Cest le mot d'Énée dans Virgile [ÉnéltU, II
Quis talia fando M^THiidonum Dolopumve aut duri miles Ulyssei Temperet a laerjmis?
19, 70. Var. (mj. et Airs de cour) :
Les vents en TOcéan tant de vagues n'irritent,
Comme j'ai de pensers
a6. Var. (^Airs de différents auteurs): Qu*il monte, et qu*il descend....
i6o POESIES, XLV.
Comme la nuit arrive , et que par le silence , Qui fait des bruits du jour cesser la violence,
L'esprit est relâché , Je vois de tous côtés sur la terre et sur Tonde , Les pavots qu'elle sème assoupir tout le monde, 3 5
Et n'en suis point touché.
S'il m'ad vient quelquefois de clore les paupières , Aussitôt ma douleur en nouvelles matières
Fait de nouveaux efforts ; Et de quelque souci qu'en veillant je me ronge , 4 o
Il ne me trouble point comme le meilleur songe
Que je fais quand je dors.
Tantôt cette beauté, dont ma flamme est le crime, M'apparoît à l'autel , où comme une victime
On la veut égorger; 4 ^
Tantôt je me la vois d'un pirate ravie ; Et tantôt la fortune abandonne sa vie
A quelque autre danger.
En ces extrémités la pauvrette s'écrie :
« Alcandrc, mon Alcandre, ôte-moi, je te prie, 5o
Du malheur où je suis. " La fureur me saisit , je mets la main aux armes ; Mais son destin m'arrête , et lui donner des larmes ,
C'est tout ce que je puis.
Voilà comme je vis, voilà ce que j'endure, 5 5
3a. Var. (j4irs de cour) : Les tempêtes du jour cessant leur violence. 34. Vah. (ms.) : Eu la terre et dans Tonde.
38. Vab. (ww. etj4irs de différents auteurs) : Eln nouvelles manières. 55. Var. (^Airs de cour et v4irs de différents auteurs) :
Voilà comme je vis, voilà comme jVndure.
POÉSIES, XLV. i6i
Pour une affection que je veux qui me dure
Au delà du trépas ; Tout ce qui me la blâme offense mon oreille , Et qui veut m'affliger , il faut qu'il me conseille
De ne m'affliger pas. 60
On me dit qu'à la fin toute chose se change ,
Et qu'avecque le temps les beaux yeux de mon Ange
Reviendront m'éclairer; Mais voyant tous les jours ses chaînes se rétraindre, Désolé que je suis ! que ne dois-je point craindre , 6 5
Ou que puis-je espérer?
Non, non, je veux mourir; la raison m'y convie; Aussi bien le sujet qui m'en donne l'envie
Ne peut être plus beau ; Et le sort qui détruit tout ce que je consulte , 7 o
Me fait voir assez clair que jamais ce tumulte
N'aura paix qu'au tombeau.
Ainsi le grand Alcandre aux campagnes de Seine Faisoit , loin de témoins , le récit de sa peine ,
Et se fondoit en pleurs ; 7 5
Le fleuve en fut ému; ses Nymphes se cachèrent; Et l'herbe du rivage, où ses larmes touchèrent.
Perdit toutes ses fleurs.
58. Var. : Tout ce qui m*en dit mal.... 76, 77. Var. (nu, et ^irs de cour) :
... Les astres se cachèrent, Et la rive du fleuve où ses pieds la touchèrent.
Malherbe a bien fait de changer ce dernier Ters, qui aurait pu prêter à de mauvaises plaisanteries. Voyez-en la raison dans Talleroant {Hiftoriette de Henri IV, édit. Paulin Paris, tome I, p. 9).
Malherbe, i 11
i6a POÉSIKS, XLVl.
SUR LE MÊME SUJET
STAVCm.
Cesfttanoet, acherécs en férrier 1610, furent imprimées en 161 5, dans les Déùees de la poésie française et dans les Airs de cour (publiés par P. Ballard, liv. I, p. 55), avec un air de Guestlron. Voici ce qu'on trouve à ce sujet dans la correspondance de Malherbe. Le i a février 1610, il écrit à Peiresc : « Vous ni*avez vu, ce me semble, quelques couplets d*uoe méchante chanson que j*avois commencé à faire sur un air que m*avoit baillé le marquis d^Oraison. A cette heure que je Tai achevée, je vous prie, Monsieur, de me faire ce bien, de prier M. le marquis, de votre part et de la mienne, de vous en donner Tair et de me l'envoyer par le premier, et tout aussitôt je vous enverrai les paroles; j'y ferai mettre ici un autre air, et nous retiendrons le meilleur. Ija chanson se commençoit :
Infidèle mémoire.
Pourquoi fais-tu gloire De me ramentevoir Une saison prosp<*re
Que je désespère De jamais plus revoir?... »
Six jours après Malherbe écrit encore : a J'ai baillé ce soir au Roi lu chanson pour laquelle je vous avois prié de m'envoyer un certain air sur lequel j'ai pris ma mesure. Je vous fais encore la même prière : ce sera pour le comparer avec celui que Guesdron y f<Ta ; car lo R(»i l'a envoyé quérir à l'heure* même qu'il eut lu mes vers, v\ lui a dit qu'il vouloit qu'il y travaillât dès ce soir. » Enfin, le 54 mars, il annonce qu'il a recouvré l'air a qu'a fait M. Guesdron sur la chanson dont il est question. Je ne m'y connois pas; mais tout le monde le trouve fort beau, et surtout le Roi. » — Quant à la pièce Infidèle mémoire^ il n'en reste que le couplet cité plus haut et jusqu'ici non réuni aux œuvres de Malherbe. Il serait toutefois possible que , le rhythme étant le même, Malherbe en eût utilisé un certain nombre de vers pour sa seconde chanson.
POÉSIES, XLVT. i63
Que n'étes-vous lassées ,
Mes tristes pensées , De troubler ma raison?
Et faire avecque blâme
Rebeller mon âme H
Contre ma guérison ?
Que ne cessent mes larmes ,
Inutiles armes?
Et que n'ôte des cieux La fatale ordonnance r «>
A ma souvenance Ce qu'elle ôte à mes yeux?
O beauté nonpareille ,
Ma chère merveille , Que le rigoureux sort i î»
Dont vous ni'êtes ravie
Aimeroit ma vie S'il m'envoyoit la mort !
Quelles pointes de rage
Ne sent mon courage, •> u
De voir que le danger En vos ans les plus tendres
Menace vos cendres D'un cercueil étranger?
Je m'impose silence «i ;>
En la violence
î. Var. (N, R et yiirs fff. cour) : Contre sa guérison. 14. Vab. (Airs de cour) : D'un sépulcre étranger. ^ vers confirme ce que j*ai dit plus haut sur la date de la pièce, il s'applique au séjour de la princesse de Condé en Flandre.
i64 POÉSIES, XLVI.
Que me fait le malheur; Mais j'accrois mon martyre;
Et n'oser rien dire M'est douleur sur douleur. 3 o
Aussi suis-je un squelette;
Et la violette , Qu'un froid hors de saison , Ou le soc a touchée ,
De ma peau séohée 3 5
Est la comparaison.
Dieux , qui les destinées
Les plus obstinées Tournez de mal en bien , Après tant de tempêtes 4 o
Mes justes requêtes N'obtiendront-elles rien ?
Avez-vous eu les titres
D'absolus arbitres De l'état des mortels , 4 <>
Pour être inexorables
Quand les misérables Implorent vos autels?
17. Vab. (A'wj de cour) : Que me fait ce malheur. 34-3fi. Var. {ibid,) :
Et le sec a flétrie,
A ma peau meurtrie Est la comparaison.