Diperti, détourné
Soit que près de Seine et de Loire
Il pavât les plaines de morts ,
Soit que le Rhône outre ses bords
Lui vît faire éclater sa gloire ,
Ne Tas-tu pas toujours suivi ?
Ne Tas- tu pas toujours servi?
Et toujours par dignes ouvrages
Témoigné le mépris du sort
Que sait imprimer aux courages
Le soin de vivre après la mort? a 1 o
if« POÉSIES, XXVII.
Mais quoi ? ma barque vagabonde
Est dans les Syrtes bien avant ;
Et le plaisir la décevant
Toujours l'emporte au gré de Tonde.
Bellegarde , les matelots u a 5
Jamais ne méprisent les flots ,
Quelque phare qui leur éclaire ;
Je ferai mieux de relâcher,
Et borner le soin de te plaire ,
Par la crainte de te fâcher. a 3o
L'unique but où mon attente
Croit avoir raison d'aspirer,
(^est que tu veuilles m'assurer
Que mon oflFrande te contente;
Donne-m'en d'un clin de tes yeux q 3 "»
Un témoignage gracieux ;
Et si tu la trouves petite.
Ressouviens-toi qu'une action
Ne peut avoir peu de mérite,
Ayant beaucoup d'aflFection . -m^u
Ainsi de tant d'or et de soie
Ton âge dévide son cours ,
Que tu reçoives tous les jours
Nouvelles matières de joie ;
Ainsi tes honneurs florissants, 9 ;5
De jour en jour aillent croissants ,
Malgré la fortune contraire ;
Et ce qui les fait trébucher ,
De toi ni de Termes ton frère'
a49. César- Auguste de Saint-Iiiiri , baron de Termes, tué an siège de Clérac le aa juillet i(>ui.
Ne puisse jamais approcher.
Quand la faveur à pleines voiles ,
Toujours compagne de vos pas ,
Vous feroit devant le trépas
Avoir le front dans les étoiles ,
Et remplir de votre grandeur ?. 5 î
Ce que la terre a de rondeur ,
Sans être menteur , je puis dire
Que jamais vos prospérités
N'iront jusques où je désire ,
Ni jusques où vous méritez. 260
A la iin c*est trop de silence
En si beau sujet de parler;
I^ mérite qu*on veut celer
Souffre une injuste violence.
Bellegarde, unique support 5
Où mes vœux ont trouvé leur port,
Que tarde ma paresse ingrate,
Que déjà ton bruit non pareil
Au bord du Tage et de TEupbnite
N'a vu Tun et Tautre soleil? i c*
Les Muses hautaines et braves
Tiennent le flatter odieux;
Et comme parentes des Dieux
Ne parlent jamais en esclaves :
Mais aussi ne sont-elles pas i 5
De ces beautés dont les appas
Ne sont que rigueur et que glace.
Et de qui le cerveau léger.
Quelque service qu'on leur fasse ,
Ne se peut jamais obliger. a o
ii8 POÉSIES, XXVII.
IjH vertu, qui de leur étude
Est le fruit le plus précieux,
Sur tous les actes vicieux
Leur fait haïr Tingratitude ;
Et les agréables chansons a s
Par qui leurs doctes nourrissons
Savent charmer les destinées.
Récompensent un bon accueil
De louanges que les années
Ne mettent point dans le cercueil. 3o
Les tiennes vivront, je le jure
Touchant de la main à Tautel,
Sans que jamais rien de mortel
Ait pouvoir de leur faire injure;
Et Téternité que promet 3 S
La montagne au double sommet
NVst que mensonge et que fumée,
Ou je rendrai cet univers
Amoureux de ta renommée
Autant que tu Tes de mes vers. 4 o
Comme en cueillant une guirlande
On est d'autant plus travaillé
Que le parterre est émaillc
D'une diversité plus grande,
Tant de fleurs de tant de côtés 4 ^
Faisant paroitre en leurs beautés
L'artiiice de la natui*e.
Que les yeux troublés de plaisir
Ne savent en cette peinture
Ni que laisser ni que choisir : 5 o
Ainsi quand pressé de la honte
Dont me fait rougir mon devoir,
Je veux une œuvre concevoir
Qui pour toi les âges surmonte.
Tu me tiens les sens enchantés .5 )
De tant de rares qualités
Où brille un excès de lumière.
Que plus je m'arrête à penser
Laquelle sera la première.
Moins je sais par où commencer. 6 o
Par combien de semblables marques
Dont on ne peut me démentir,
Ai-je de quoi te garantir
Contre les outrages des Parques?
Mais des sujets beaucoup meilleurs 6 S
Me font tourner ma route ailleurs.
Et la bienséance des choses
M'avertit qu'il faut qu'un guerrier
En sa couronne ait peu de roses
Avecque beaucoup de laurier. 7 o
AchiUe étoit haut de corsage,
L'or éclatoit en ses cheyeux,
Et les femmes avec des vœux
Soupiroient après son visage ;
Sa gloire à danser et chanter, 7 S
Tirer de l'arc, sauter, lutter,
A nulle autre n'étoit seconde ;
Mais s'il n'eût rien eu de plus beau.
Son nom qui vole par le monde
Fût-il pas clos dans le tombeau? 8 o
C'est aux magnanimes exemples
Qui dessus la scène de Mars
Sont faits au milieu des hasards,
Qu'il appartient d'avoir des temples;
Et c'est là que je veux trouver 8 5
De quoi si dignement graver
Les monuments de ta mémoire.
Que tous les siècles à venir
N'auront point de nuit assez noire
Pour en cacher le souvenir. 9 o
En ce long ternp^ où les manies
D'un nombre infini de mutins
Poussés de nos mauvais destins
Ont assouvi leurs tyrannies ,
Qui se peut vanter comme toi 9 5
D'avoir toujours gardé sa foi
Hors de soupçon comme de crime?
Et d'une forte passion
Haï l'espoir illégitime
De la rebelle ambition ? 100
lao POÉSIES, XXVII.
Tel qae d*iiii effort difficile
Uo fleuve par-dessous la mer,
Sans que son flot devienne amer,
Passe de Grèce en la Sicile;
Il ne sait lui-même comment
Il peut couler si nettement ,
Et sa fugitive Aréthuse,
(>>utumière à le mépriser,
De ce miracle est si confuse
Qu'elle s*accorde à le baiser : i i o
Tel entre ces esprits tragiques,
Ou plutôt démons insensés ,
Qui de nos dommages passés
Tramoient les funestes pratiques ,
Tu ne t*es jamais diverti i i 5
De suivre le juste parti,
Mais blâmant Timpure licence
De nos déloyales humeurs,
As toujours aimé Tinnocence
Et pris plaisir aux bonnes mœurs. i a o
Si nommer en son parentage
Une longue suite d*aleux
Que la gloire a mis dans les cieux,
Est réputé grand avantage ,
A qui peut-il être inconnu 1 1 5
Que toujours les tiens ont tenu
Les charges les plus honorables
Qu'espèrent avecque raison
Sous des monarques favorables
Ceux qui sont d'illustre maison ? i 3 o
Qui ne sait de quelles tempêtes
Leur fatale main autrefois,
Portant la foudre de nos rois,
Des Alpes a battu les têtes?
Qui n'a vu dessous les combats i 3 S
Le Pô mettre ses cornes bas?
Et les peuples de ses deux rives
Dans la frayeur ensevelis,
Laisser leurs dépouilles captives
A la merci des fleurs de lis? x 4 o
POÉSIES, XXVIL lai
Mais de chercher aux sépultures
Des témoignages de valeur.
C'est à ceux qui n*oDt rien du leur
Estimable aux races futures ,
Non pas à toi qui revêtu i 4 5
De tous les dons que la vertu
Peut recevoir de la Fortune,
C^onnois ce qui vraiment est bien.
Et ne veux pas, comme la lune,
Luire d'autre feu que du tien. i 5 o
Quand le monstre infâme d*envie,
A qui rien de Tautrui ne plaît.
Tout lâche et perfide qu'il est,
Jette les yeux dessus ta vie.
Et voit qu'on te donne le prix c 5 5
Des beaux coeurs et des beaux esprits
Dont aujourd'hui la France est pleine,
N'est-il pas contraint d'avouer
Qu'il a lui-même de la peine
A s'empêcher de te louer? i 60
De quelle adresse incomparable
Ce que tu fais n'est-il réglé?
Qui ne voit s'il n'est aveuglé
Que ton discours est admirable?
Et les charmes de tes bontés i 6 5
N'ont-ils pas sur les volontés
Une si parfaite puissance.
Qu'une âme ne peut éviter
D'être sous ton obéissance,
Quand tu l'en veux solliciter ? 170
Soit que l'hoimeur de la carrière
T'appelle à monter i cheval ,
Soit qu'il se présente un rival
Pour la lice ou pour la barrière.
Soit que tu donnes ton loisir 175
A faire en quelque autre plaisir
Luire tes grâces nonpareilles ,
Voit-on pas que toute la cour
Aux spectacles de tes merveilles
Comme â des théâtres accourt? x 80
laa POÉSIES, XXVII.
Quand il a fallu par les armes
Venir k l'euai glorieax
De réduire ces furieux
ÀTeuglés d*appas et de charmes.
Qui plus heureusement a mis i 8 5
La honte au front des ennemis?
Et par de plus dignes ourrages
Témoigné le mépris du sort ,
Dont sollicite les courages
Le soin de viTre après la mort? 1 90
Dreux sait bien aTco quelle audace
Il Tit au haut de ses remparts
Ton glaire craint de toutes parts
Se faire abandonner la place ,
Et sait bien que les assiégés 1 9 5
En péril extrême rangés
Tenoient déjà leur perte sûre.
Quand demi-mort, par le défaut
Du sang versé d'une blessure,
Tu fus remporté de Tassant. a o o
La défense victorieuse
D*un petit nombre de maisons,
Qu*à peine avoit clos de gazons
Une hâte peu curieuse ;
Un camp venant pour te forcer, 9 o 5
Abattu sans se redresser.
Et le repos d'une province
Par un même effet rétabli,
Au gré des sujets et du Prince,
Sont-ce choses dignes d'oubli ? ^ i o
Sous la canicule enflammée
Les blés ne sont point aux sillons
Si nombreux que les bataillons
Qui fourmilloient en cette armt>e ,
Et si la fureur des Titans a i S
Par de semblables combattants
Eût présenté son escalade,
Le ciel avoit de quoi douter
Qu'il n'eût vu régner Encelade
En la place de Jupiter. a a o
POÉSIES, XXVII. ia3
Qui vers répaisseur d*iin bocage
A vu se retirer des loups
Qu^un berger de cris et de coups
A repoussés de son berbage,
n a vu ces désespérés a a 5
Par ta gloire déshonorés
S*en revenir en leur tranchée,
Et ne rester de leurs efforts
Que toute la terre jonchée
De leurs blessés et de leurs morts. a 3 o
La paix qui neuf ans retirée,
Faisoit la sourde à nous ouïr,
A la fin nous laissa jouir
De sa présence désirée.
Au lieu du soin et des ennuis a 3 5
Par qui nos jours sembloient des nuits,
L'âge d'or revint sur la terre.
Les délices eurent leur tour,
Et mon roi lassé de la guerre
Mit son temps à faire l'amour. 340
Le nom de sa chaste Marie
Le travailloit d'une langueur
Qu'il pensoit que pour sa longueur
Jamais il ne verroit guérie.
Et bien que des succès heureux a 4 5
De ses combats aventureux
Toute l'Europe sût l'histoire,
U croyoit en sa royauté
N'avoir rien, s'il n'avoit la gloire
De posséder cette beauté. a 5 o
Elle auparavant invincible
Et plus dure qu'un diamant,
S'apercevoit que cet amant
La faisoit devenir sensible.
Les doutes que les femmes font a 5 5
Et la conduite qu'elles ont
Plus discrète et plus retenue,
Contre sa flamme combattant,
Faisoit qu'elle étoit moins connue.
Mais elle étoit grande pourtant. a 6 o
ia4 POÉSIES, XXVII.
ËD rheureux lein de la Toscane,
Diane aux ombret de aes boit
La nourristoit dessous ses lois,
Qui n'enseignent rien de profane.
Tandis le temps faisoit mûrir a 6 5
Le dessein de Taller qaerir,
Et ne restoit plus que d'élire
Celui qui seroit le Jason
Digne de faire à cet empirer
Voir une si belle toison. 370
Tu vainquis en cette dispute ,
Aussi plein d'aise dans le cœur
Qu'à Pise jadis un vainqueur
Ou de la course ou de la lutte ;
Et parus sur les poursuivants a 7 .S
Dont les vœux trop haut s'élevants
Te donnoient de la jalousie,
Ck>mme dessus des arbrisseaux
Un de ces pins de Silésie
Qui font les mâts de nos vaisseaux. a 8 o
Quelle prudence inestimable
Ne fis-tu remarquer alors?
Quels ornements d'âme et de corps
Ne te firent trouver aimable ?
Téthys, que ta grâce ravit, 1 8 .'>
Pleine de flamme te suivit
Autant que dura ton passage ,
Et l'Amo cessa de couler,
Plein de honte qu'en son rivage
Il n'avoit de quoi t'égaler. 290
Tu menois le blond Hy menée,
Qui devoit solennellement
De ce fatal accouplement
Célébrer l'heureuse journée.
Jamais il ne fut si paré, 795
Jamais en son habit doré
Tant de richesses n'éclatèrent ;
Toutefois les Nymphes du lieu
Non sans apparence doutèrent
Qui de vous deux étoit le Dieu. 3oo
POÉSIES, XXVII. iî5
Mais quoi? ma barque vagabonde
Est dans les S^Ttes bien avant ;
Et le plaisir la décevant
Toujours la pousse au gré de l'onde.
Bellegarde^ les matelots 3 o 5
Jamais ne méprisent les flots,
Quelque phare qui leur éclaire ;
Je ferai mieux de relâcher,
Et borner le soin de te plaire
Par la crainte de te fâcher. 3 j ©
Toute la gloire où mon attente
Croit avoir raison d*aspirer,
C'est qu'il te plaise m'assurer
Que mon offrande te contente.
Donne-mVn d'un clin de tes yeux 3 [ 5
Un témoignage gracieux,
Et si tu la trouves petite,
Considère qu'une action
Ne peut avoir peu de mérite
Ayant beaucoup d'affection. 3 a o
Ainsi toujours d'or et de soie
Ton âge dévide son cours ;
Ainsi te naissent tous les jours
Nouvelles matières de joie,
Et les foudres accoutumés 3^5
De tous les traits envenimés
Que par la fortune contraire
L'ire du ciel fait décocher,
De toi, ni de Termes ton frère.
Ne puissent jamais approcher. 3 3 o
Quand la faveur à pleines voiles.
Toujours compagne de vos pas.
Vous feroit devant le trépas
Avoir le front dans les étoiles.
Et remplir de votre grandeur 3 3 5
Ce que la terre a de rondeur.
Sans étn? menteur je puis dire
Que jamais vos prospérités
N'iront jusques où je désire.
Ni jusques où vous méritez. 340
ïa6 POÉSIES, XXVIII.
a monsieur de fleurawce, sur son art
d'embellir.
sovuet.
Cette pièce se trouve en tête du livre intitulé : VArt d'embellir^ tiré du sens de ce sacré Paradoxe : La sagesse de la personne embellit sa face , étendu en toute sorte de Beauté et es moyens d* faire que le corps retire en effet son embellissement des belles qualités de l'j4me. Par le sieur de Flurance Rivault. A Paris, chez Julien Bertaut, 1608. — David de Rivault, sieur de Flurance, né à Laval ou dans les environs, vers 1571, mort à Tours au mois de janvier 16 16, fut successivement sous-précepteur, lecteur aux mathématiques, puis précepteur de Louis Xili, et conseiller d*État. Le plus connu de ses (Aivrages a pour titre : les Élémens d'artillerie, 3* édition, 1608, in-8.
Caliste est la vicomtesse d*Auchy, dont nous allons parler à la page 138.
Le sonnet est irrégulier (voyez la notice de la pièce xxv).
Voyant ma Caliste si belle , Que Ton n'y peut rien désirer , Je ne me pouvois figurer Que ce Ait chose naturelle.
J'ignorois que ce pouvoit être 'i
Qui lui coloroit ce beau teint , Où TAurore même n'atteint Quand elle commence de naître.
a. Var. {Art d'embellir):
Que rien ne s'y peut désirer.
5, 6. Voyez la notice de la pièce xxix.
POÉSIES, XXVIII. ia7
Mais , Fleurance , ton docte écrit
M'ayant fait voir qu'un bel esprit i o
Est la cause d'un beau visage ;
Ce ne m'est plus de nouveauté , Puisqu'elle est parfaitement sage , Qu'elle soit pariaite en beauté.
lo. Vah. (j4rt d'embellir) :
M'ayant fait voir qu'un sage esprit.
ii8 POÉSIES, XXIX.
ftORlIKT.
La belle dont Malherbe d^lore le départ est Charlotte Jouvenel det Ursins, mariée à Eustache de Conflans, vicomte d*Auchy (ou Oohy), cheralier des ordres du Roi. Les généalogistes le font mourir en juin 1638. Si cette date est exacte, elle réfute complètement le récit de Tallemant {Historiette de la vicomtesse d'Auchjf)^ suivant lequel le vicomte, tant qu^il vécut, tint prudemment sa femme k la campagne. Quoi qu^il en soit, une fois arrivée à Paris (elle y était avant 1609], elle se forma une petite cour de poètes et de savants, et se rendit ridicule par ses prétentions littéraires et ménie théologiques, car, en i63i, elle fit paraître sous son nom des Homélies sur VEpitre de saint Paul aux Hébreux, Malherbe, Lingendes, Malleville ont k Tenvi célébré ses attraits , mais il ne semble pas qu'elle en ait été plus séduisante, t Elle n*avoit rien de beau, dit Tallemant, que la gorge et le tour du visage. Elle avoit un teint de malade, et tes yeux furent toujours les moins brillants et les moins clairvoyants du monde. » Elle mourut le 3 janvier 1646, assez âgée, on peut le croire, sans avoir besoin de s'en rapporter à Berthelot, qui écrivait d'elle :
Ses enfants pleins de vir,
Devant Pavie, N'étoient déjà plus mineurs.
Outre les vers que Malherbe a composés en son honneur, il lui a adressé un certain nombre de lettres publiées pour la première fois dans rédition de if)3o.
Le sonnet ci-dessous a été, ainsi que les huit pièces suivantes, inséré dans le Nouveau Recueil des plus beaux vers de ce temps^ qui est précisément dédié « à très- illustre et vorturus<* dnme Charlotte des Ursius, vicomtesse d'Ochi. « Ce volume, publié à Paris en i<)oy, a été réimprimé sous le même titre, à Lyon , par Barthélémy Ancelin, i6i5, in-ii.
POÉSIES, XXIX. i!i9
Quel astre malheureux ma fortune a bâtie ? A (juelles dures lois m'a le ciel attaché , Que l'extrême regret ne m'ait point empêché De me laisser résoudre à cette départie ?
Quelle sorte d'ennuis fut jamais ressentie 5
Egale au déplaisir dont j'ai l'esprit touché ? Qui jamais vit coupable expier son péché D'une douleur si forte, et si peu divertie?
On doute en quelle part est le funeste lieu
Que réserve aux damnés la justice de Dieu , i o
Et de beaucoup d'avis la dispute en est pleine;
Mais sans être savant, et sans philosopher, Amour en soit loué , je n'en suis point en peine : Où Caliste n'est point, c'est là qu'est mon enfer.