‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 183 sur 268 · Vab. (lettre à Racan du 18 octobre i6a · texte numérisé non relu

Vab. (lettre à Racan du 18 octobre i6a

Quand je verrois Hélène au monde revenue.... Pleine autant que jamais de cbarmes et d*appas, N*en étant point aimé , je ne l'aimerois pas.

POÉSIES, XCV. a65

Sitôt que je la vis, je lui reudis les armes.

Un objet si puissant ébranla ma raison,

Je voulus être sien, j'entrai dans sa prison ,

Et de tout mon pouvoir essayai de lui plaire, 1 5

Tant que ma servitude espéra du salaire.

Mais comme j'aperçus Tinfaillible danger

Où, si je poursuivois, je m'allois engager,

I^e soin de mon salut m'ôta cette pensée ,

J'eus honte de brûler pour une àme glacée; ao

Et sans me travailler à lui faire pitié.

Restreignis mon amour aux termes d'amitié.

i66 POÉSIES, XGYL

XCTI

ÉPIGRAlfMB POUR VITTRE AIT DEVAIIT DE LA SOMJR THÉOLOGIQUE DU P. GARASSE.

Lft 8ommê tkdologiquê da P. Gtniie |ianit en iGsS. Cette épignnuDe et la soiTintey placées en téie de roonage, n*ant point aneore été lénniet ans «nTret de Malherbe. Le li^re dn jétoite ayant élé ooiidamné par la Sorbonne, elles Inrent complètement oubliées, al ee n*est qu'en 18S9 qne M. Ch. AUeaume les a remises en lumière. (Vfiyes la ComtpotuUmce littéraire du 90 mai iSSg.)

Esprits qui cherchez à médire, Adressez- vous en autre lieu ; Cette œuvre est une œuvre de Dieu :

Garasse n'a fait que Fécrire.

XGVII

AUTRE A l'auteur DE CE LIVRE.

En vain, mon Garasse, la rage

De quelques profanes esprits

Pense diminuer le prix

De ton incomparable ouvrage.

Mes vers mourront avecque moi, .'i

Ou ton nom au nom de mon roi

Donnera de la jalousie ;

Et dira la postérité

Que son bras défit Thérésie,

Et ton savoir Timpiété. i «

d68 POÉSIES, XCVIII.

CONSOLATIOIf A MONSIEUR LE PREMIER PRÉSIDEirr, SUR LA MORT DE MADAME SA FEMME.

« Malherbe, dit Ménage, fat près de trois ans a faire ces stances sur la mort de la femme du premier président de Verdun; et, quand il les publia, le premier président étoit marié en secondes noces avec Charlotte de Fondebon , veuve de M. de Barbeziers de Chémeraut ; ce qui leur fit perdre beaucoup de leur grAce. Je tiens toutes ces particularités de M. de Racan , de qui j*ai appris aussi que cette première femme du président de Verdun s*appelloit Charlotte du Gué. »

J'en suis fâché pour Racan, mais sa mémoire Ta ici fort mal servi, et il a induit en erreur Ménage, Saint-Marc et les autres commentateurs, qui d'après lui ont daté les vers de i6ai ou i6a3. La première femme de Nicolas de Verdun mourut en i6a6, et son époux alla la rejoindre dans la tombe le 17 mars 1637, l'année même où les stances de Malherbe parurent dans le Recueil des plus beaux versj après avoir été imprimées en feuille volante. Nous sommes donc loin des trois ans dont parle Racan. Maintenant le président s'étant remarié très-peu de temps après la mort de sa première femme, il est évident que les vers peuvent fort bien n'avoir pas été terminés au moment de ses secondes noces, ni même avant sa mort. Mais >Taiment on ne saurait en faire un reproche au poète, qui ne pouvait pas se douter que son ami, « déjà très-avancé en âge, > se consolerait si vite et mourrait sitôt.

Sacré ministre de Thémis ,

Verdun, en qui le ciel a mis

Une sagesse non commune ; Sera-ce pour jamais que ton cœur abattu

Laissera sous une infortune 5

Au mépris de ta gloire accabler ta vertu ?

Toi de qui les avis prudents En toute sorte d'accidents

Sont loués même de Tenvie , Perdras-tu la raison , jusqu'à te figurer i o

Que les morts reviennent en vie , Et qu'on leur rende Tâme à force de pleurer ?

Tel qu'au soir on voit le soleil

Se jeter aux bras du sommeil ,

Tel au matin il sort de Tonde. 1 5

Les affaires de l'homme ont un autre destin ;

Après (ju'il est parti du monde , La nuit qui lui survient n'a jamais de matin.

Jupiter , ami des mortels ,

Ne rejette de ses autels « o

Ni requêtes ni sacrifices ; II reçoit en ses bras ceux cp'il a menacés ;

Et qui s'est nettoyé de vices , Ne lui fait point de vœux qui ne soient exaucés.

Neptune , en la fureur des flots 1 5

Invoqué par les matelots ,

Remet l'espoir en leurs courages ; Et ce pouvoir si grand dont il est renommé,

N'est connu que par les naufrages Dont il a garanti ceux qui l'ont réclamé. 3o

Plu ton est seul entre les Dieux Dénué d'oreilles et d'yeux , A quiconque le sollicite ; 11 dévore sa proie aussitôt qu'il la prend ;

i3, f4- Var. (feuille volante) :

Tel que se couche le soleil Au soir, accablé de sommeil.

%'jo POÉSIES, XCVIII.

Et quoi qu^on lise dHippoljte, 35

Ce qu une fois il tient, jamais il ne le rend.

S'il ctoit Trai que la pitié

De voir un excès d'amitié

Lui fit faire ce qu'on désire , Qui devoit le fléchir avec plus de couleur, 40

Que ce fameux joueur de lyre , Qui fut jusqu'aux enfers lui montrer sa douleur ?

Cependant il eut beau chanter,

Beau prier, presser, et flatter.

Il s'en revint sans Eurydice ; 4 h

Et la vaine faveur dont il fut obligé

Fut une si noire malice.

Qu'un absolu refus l'auroit moins affligé.

Mais quand tu pourrois obtenir

Que la mort laissât revenir 5o

Celle dont tu pleures l'absence , La voudrois-tu remettre en un siècle effronté ,

Qui plein d'une extrême licence Ne feroit que troubler son extrême bonté ?

Que voyons-nous que des Titans , b 5

De bras et de jambes luttans

Contre les pouvoirs légitimes ?

Infâmes rejetons de ces audacieux ,

Qui dédaignant les petits crimes , Pour en faire un illustre attaquèrent les cieux ? 60

Quelle horreur de flamme et de fer

Page 1