‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 156 sur 268 · CHANSON · texte numérisé non relu

CHANSON

Suivant R*'ican , ce serait pendant le yenyage de Mme de Termet , dont le mari mourut en i6ai, que Malherbe aurait composé cette chanson pour Mme de Rambouillet. Celle-ci ne se rappelait pas cette rirconstano<% au dire de Ménage, qui prétend que la pièce a été faite pour (^aliste, c'est-à-dire pour la vicomtesse d'Auchy. En tout cas, ces vers sont antérieurs à Tépoque indiquée* par Racan , car ils ont élé insérés dès ifîij dans les y4irs de cour, imprimés par P. Ballard (liv. I, p. i8), avec la musique de Boesset. Je ne crois pas qu'ils aient tHé réimprimés avant l'édition de i63o. •— Dans une des éditions (hi Parnasse se trouve un sonnet qui commence ainsi :

Ils s'en vont ces beaux yeux , ces soleils de ma vie.

Il est du cardinal Duperron et a précédé certainement la chanson de Mallierhe.

Ils s'en vont, ces rois de ma vie ,

Ces yeux , ces beaux yeux , Dont Téclat fait pâlir d'envie

Ceux même des cieux.

Dieux amis de l'innocence , 5

Qu'ai-jc fait pour mériter Les ennuis où cette absence Me va précipiter ?

Ellle s'en va cette merveille ,

Pour qui nuit et jour, i o

Quoi que la raison me conseille ,

Je brûle d'amour. Dieux amis , etc.

2aa POÉSIES, LXVII1.

En quel effroi de solitude

Assez écarté, Mettrai-je mon inquiétude i 5

En sa liberté ?

Dieux amis, etc.

Les affligés ont en leurs peines

Recours à pleurer; Mais quand mes yeux seroient fontaines ,

Que puis-je espérer ? a <i

Dieux amis, etc.

POÉSIES, LXIX. aa3

soinnsT.

Il s'agit ici non point, comme quelques-uns Font cru, de la femme de Malherbe, car elle survécut à son mari, mais de la femme d'Etienne Puget. C'est celui-ci que le poëte fait parler. — Etienne Pugct, qui, après son veuvage, embrassa l'état ecclésiastique, et fut évéque de Marseille de i643 à ififiS, était fils de Pommeuse Puget, trésorier de l'Épargne, sur lequel on peut consulter Tallemant des Réaux, et sa femme était fille de Halle, doyen de la chambre des comptes de Paris.

Le sonnet fut imprimé en i6i5 dans les Délices de la poésie francoise.

Celle qu'avoit Hymen à mon cœur attachée , Et qui fut ici-bas ce que j'aimai le mieux ^ Allant changer la terre à de plus dignes lieux, Au marbre que tu vois sa dépouille a cachée.

Comme tombe une fleur que la bise a séchée , 5

Ainsi fut abattu ce chef-d'œuvre des cieux;

Et depuis le trépas qui lui ferma les yeux ,

L'eau que versent les miens n'est jamais étanchée.

Ni prières, ni vœux ne m'y purent servir;

La rigueur de la mort se voulut assouvir, i o

Et mon affection n'en put avoir dispense.

Toi dont la piété vient sa tombe honorer ,

■i. Var. (N): Ce que j'aimois le mieux.

!ft!ft4 POÉSIES, LXIX.

Pleure mon infortune , et pour ta récompense Jamais autre douleur ne te fasse pleurer.

Belle âme qui fus mon flambeau , i 5

Reçois riionneur qu^en ce tombeau

Je suis obligé de te rendre ;

Ce que je fais te sert de peu ;

Mais au moins tu vois en la cendre

Gomme j'en conserve le feu. a o

17. Vah. (R): Le devoir m*oblige à te rendre. 90. Var. (ibidJ) : Que j*en aime encore le feu.

POÉSIES, LXX. aa5«.

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