.

La rigueur de ses lois , après tant de licence , 5 5

Redonnera le cœur à la foible innocence ,

Que dedans la misère on faisoit en vieillir.

A ceux qui l'oppressoient , il ùtera l'audace;

Et sans distinction de richesse , ou de race ,

Tous de peur de la peine auront peur de faillir. 6»

f>o. C'est la traduction du vers :

Odcrunt peccare mali rormidine pœâie, qui est lui-même une imitation de ce vers d'Horace (Epist. I, xvi, 5a): Oderunt peccare boni viitutis amore.

La terreur de son nom rendra nos villes fortes,

On n'en gardera plus ni les murs ni les portes,

Les veilles cesseront au sommet de nos tours ;

Le fer mieux employé cultivera la terre ,

Et le peuple qui tremble aux frayeurs de la guerre , 6 5

Si ce n est pour danser, n aura plus de tambours.

Loin des mœurs de son siècle il bannira les vices ,

L^oisive nonchalance, et les molles délices ,

Qui nous a voient portés jusqu'aux derniers hasards;

Les vertus reviendront de palmes couronnées, 7 o

Et ses justes faveurs aux mérites données ,

Feront ressusciter Texcellence des arts.

La foi de ses aïeux , ton amour et ta crainte , Dont il porte dans Tâme une étemelle empreinte , DVctes de piété ne pourront lassouvir; Il étendra ta gloire autant que sa puissance; Et n'ayant rien si cher que ton obéissance , Où tu le fais régner il te fera servir.

Tu nous rendras alors nos douces destinées ;

Nous ne reverrons plus ces fâcheuses années 8 o

66. On trouve dans deux recueils (N et P] de 161 5 et i6ao, la variante norra (futur du verbe ouïr)^ qui me semble bien préférable, c Cette stance est fort belle, > dit Ménage, et il a raison. 0 M. de Racan, ajoute-t-il, y trouve pourtant à dire qu'on y parle de danser au son des tambours , dans un poëme adressé à Dieu : ce qui lui semble peu respectueux. Mais à cela on peut répondre qu'on dansoit devant le tabernacle, etc., etc. »

8o-8a. Un manuscrit de la Bibliothèque impériale [Suppl. fr.^ qo 297) contient de cette pièce une copie du temps qui nous donne ici les variantes suivantes :

Nous ne reverrons plus ces fôcbeuses années Qui d'une Ame de roche eussent tiré des pleurs. Toate félicité comblera nos fiunilles.

Qui pour les plus heureux n^ont produit que des pleurs. Toute sorte de biens comblera nos familles , La moisson de nos champs lassera les fauciUes, Et les fruits passeront la promesse des (leurs.

La fin de tant d ennuis dont nous fûmes la proie iS

Nous ravira les sens de merveille et de joie; Et d autant que le monde est ainsi composé Qu'une bonne fortune en craint une mauvaise, Ton pouvoir absolu , pour conserver notre aise , Conservera celui qui nous Faura causé. 90

Quand un roi fainéant , la vergogne des princes , Laissant à ses flatteurs le soin de ses provinces , Entre les voluptés indignement s'endort , Quoi que Ton dissimule, on n'en fait point d'estime; Et si la vérité se peut dire sans crime, 95

C'est avecque plaisir qu'on survit à sa mort.

Mais ce roi, des bons rois l'étemel exemplaire.

Qui de notre salut est l'ange tutélaire ,

L'infaillible refiige, et l'assuré secours ,

Son extrême douceur ayant dompté l'envie , 1 00

De quels jours assez longs peut-il borner sa vie ,

Que notre affection ne les juge trop courts?

Nous voyons les esprits nés à la tyrannie ,

Ennuyés de couver leur cruelle manie ,

Tourner tous leurs conseils à notre affliction ; i o 5

Et lisons clairement dedans leur conscience ,

Que s'ils tiennent la bride à leur impatience.

91-96. Cette strophe fait évidemment allusion à Henri III. io3. Vah. (N) : Noos voyons oet esprits....

Nous n*en sommes tenus qu*à sa protection.

Qa^il vive donc, Seigneur, et qu'il nous fasse vivre; Que de toutes ces peurs nos âmes il délivre; Et rendant Tunivers de son heur étonné , Ajoute chaque jour quelque nouvelle marque Au nom qu'il s'est acquis du plus rare monarque Que ta bonté propice ait jamais couronné.

Cependant son Dauphin d'une vitesse prompte x 1 5

Dm ans de sa jeunesse accomplira le compte;

Et suivant de l'honneur les aimables appas ,

De fiiits si renommés ourdira son histoire.

Que ceux qui dedans l'ombre éternellement noire

Ignorent le soleil , ne l'ignoreront pas. i a o

Par sa fatale main qui vengera nos pertes ,

L'Espagne pleurera ses provinces désertes ,

Ses ch&teaux abattus, et ses champs déconfits.

Et si de nos discords l'infâme vitupère

A pu la dérober aux victoires du père , i a 5

Nous la verrons captive aux triomphes du fils.

ia3. Vab. (¥f Lf O) : Et ses camps....

ia4* ^tiupère signifie à proprement parler c blâme, reproche,» et

le vers assez obscur de Malherbe veut dire : Si nos discordes dignes

de tant de blâme ont pu empêcher Henri IV de dompter l'Espagne .

ia6. Le manuscrit cité plus haut donne une demi^ strophe que

voici :

Il est temps, ô grand Dieu, que les fléaux de ton ire

Lui fassent confesstT qu'en vain elle désire

De voir le monde entier à son empire joint.

La paix en apparence a nos guerres bornées;

Mais puisque tous nos maux viennent de ces menées,

Nous pouvons nous aimer et ne la haïr point.

SUR l'attentat commis en la personne de henbi

LE GRAND, LE I g DE DÉCEMBRE l6o5.

ODB.

c Le lundi 19 décembre i6o5 , dit TEstoile , comme le Roi reYcnant de la chasse passoit à cheval sur le pont Neuf, environ les cinq heures du soir, se rencontra un fou qui, ayant an poignard nu sous son manteau , tâcha d*en offenser Sa Majesté; et Tayant saisi par le derrière de son manteau, que le Roi avoit agrafé, le secoua assez longtemps, jusques à ce que, chacun étant accouru au secours, étant pris et interrogé sur ce qu*il vouloit faire, dit qu'il voulait tuer le Roi, pour ce qu*il lui détenoit injustement son bien et la plupart de son royaume, et plusieurs autres folies; puis, en riant, dit que pour le moins il lui avoit fait belle peur. Ce fou s*appdoit Jacques des Isles, natif de Senlis, praticien et procureur audit lieu, et transporté dès longtemps de son esprit ; lequel , à cette occasion, selon la déposition des procureurs mêmes dudit Senlis, avoit été chassé de leur siège, et Ten avoient ôté comme fou et furieux. > Malgré une folie aussi bien constatée, les juges voulaient Tenvoyer au gibet ; a mais le Roi ne le voulut jamais permettre, disant qu'il en faisoit conscience. »

La pièce de Malherbe parut en 1607 dans le Parnasse des plus ejcellentj poètes de ce temps. Le P. Lelong en indique une édition in-8* que je n'ai pu rencontrer.

Que direz- vous , races futures , Si quelquefois un vrai discours Vous récite les aventures De nos abominables jours?

4. Quelques exemplaires de l'édition de i63o et l'édition de i63i

portent :

De nos misérables jours ,

vers trop court d'une syllabe.

Lirez-vous, sans rougir de honte, Que notre impiété surmonte Les faits les plus audacieux , Et les plus dignes du tonnerre , Qui firent jamais à la terre Sentir la colère des cieux?

O que nos fortunes prospères

Ont un change bien apparent !

O que du siècle de nos pères

Le nôtre s*est fait différent!

La France devait ces orages , i s

Pleine de mœurs et de courages

Qu'on ne pouvoit assez louer,

S'est faite aujourd'hui si tragique ,

Qu'elle produit ce que l'Afrique

Auroit vergogne d'avouer. a o

Quelles preuves incomparables

Peut donner un prince de soi ,

Que les rois les plus adorables

N'en quittent l'honneur à mon roi?

Quelle terre n'est parfumée \ 5

Des odeurs de sa renommée ?

Et qui peut nier qu'après Dieu ,

Sa gloire qui n'a point d'exemples.

N'ait mérité que dans nos temples

On lui donne le second lieu ? 3 o

Qui ne sait point qu'à sa vaillance

Il ne se peut rien ajouter?

Qu'on reçoit de sa bienveillance

Tout ce qu'on en doit souhaiter?

Et que si de cette couronne , 3 5

Que sa tige illustre lui donne ,

Les lois ne leussent revêtu ,

Nos peuples d'un juste suffrage

Ne pouvoient sans faire naufrage

Ne Toffrir point à sa vertu ? 40

Toutefois, ingrats que- nous sommes,

Barbares , et dénaturés ,

Plus qu'en ce climat où les hommes

Par les hommes sont dévorés,

Toujours nous assaillons sa tête 4 5

De quelque nouvelle tempête;

Et d'un courage forcené ,

Rejetant son obéissance ,

Lui défendons la jouissance

Du repos qu'il nous a donné. Su

La main de cet esprit farouche

Qui sorti des ombres d'enfer

D'un coup sanglant frappa sa bouche,

A peine avoit laissé le fer;

Et voici qu'un autre perfide , 5 5

Où la même audace réside ,

Comme si détruire l'État

Tenoit lieu de juste conquête ,

De pareilles armes s'apprête

35-4o. La même idée est exprimée dans ces Ters de Ronsard sur Charles IX :

Et quand il ne seroit héritier de TEmpire, Sur ses rares vertus on le devroit élire.

5i. Jean Chatel, qui, le 37 décemhre 15949 s^introduisit dans la chambre de Gahrielle d'Elstrées, où le Roi venait d'arriver, et le frappa d*un coup de couteau qui lui fendit la lèvre. Dès le surlendemain , l'assassin était tenaillé, écartelé et brûlé.

A faire un pareil attentat. 60

O soleil, 6 grand luminaire,

Si jadis Thorreur d'un festin

Fit que de ta route ordinaire

Tu reculas vers le matin ,

Et d'un émerveillable change 6 5

Te couchas aux riyes du Gange ,

D'où vient que ta sévérité,

Moindre qu'en la faute d'Atrée ,

Ne punit point cette contrée

D'une étemelle obscurité ? 70

Non , non , tu luis sur le coupable ,

Comme tu fais sur l'innocent;

Ta nature n'est point capable

Du trouble qu'une âme ressent.

Tu dois ta flamme à tout le monde ; 7 5

Et ton allure vagabonde.

Comme une servile action

Qui dépend d'une autre puissance,

N'ayant aucune connoissance ,

N'a point aussi d'affection. 8 o

Mais, ô planète belle et claire, Je ne parle pas sagement; Le juste excès de la colère

71, 73. « .... Patris vestri qui.... solem suum oriri facit super c bonos et malos, et pluit super justos et injustes, » dit Tévangile de saint Matthieu (chap. y, verset 45).

Sénèque, de son côté, a dit (je cite la traduction de Malherbe, Des Bienfaits f Mr. TV, chap. xxv) : a Les méchants voient le soleil comme les bons, et les mers ne font point meilleure mine à la barque d*un marchand qu*à la frégate d'un écumeur. »

M*a fait perdre le jugement;

Ce traître , quelque frénésie 8 5

Qui travaillât sa fantaisie,

Eut encore assez de raison ,

Pour ne vouloir rien entreprendre ,

Bel astre , qu'il n'eût vu descendre

Ta lumière sous Thorizon. 90

Au point qu'il écuma sa rage ,

Le dieu de Seine étoit dehors

A regarder croître l'ouvrage

Dont ce prince embellit ses bords;

Il se resserra tout à l'heure 9 5

Au plus bas lieu de sa demeure;

Et ses Nymphes dessous les eaux ,

Toutes sans voix et sans haleine ,

Pour se cacher furent en peine

De trouver assez de roseaux.

Revenez , belles fugitives ;

De quoi versez-vous tant de pleurs?

93, 94. lia grande galerie du Louvre.

La terreur des choses passées

A leurs yeux se ramentevant,

Faisoit prévoir à leurs pensées

Plus de malheurs qu'auparavant;

Et leur étoit si peu croyable i o 5

Qu'en cet accident effvoyable

Personne les pût secourir,

Que pour en être dégagées ,

Le ciel les auroit obligées

S'il leur eût permis de mourir.

8o POÉSIES, XIX.

Assurez vos Âmes craintives;

Remettez vos chapeaux de fleurs;

Le Roi vit , et ce misérable , 1 1 5

Ce monstre vraiment déplorable,

Qui nVvoit jamais éprouvé

Que peut un visage d'Alcide,

A commencé le pamcide,

Mais il ne Fa pas achevé.

la o

Pucelles , qu^on se réjouisse ;

Mettez-vous Tesprit en repos ;

Que cette peur s'évanouisse;

Vous la prenez mal à propos ;

Le Roi vit , et les destinées t a 5

Lui gardent un nombre d'années ,

Qui fera maudire le sort

A ceux dont Taveugle manie

Dresse des plans de tyrannie

Pour bâtir quand il sera mort. 1 3 o

O bienheureuse intelligence,

Puissance, quiconque tu sois,

Dont la fatale diligence

Préside à l'empire françois;

Toutes ces visibles merveilles, 1 3 5

De soins , de peines , et de veilles •

Qui jamais ne t'ont pu lasser,

N'ont-elles pas fait une histoire ,

Qu'en la plus ingrate mémoire

L'oubli ne sauroit effacer ? 140

Ces archers aux casaques peintes Ne peuvent pas n'être surpris , Ayant à combattre les feintes

POÉSIES, XIX. 8i I

De tant d'îolidèlea esprits;

Leur pi-ésence n'est qu'une porape ; m

Avecque peu d'art on les trompe; i

Mais de quelle dextérité J

Se peut déguiser une audace, t

Qu'eu l'âme aussitôt qu'en la face

Tu n'en lises la vérité? i So

Grand démon d'éternelle marque.

Fais qu'il te souvienne toujoun

Que tous nos maux en ce monarque

Ont leur refuge et leur secours;

Et qu'arrivant l'heure prescrite, 1 55

Que le trépas , qui tout limite ,

Nous privera de sa valeur,

Nous n'avons jamais eu d'alarmes

Où nous ayons versé des larmes

Pour une semblable douleur. i fio

Je sais bieti que par la justice,

Dont la paix accratt le pouvoir,

Il fait demeurer la malice

Aux bornes de quelque devoir,

El que son invincible épée ifiî

Sous telle influence est trempée,

Qu'elle met la frayeur partout,

Aussitôt qu'on la voit reluire;

Mais quand le malheur nous vent nuire.

De quoi ne vient-il point à bout? 170

Soit que l'ardeur de la prière Le tienne devant un autel , Soit que r donneur à la barrière L'appelle à débattre un cartel ,

8!i POÉSIES, XIX.

Soit que dans la chambre il médite , 175

Soit qu'aux bois la chasse Tinvite ,

Jamais ne t'écarte si loin ,

Qu'aux embûches qu'on lui peut tendre

Tu ne sois prêt à le défendre ,

Sitôt qu'il en aura besoin. 1 8 o

Garde sa compagne fidèle ,

Cette reine dont les bontés

De notre foiblesse mortelle

Tous les défauts ont surmontés.

Fais que jamais rien ne l'ennuie ; 1 8 s

Que toute infortune la fuie;

Et qu'aux roses de sa beauté ,

L'âge, par qui tout se consume ,

Redonne, contre sa coutume,

La grâce de la nouveauté. 1 9 <•

Serre d'une étreinte si ferme

Le nœud de leurs chastes amours,

Que la seule mort soit le terme

Qui puisse en arrêter le cours.

Bénis les plaisirs de leur couche, 1 \i *>

Et fais renaître de leur souche

Des scions si beaux et si verts ,

Que de lem* feuillage sans nombre

A jamais ils puissent faire ombre

Aux peuples de tout l'univers. 3 <> o

187. L*éditioii de ifi3o porte par erreur bonté, J*ai adopté le texte des Recueils.

193. Dans les éditions de ifiSo et de in3i, on lit : Que sa seule mort y ce qui est évidemment une faute d^impression ; aussi j*ai cru devoir suivre la feçon que donnent les Recueils.

Surtout pour leur commune joie

Dévide aux ans de leur Dauphin ,

A longs filets d'or et de soie ,

Un bonheur qui n'ait point de fin ;

Quelques vœux que fasse Tenvie , a o 5

Conserve-leur sa chère vie ;

Et tiens par elle ensevelis

D'une bonace continue

Les aquilons , dont sa venue

A garanti les fleurs de lis. a i o

Conduis-le sous leur assurance Promptement jusques au sommet De l'inévitable espérance Que son enfance leur promet ; Et pour achever leurs journées, Que les oracles ont bornées Dedans le trône impérial , Avant que le ciel les appelle, Fais-leur ouïr cette nouvelle Qu'il a rasé l'Escurial.

Q i3. Texl*' de» Recueils :

De rindubitable espérance.

aao

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