BA.LLET DE LA REINE
SuiTant BaMompierre, le ballet de la Reine se dansa le premier dimanche de carême 1609, c et fîit le plus beau et le dernier aossi de tous ceux qu'elle a dansés. > Il est possible que le ballet ait été exécuté k la date que donne Bassompierre , dont les souvenirs d'ailleurs ont bien pu le tromper ; mais il est certain que ce ne fat pas pour la première fois; car voici ce qu'on lit dans le Journal Je t'EitoiU, k la date du 3i janvier de la même année : « Le samedi 3i et dernier de ce mois, la Reine fit à Paris son ballet magnifique, dès longtemps pourpensé par elle , mais différé jusques à ce jour, et ne fut qu'en deux lieux, à l'Arsenal et chez la reine Marguerite. > Les vert de Malherbe ont paru d'abord , et sans nom d'auteur, non pas en i6ao, comme le dit Saint- Marc, mais en 1609, dans un petit volume resté inconnu jusqu'ici et intitulé : Recueil des vers du ùalet de la Rejrney Paris, in-is, p. 8.
La Renommée au Roi,
Pleine de langues et de voix ,
O Roi le miracle des rois ,
Je viens de voir toute la terre ,
Et publier en ses deux bouts
Que pour la paix ni pour la guerre 5
Il n'est rien de pareil à vous.
Par ce bruit je vous ai donné
Un renom qui n'est terminé
Ni de fleuve , ni de montagne ;
Et par lui j'ai fait désirer i o
A la troupe que j'accompagne
De vous voir, et vous adorer.
Ce sont douze rares beautés ,
Qui de si dignes qualités
Tirent un cœur à leur service , 1 5
Que leur souhaiter plus d'appas,
C'est vouloir avec injustice
Ce que les cieux ne peuvent pas.
L'Orient qui de leurs aïeux
Sait les titres ambitieux , a o
Donne à leur sang un avantage ,
Qu'on ne leur peut faire quitter,
Sans être issu du parentage ,
Ou de vous, ou de Jupiter.
Tout ce qu'à façonner un corps a 5
Nature assemble de trésors.
Est en elles sans artifice ;
Et la force de leurs esprits ,
D'où jamais n'approche le vice.
Fait encore accroître leur prix. 3o
Elles souffrent bien que l'Amour
Par elles fasse chaque jour
Nouvelle preuve de ses charmes ;
Mais sitôt qu'il les veut toucher,
11 reconnoît qu'il n'a point d'armes 3 5
Qu'elles ne fassent reboucher.
Loin des vaines impressions
De toutes folles passions,
La vertu leur apprend à vivre;
Et dans la cour leur fait des lois , 4 -»
3(>. Heùoucher, rebrousser, cniousser, s*émou»ser.
i48 POÉSIES, XLI.
Que Diane auroit peine à suivre Au plus grand silence des bois.
Une reine qui les conduit ,
De tant de men'eilles reluit,
Que le soleil qui tout surmonte, 45
Quand même il est plus flamboyant ,
S'il étoit sensible à la honte,
Se cacheroit en la voyant.
Aussi le temps a beau courir,
Je la ferai toujours fleurir 5o
Au rang des choses étemelles;
Et non moins que les immortels ,
Tant que mon dos aura des ailes ,
Son ima((e aura des autels.
Grand roi, faites-leur bon accueil ; 5 5
Louez leur magnanime orgueil ,
Que vous seul avez fait ployable ;
Et vous acquerrez sagement ,
Afin de me rendre croyable ,
La faveur de leur jugement. 60
Jusqu'ici vos faits glorieux
Peuvent avoir des envieux ;
Mais quelles âmes si farouches
Oseront douter de ma foi,
Quand on verra leurs belles bouches 6 5
Les raconter avecque moi ?
POÉSIES, XLIl. 149
B\LLET DE MADAME.
Saint -Marc a placé à tort en 16 10 ces vers, composés on an auparavant. La date exacte nous en est donnée par une lettre de Malherbe, qui, le ai mars 1609, écrit à Peiresc : oc Marc- Antoine TOUS fera voir des vers que j'ai faits pour le ballet de Madame. Il se doit danser à Saint-Germain de jeudi prochain en huit jours. » — Tallemant, dans son Historiette de Madame la Princesse^ a raconté comment y aux répétitions de ce ballet , Henri IV devint amoureux de la jeune Charlotte de Montmorency, qui quelques mois après épousa le prince de Condé. Il y eut encore un autre ballet avec Nymphes fait aussi pour Madame , et dont Malherbe parle dans une lettre du II janvier 161 3. — Madame était Elisabeth, Tainée des filles du Roi, née en 160 a. Elle devint plus tard reine d'Espagne.
« J'ai appris de M. de Racan, dit Ménage, que Malherbe fit ces vers en un jour. 9 T^e fait était assez rare pour qu'il le notât. Us furent imprimés en ifiao dans les tomes I et II des Délices de la poésie francoise ,
De petites Nymphes qui mènent V Amour prisonnier.