‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 189 sur 268 · Tiphjs, le pilote du navire des Argonautes · texte numérisé non relu

Tiphjs, le pilote du navire des Argonautes

a8o POÉSIES, CIII.

Pour te rendre content.

Je la vois qui t'appelle, et qui semble te dire : 65

« Roi, le plus grand des rois, et qui m'es le plus cher, Si tu veux que je t'aide à sauver ton empire. Il est temps de marcher. »

Que sa façon est brave, et sa mine assurée! Qu'elle a fait richement son armure étoffer ! 7 o

Et qu'il se connoit bien, à la voir si parée, Que tu vas triompher!

Telle en ce grand assaut, où des fils de la terre La rage ambitieuse à leur honte parut.

Elle sauva le ciel, et rua le tonnene, 7 ^

Dont Briare mourut.

Déjà de tous côtés s'avançoient les approches; Ici couroit Minas; là Typhon se battoit; Et là suoit Euryte à détacher les roches

Qu'Encelade jetoit. 8 o

A peine cette Vierge eut l'affaire embrassée , Qu'aussitôt Jupiter en son trône remis, Vit selon son désir la tempête cessée, Et n'eut plus d'ennemis.

Ces colosses d'orgueil furent tous mis en poudre, 8 5

Et tous couverts des monts qu'ils avoieut arrachés ;

yS, 3JiniUf lisez âJimas,

81. CVst un souvenir (le la Théogonie d'Hésiod*' (v. 388 et suivants). liR Victoire, avec ses sœurs la Force, la Puissance, etc., vint aider Jupiter à triompher dei Fitans.

POÉSIES, cm. !i8i

Phlégre qui les reçut, pût encore la foudre Dont ils furent touchés.

L exemple de leur race à jamais abolie , Devoit sous ta merci tes rebelles ployer; 90.

Mais seroit-ce raison qu'une même folie N'eût pas même loyer?

Déjà Tétonnement leur fait la couleur blême; Et ce lâche voisin qu'ils sont allés quérir, Misérable qu'il est, se condamne lui-même 9-5

A fuir ou mourir.

Sa faute le remord; Mégère le regarde, Et lui porte l'esprit à ce vi*ai sentiment. Que d'une injuste offense il aura, quoiqu'il tarde, ^

Le juste châtiment. -^ 100

Bien semble être la mer une barre assez forte, Pour nous ôter l'espoir qu'il puisse être battu ; Mais est-il rien de clos dont ne t'ouvre la porte ^ Ton heur et ta vertu? "^

Neptune importuné de ses voiles infâmes, x o5

Comme tu paroîtras au passage des flots , Voudra que ses Tritons mettent la main aux rames, Et soient tes matelots.

Là rendront tes guerriers tant de sortes de preuves ,

Et d'une telle ardeur pousseront leurs efforts, 1 1 o

87. Pût^ pue. C/osl l'ancienne forme de la troisième personne de puer, primitivement puir, 94. Les Anglais.

a8a POÉSIES, ClII.

Que le sang étranger fera monter nos fleuves Au-dessus de leurs bords.

Par cet exploit fatal en tous lieux va renaître La bonne opinion des courages françois ; \.Et le monde croira, s'il doit avoir un maître, Qu'il faut que tu le sois.

O que pour avoir part en si belle aventure Je me sbuhaiterois la fortune d'Eson, Qui, vieil comme je suis, revint contre nature En sa jeune saison !

\ De quel péril extrême est la guerre suivie , ' Où je ne fisse voir que tout Tor du Levant

j N'a rien que je compare aux honneurs d'une vie Perdue en te servant?

Toutes les autres morts n'ont mérite ni marque; Celle-ci porte seule un éclat radieux , Qui fait revivre Tiiomme, et le met de la barque A la table des Dieux.

Mais quoi ? tous les pensers dont les âmes bien nées Excitent leur valeur, et flattent leur devoir, i 3o

Que sont-cc que regrets quand le nombre d'années Leur ôte le pouvoir?

Ceux à qui la chaleur ne bout plus dans les veines En vain dans les combats ont des soins dilii^ents ; Mars est comme l'Amour : ses travaux et ses peines i 3 5 Veulent de jeunes gens.

i35, i3fi. Ovide a dit (^/w., 1, ix, 3) :

Qiis bello est Labilis, Veneri quoquc couvenit aetas.

POÉSIES, cm. 383

Je suis vaincu du temps; je cède à ses outi*ages; Mon esprit seulement exempt de sa rigueur ^

A de quoi témoigner en ses derniers ouvrages

Sa première vigueur. 1 4 ©

Les puissantes faveurs dont Parnasse m'honore , Non loin de mon berceau commencèrent leur cours ; "^ Je les possédai jeune, et les possède encore A la fin de mes jours*

Ce que j'en ai reçu, je veux te le produire; 145

Tu verras mon adresse; et ton front cette fois Sera ceint de rayons qu'on ne vit jamais luire Sur la tète des rois.

Soit que de tes lauriers ma lyre s'entretienne , Soit que de tes bontés je la fasse parler, 1 5 o

Quel rival assez vain prétendra que la sienne Ait de quoi m'égaler ?

Le fameux Amphion, dont la voix nonpareille Bâtissant une ville étonna l'univei^s.

Quelque bruit qu'il ait eu, n'a point fait de merveille 1 55 Que ne fassent mes vers.

Par eux de tes beaux faits/la terre sera pleine ;

Et les peuples du Nil qui les auront ouïs, ^

Donneront de l'encens, comme ceux de la Seine ,

• Aux autels de Louis. 160

«•4 POÉSIES, CIY.

CIY

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