A LA REINE, MÈRE DU ROI, SUR LES HEUREUX
succès DE SA RÉGENCE.
ODB.
Cette ode y imprimée pour la première foii en 1611 d*aborcl séparément , puis dans le Temple d'Apollon , fut composée au plus tôt en septembre 16 10 (il y est question de la prise de Juliers qui eut lieu le a de ce mois), et ne fut probablement terminée qu*un peu plus tard; car le a 3 décembre Malherbe écrit à Peiresc : c Je vous envoie des vers que j'ai donnés à la Reine; ils sont au goût de toute cette cour. Je désire qu^ils soient au vôtre. S'ils produisent quelque chose de bon pour moi, ils seront au mien; jusque-là je tiendrai mon jugement suspendu. » Voilà une phrase qui peint Malherbe tout entier. Ses vers durent lui paraître excellents, car ils lui valurent une pension de i5oo livres.
Nymphe qui jamais ne sommeilles , Et dont les messagers divers En un moment sont aux oreilles Des peuples de tout Tunivers; Vole vite, et de la contrée Par où le jour fait son entrée Jusqu'au rivage de Calis, Conte sur la terre et sur l'onde , Que rhonneur unique du monde,
7. Pendant une partie du dix-septième siècle, on disait indifFéremment en France (et, à ce qu'il parait, en Espagne) Cadiz ou Calis J*ai retrouvé dans l'Estoile et dans Palma Cayet ce nom orthographié comme l'écrit Malherbe.
POÉSIES, LUI. iS'i
C'est la Reine des fleurs de lis.
Quand son Henri, de qui la gloire
Fut une merveille à nos yeux ,
Loin des hommes s'en alla boire
Le nectar avccque les Dieux ,
En cette aventure effroyable
A qui ne sembloit-il croyable
Qu'on alloit voir une saison ,
Où nos brutales perfidies
Feroient naître des maladies
Qui n'auroient jamais guérison ? 20
Qui ne pensoit que les Furies
Viendroient des abîmes d'enfer,
En de nouvelles barbaries
Employer la flamme et le fer?
Qu'un débordement de licence a 5
Feroit souffrir à l'innocence
Toute sorte de cruautés?
Et que nos malheurs seroient pires
Que naguères sous les Busires
Que cet Hei cule avoit domptés ? 3 «
Toutefois depuis l'infortune De cet abominable jour, A peine la quatrième lune Achève de faire son tour ;
1 3 , 1 4 • Quos inter Augustus recumbens Puqîureo bibit ore nectar.
(Horace, Odes, III, 3, 11.)
2ç). Busires, Busiris.
3 1-34. Henri IV, comme nous Tavons dit plus haut^ avait été assassiné le i4 mai iHio.
i84 POÉSIES, LUI.
Et la France a les destinées 3 s
Pour elle tellement tournées
Contre les vents séditieux ,
Qu'au lieu de craindre la tempête,
n semble que jamais sa tête
Ne fut plus voisine des cieux. 4 o
Au delà des bords de la Meuse
L'Allemagne a vu nos guerriers ,
Par une conquête fameuse
Se couvrir le front dé lauriers.
Tout a fléchi sous leur menace ; 4 5
L'Aigle même leur a fait place;
Et les regardant approcher
Gonmie lions à qui tout cède ,
N'a point eu de meilleur remède ,
Que de fuir , et se cacher. 5 o
O Reine, qui pleine de charmes Pour toute sorte d'accidents , As borné le flux de nos larmes En ces miracles évidents ; Que peut la fortune publique Te vouer d'assez magnifique , Si mise au rang des immortels , Dont la vertu suit les exemples , Tu n'as avec eux dans nos temples ,
41. Le a septembre 1610, après un siège assez meurtrier, qui avait doré cinq semaines , la ville et le château de Juliers se rendirent à Tannée française, commande par le maréchal de la Châtre, que soutenaient un corps de reîtres du prince d*Anhalt et des troupes hollandaises sous les ordres du comte Maurice de Nassau.