Départie y départ
5-8. Les vers de ce quatrain sont ainsi rangés dans l'édition de if)3o :
Quelle sorte d*ennui8 fut jamais ressentie Égale au déplaisir dont j*ai Tesprit touché? D'une douleur si forte, et si peu divertie, Qui jamais vit coupable expier son péché ?
Nous avons suivi la disposition des Recueils, et séparé la seconde rime masculine du quatrain de celle qui termine le premier vers du tercet.
Malherbe, i 9
i3o POÉSIES, XXX.
IITÀKGKS.
Imprimées en 1609 ayec le titre de chanson dans le Noupeau Parnasse et dans le Nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps, c M. de Racan, dit Ménage, croit que AKalherbe fit ces stances ]K)ur lai-méme. » Elles sont adressées à la Ticomtesse d*Auchy.
Laisse-moi, raison importune ,
Cesse d*affliger mon repos ,
En me faisant mal à propos
Désespérer de ma fortune ;
Tu perds temps de me secourir, 5
Puisque je ne veux point guérir.
Si l^Amour en tout son empire ,
Au jugement des beaux esprits ,
N'a rien qui ne quitte le prix
A celle pour qui je soupire , i o
D'où vient que tu me veux ravir
L'aise que j'ai de la servir?
A quelles roses ne fait honte
De son teint la vive fraîcheur ?
Quelle neige a tant de blancheur 1 5
Que sa gorge ne la surmonte ?
Et quelle flamme luit aux deux
Claire et nette comme ses yeux ?
i3-i8. Voyez plus haut la notice de la pièce xxix.
POÉSIES, XXX. i3i
Soil que de ses douces merveilles
Sa parole enchante les sens , a o
Soil que sa voix de ses accents
Frappe les cœurs par les oreilles ,
A qui ne fait-elle avouer
Qu'on ne la peut assez louer?
Tout ce que d'elle on me peut dire , a 5
C'est que son trop chaste penser,
Ingrat à me récompenser ,
Se moquera de mon martyre :
Supplice qui jamais ne faut
Aux désirs qui volent trop haut. 3o
Je l'accorde , il est véritable :
Je devois bien moins désirer ;
Mais mon humeur est d'aspirer
Où la gloire est indubitable.
Les dangers me sont des appas ; 3
Un bien sans mal ne me plaît pas.
Je me rends donc sans résistance
A la merci d'elle et du sort ;
Aussi bien par la seule mort
Se doit faire la pénitence 4 •»
D'avoir osé délibérer
Si je la devois adorer.
3o. Va H. (K) : A celui qui vole trop haut
i3a POÉSIES. XXXI.
^ tOWWKT,
Imprimé en 1609 dans le Nouveau recueil des plut beaux vers de ce temps,
Beitheloty qui détetuit Malherbe et la vicomtesse d*Aachy, a fait de oe sonnet une parodie, dont Toici quelques vers :
De toutes les laideurs Francine est la plus laide....
La cire de ses yeux éblouit les regards ;
Ainsi que dans le miel Amour y tient ses dards,
Dont il la perce à jour comme l*on fait un cnble.
Mes yeux en la voyant font un mauvais repas : Qu*en dis-tu , ma raison? crois-tu qu*il soit possible D*avoir du jugement et ne Tabborrer pas?
n n'est rien de si beau comme Caliste est belle , C'est une œuvre où nature a fait tous ses efforts ; Et notre ôge est ingrat qui voit tant de trésors, S'il n'élève à sa gloire une marque étemelle.
La clarté de son teint n'est pas chose mortelle ; 5
Le baume est dans sa bouche, et les roses dehoi*s; Sa parole et sa voix ressuscitent les morts , Et l'art n'égale point sa douceur naturelle.
La blancheur de sa gorge éblouit les regards ;
Amour est en ses yeux , il y trempe ses dards , i o
10. A propos de ce vers, Mme de Rambouillet disait, suivant Tallemant (Historiette de la vicomtesse d'jéuchr) , que Malherbe avait
POÉSIES, XXXI. i33
Et la fait reconnoitre un miracle visible.
En ce nombre infini de grâces et d^appas ,
Qu'en dis- tu, ma raison? crois-tu qu'il soit possible
D'avoir du jugement , et ne l'adorer pas ?
raison , car les yeux de la vicomtesse pleuraient presque toujoui*s et c FAmour pouvoit trouver de quoi tremper ses dards tout à son aise, f
i3/i POÉSIES, XXXII.
•TAirCKS.
Publiées en 1609 arec le titre de chanson dans le Nouveau recueil des plus beaux vers de ce temps.
c M. de Racan, dit Ménage, croit que ces stances ont été faites par Bfalherbe pour la vicomtesse d'Auchi..». Mais Mme la marquise de Rambouillet m*a assuré qu'il les avoit faites pour une certaine Mme la comtesse de la Rocbe, au nom de laquelle il avoit visé en cet endroit de ces mêmes stances :
Avec quelle raison me puis-je figurer
Que cette âme de rocbe une grâce m*octroie ?
Parmi les lettres de Théophile il y en a une à cette Mme la comtesse de la Roche, v C*est probablement la même dont Malherbe parle dans une lettre à Peiresc du 5 avril 161 1, et qui à cette date était depuis trois jours à Tagonie.
Le dernier de mes jours est dessus Thorizon ;
Celle dont mes ennuis avoient leur guérison
S'en va porter ailleurs ses appas et ses charmes ;
Je fais ce que je puis , l'en pensant divertir ;
Mais tout m'est inutile , et semble que mes larmes >
Excitent sa rigueur à la faire partir.
Beaux yeux , à qui le ciel , et mon consentement ,
Pour me combler de gloire, ont donne justement
Dessus mes volontés un empire suprême ,
Que ce coup m'est sensible ; et que tout à loisir i o
Je vais bien éprouver qu'un déplaisir extrême
Est toujours à la fin d'un extrême plaisir.
Quel tragique succès ne dois-je redouter
POÉSIES, XXXII. i35
Du fuuestc voyage où vous m 'allez ôler
Pour un terme si long tant d'aimables délices , 1 5
Puisque votre présence étant mon élément,
Je pense être aux enfers , et souffrir leurs supplices ,
Lorsque je m'en sépare une heure seulement!
Au moins si je voyois cette fière beauté
Préparant son départ cacher sa cruauté « »
Dessous quelque tristesse , ou feinte , ou véritable ;
L'espoir, qui volontiers accompagne l'amom^
Soulageant ma langueur, la rendroit supportable,
Et me consoleroit jusques à son retour.
Mais quel aveuglement me le fait désirer ? u s
Avec quelle raison me puis-je figurer
Que cette ame de roche une grâce m'octroie?
Et qu'ayant fait dessein de miner ma foi.
Son humeur se dispose à vouloir que je croie
Qu'elle a compassion de s'éloigner de moi ? 3 <>
Puis étant son mérite infini comme il est ,
Dois^je pas me résoudre à tout ce qui lui plaît ,
Quelques lois qu'elle fasse , et quoi qu'il m'en advienne ,
Sans faire cette injure à mon affection
D'appeler sa douleur au secours de la mienne , 3 >
Et chercher mon repos en son affliction ?
Non, non, qu'elle s'en aille à sou contentement.
Ou dure ou pitoyable, il n'importe comment;
Je n'ai point d'autre vœu que ce qu'elle souhaite;
Et quand de mes souhaits je n'aurois jamais rien , . 4 ••
Le sort en est jeté, l'entreprise en est faite,