‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 166 sur 268 · PROPHETIE DU DIEU DE SEINE · texte numérisé non relu

PROPHETIE DU DIEU DE SEINE

STANCKS.

Une copie de ces vers, imprimés pour la première fois dans Tédi^ tion de i(>3o, est conser\'ée à la Bibliothèque impériale (Papiers de Baluze, n^ i33). Elle est intitulée : La Seine au maréchal d'Ancre ^ le jour qu'il fut tué (a 4 avril ir>i7). Malherbe, qui, dans la première strophe , reproduit en , partie la pièce lxvi , s*est arrangé cette fois pour prophétiser à coup sûr et sans danger. Uépitapbe du duc de I.uynes (voyez plus loin , n® lxxxiv) prouvera encore mieux sa prudente habitude de n^attaquer qu'après leur mort les puissants qu'il avait flattés durant leur vie.

Va- t'en à la malheure, excrément de la terre, Monstre qui dans la paix fais les maux de la guerre ,

Et dont Torgueil ne connoit point de lois; En quelque haut dessein que ton esprit s'égare , Tes jours sont à leur fin , ta chute se prépare,

Regarde-moi pour la dernière fois.

C'est assez que cinq ans ton audace effrontée, Sur des ailes de cire aux étoiles montée,

Princes et rois ait osé défier :

La Fortune t'appelle au rang de ses victimes, i o

Et le ciel, accuse de supporter tes crimes.

Est résolu de se justifier.

%ko POÉSIES, LXXTII.

•TAMCBf.

Ces stances furent composées pour Charles Chabot , comte de Chamy, amoureux de Mlle de CastUle, petite-fille par sa mère du président Jeannin. II Tépousa en 1690 et mourut, Tannée suivante, au siège de Montpellier. Sa YeuYe se remaria , en 1693, avec le comte de Chakis, qui fut décapité à Nantes en 1696. (Voyez Tallemant des Rémx, édition P. Paris, tome III, p. 190 et suiv.)

Les vers de Malherbe parurent en 1690, dans le tome I des Détices da Im poésie française ; ils furent probablement composés en 161 9.

Enfin ma patience, et les soins que j'ai pris

Ont selon mes souhaits adouci les esprits

Dont rinjuste rigueur si longtemps m'a fait plaindre;

Cessons de soupirer; Grftces à mon destin, je n'ai plus rien à craindre, s

Et puis tout espérer.

Soit qu'étant le soleil , dont je suis enflammé , Le plus aimable objet qui jamais fut aimé , On ne m'ait pu nier qu'il ne fût adorable;

Soit que d'un oppressé Le droit bien reconnu soit toujours favorable,

Les Dieux m'ont exaucé.

Naguère que j'oyois la tempête souffler.

Que je voyois la vague en montagne s'enfler.

Et Neptune à mes cris faire la sourde oreille; i 5

A peu près englouti, Eussé-je osé prétendre à l'heureuse merveille

POÉSIES, LXXVÏÏ. a4i

D'en être garanti ?

Contre mon jugement les orages cessés

Ont des calmes si doux en leur place laissés , a o

Qu'aujourd'hui ma fortune a Tempire de l'onde;

Et je vois sur le bord Un ange dont la grâce est la gloire du monde,

Qui m'assure du port.

Certes c'est lâchement qu'un tas de médisans, s 5

Imputant à l'amour qu'il abuse nos ans , De frivoles soupçons nos courages étonnent;

Tous ceux à qui déplaît L'agréable tourment que ses flammes nous donnent,

Ne savent ce qu'il est. 3o

S'il a de l'amertume à son commencement, Pourvu qu'à mon exemple on souffre doucement. Et qu'aux appâts du change une âme ne s'envole,

On se peut assurer Qu'il est maître équitable, et qu'enfin il console 3 5

Ceux qu'il a fait pleurer.

Malhbrbk. I ifi

a4a POÉSIES, LXXYIII.

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