PARAPHRASE DU PSAUME CXXVIII
Imprimée en i6i5 dans les Délices de la poésie françoise. Malherbe la composa durant la première guerre civile des princes, que ter» mina le i5 mai i6i4 le traité de Sainte-Menehould. Le 3 de oe même mois, il avait écrit à Peiresc : a II y a dix ou douze jours que je donnai au Roi et à la Reine une traduction que j*ai faite du psaume cxxviii. La Reine, après Tavoir lue, commanda à Mme la princesse de Conty de la lire tout haut. Cela fait, la Reine dit : c Malce herhe, approchez- vous , 9 et me dit tout bas à Toreille : c Prenez a un casque. » Je lui répondis que je me promettois qu'elle me feroit mettre en la capitulation; là-dessus elle se mit à rire et me ditquVlle le feroit.... On fait un air au psaume dont il est question. »
Le psaume cxxvni commence par ces mots : Ssepe expugnaveruni me a juventute mea.
Les funestes complots des âmes forcenées , Qui pensoient triompher de mes jeunes années , Ont d'un commun assaut mon repos offensé. Leur rage a mis au jour ce qu'elle avoit de pire,
Certes je le puis dire ; 5
Mais je puis dire aussi qu'ils n'ont rien avancé.
J'étois dans leurs filets; c'étoit fait de ma vie;
Leur funeste rigueur qui l'avoit poursuivie,
Méprisoit le conseil de revenir à soi ;
Et le contre aiguisé s'imprime sur la terre 1 o
Moins avant , que leur guerre N'espéroit imprimer ses outrages sur moi.
nieu , qui de ceux qu'il aime est la garde éternelle ,
AoS POÉSIES, LXIIi.
Me témoignant contre eux sa bonté paternelle,
A selon mes souhaits terminé mes douleurs. 1 5
Q a rompu leur piège , et de quelque artifice
Qu'ait usé leur malice , Ses mains qui peuvent tout m'ont dégagé des leurs.
La gloire des méchants est pareille à cette herbe
Qui, sans porter jamais ni javelle ni gerbe, s o
Croît sur le toit pourri d'une vieille maison;
On la voit sèche et morte aussitôt qu'elle est née.
Et vivre une journée Est réputé pour elle une longue saison.
Bien est- il malaisé que l'injuste licence 2 5
Qu'ils prennent chaque jour d'affliger l'innocence En quelqu'un de leurs vœux ne puisse prospérer; Mais tout incontinent leur bonheur se retire.
Et leur honte fait rire Ceux que leur insolence avoit fait soupirer. 3o
POÉSIES, LXIV. îà09