‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 122 sur 268 · Vah. (K) : Tout le monde fait cas · texte numérisé non relu

Vah. (K) : Tout le monde fait cas

i4o POÉSIES, XXXVI.

MMijnrr.

Imprimé dans le recueil de 1609.

G^est fait, belle Caliste, il n'y faut plus penser; D se faut affranchir des lois de votre empire; Leur rigueur me dégoûte, et fait que je soupire Que ce qui s'est passé n'est à reconunencer.

Plus en vous adorant je me pense avancer, Plus votre cruauté , qui toujours devient pire , Me défend d'arriver au bonheur où j'aspire, Gomme si vous servir étoit vous offenser.

Adieu donc, ô beauté, des beautés la merveille; D faut qu'à l'avenir ma raison me conseille , Et dispose mon âme à se laisser guérir.

Vous m'étiez un trésor aussi cher que la vie ; Mais puisque votre amour ne se peut acquérir, Gonune j'en perds l'espoir, j'en veux perdre l'envie.

a, 3. Vah. (K) :

La filcheuse rigueur des ioU de Totre empire Étonne mon courage et fait que je soupire.

Dans N et P ce dernier Ters commence ainsi :

M*étonne le courage. ... •

STANCES

« Pai appris de M. de Racan, dit Ménage, que Malherbe fit ces tances pour la yicomtesse d*Auchi, mais qu'elles servirent à M. de lellegarde pour la princesse de Conti. t Elles furent imprimées dans M deux recueils H et K , de 1609, avec le titre de chanson.

Dure contrainte de partir,

A quoi je ne puis consentir,

Et dont je ne m'ose défendre ,

Que ta rigueur a de pouvoir !

Et que lu me fais bien apprendre 5

Quel tyran c'est que le devoir !

J'aurai donc nommé ces beaux yeux

Tant de fois mes rois et mes dieux ,

Pour aujourd'hui n'en tenir compte?

Et permettre qu'à l'avenir i o

On leur impute cette honte

De ne m'avoir su retenir ?

Ils auront donc ce déplaisir,

Que je meure après un désir.

Où la vanité me convie? 1 5

Et qu'ayant juré si souvent

D'être auprès d'eux toute ma vie ,

Mes serments s'en aillent au vent?

la. Var. (N) : De n'avoir su me retenir.

i4a POÉSIES, XXXVII.

Vraiment je puis bien avouer

Que j'avois tort de me louer a o

Par-dessus le reste des hommes ;

Je n'ai point d'autre qualité

Que celle du siècle où nous sommes ,

La fraude , et Tinfidélité.

Mais à quoi tendent ces discours,

O beauté qui de mes amours

Êtes le port et le naufrage?

Ce que je dis contre ma foi,

N'est-ce pas un vrai témoignage

Que je suis déjà hors de moi ? 3 o

Votre esprit, de qui la beauté

Dans la plus sombre obscurité

Se fait une insensible voie ,

Ne vous laisse pas ignorer

Que c'est le comble de ma joie 3 5

Que l'honneur de vous adorer.

Mais pourrois-je n'obéir pas

Au Destin , de qui le compas

Marque à chacun son aventure ,

Puisqu'en leur propre adversité 4 ••

Les Dieux tout-puissants de nature

Cèdent à la nécessité ?

Pour le moins j'ai ce réconfort ,

Que les derniers traits de la mort

Sont peints en mon visage blême , 4 >

Et font voir assez clair à tous ,

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