AU HOI
A la fin tant d'amants dont les âmes blessées
Languissent imit et jour, Verront sur leur auteur leurs peines renversées , Et seront consolés aux dépens de l'Amour.
Ce public ennemi, cette peste du monde, 5
Que Terreur des humains Fait le maître absolu de la terre et de Tonde , Se trouve à la merci de nos petites mains.
Nous le vous amenons dépouillé de ses armes,
i5o POÉSIES, XLII.
O Roi , Tastre des rois ; i o
Quittez votre bonté, moquez- vous de ses larmes, Et lui faites sentir la rigueur de vos lois.
Commandez que sans grâce on lui fasse justice;
Il sera malaisé Que sa vaine éloquence ait assez d'artifice 1 5
Pour démentir les faits dont il est accusé.
Jamais ses passions, par qui chacun soupire,
Ne nous ont fait d'ennui; Mais c'est un bruit commun que dans tout votre empire Il n'est point de malheur qui ne vienne de lui. 20
Mars, qui met sa louange à déserter la tene
Par des meurtres épais , N'a rien de si tragique aux fureurs de la guerre , Conune ce déloyal aux douceurs de la paix.
Mais sans qu'il soit besoin d'en parler davantage , ^ 5
Votre seule valeur.
Qui de son impudence a ressenti l'outi-age , Vous fournit-elle pas une juste douleur ?
Ne mêlez rien de lâche à vos hautes pensées ;
Et par quelques appas 3 o
Qu'il demande merci de ses fautes passées, Imitez son exemple à ne pardonner pas.
L'ombre de vos lauriers admirés de l'envie
Fait l'Europe trembler ; Attachez bien ce monstre, ou le privez de vie, ^5
Vous n'aurez jamais rien qui vous puisse troubler.
ai. Déttrttr^ rendre déftcrte
POÉSIES, XLIII. i5i
POUR \LCANDRE.
8TAKCE8.
Je De pense pas que ces stances aient paru avant Tédition de i63o.
On sait que, malgré ses cinquante-six ans, Henri IV (voyez la notice de la pièce précédente) s'était épris de la passion la plus violente pour Charlotte-Marguerite de Montmorency, dont il rompit Tunion projetée avec Bassompierre, et qu*il maria en mai 1609 à Henri de Bourbon, prince de Condé. 11 espérait le trouver de facile com|X)sition; mais le prince, ennuyé des poursuites du Roi, quitta Fontainebleau au mois de juillet, fut obligé d*y revenir en septembre, et enfin, le 39 novembre, sVnfuit avec sa femme à Liandrecies , d'où il gagna Bruxelles. — Sur les circonstances de cette fuite et les extravagances que la passion fit faire au Roi , voyez les Mémoires^ pas toujours trèsexacts [)Our les dates, de Bassompierre, le Journal de l'EstoiU, années 1609, 16 10, et les Historiettes de Tallemant [Madame la Prin-' cesse ^ Henri W^ (?tc.).
Suivant un usage qui eut cours pendant tout le dix-septième siècle, et qui nous paraît bien singulier aujourd'hui, Henri IV, pour chanter son amour et ses peines, eut recours à autrui, c Le Roi, écrit Malherbe à Peiresc (Chandeleur 1609) , m'a entretenu de quelque autre galanterie dépendante du ballet qui étoit la vraie occasion pourquoi il m'a envoyé quérir exprès par un garçon de chambre , et le ballet n'a servi que de prétexte. 9 A sa demande ou, pour mieux dire, sur sa commande, le poète composa les pièces suivantes :