FRAGMENTS
A MONSEIGiniUR LB CABDEVAL DB BIGHBLIXU.
Imprimés pour la première fois dans l*édition de i63o.
« J^ai su de M. de Racan , dit Ménage , que Malherbe a voit fait cet deux stances plus de trente ans avant que le cardinal de Richelieu, auquel il les adresse , fut cardinal , et qu*il en changea seulement les quatre premiers vers de la première stance pour les accommoder à son sujet. J*ai su aussi de M. de Racan que le cardinal de Richelieu, qui avoit connoissance que ces vers n'avoient pas été faits pour lui, ne les reçut pas agréablement quand Malherbe les lui fit présenter : oe qui fit que Malherbe ne les continua pas. »
Richelieu ayant été créé cardinal en i6aa, ces vers remonteraient donc à l'année iSga tout au moins, suivant Racan et Ménage.
Grand et grand prince de TEglise,
Richelieu, jusques à la mort,
Quelque chemin que Thonmie élise,
Il est à la merci du sort ;
Nos jours filés de toutes soies 5
Ont des ennuis comme des joies;
Et de ce mélange divers
Se composent nos destinées,
Gonmie on voit le com*s des années
Composé d'étés et d'hivers. x «
Tantôt une molle bonace Nous laisse jouer sur les flots; Tantôt un péril nous menace , Plus grand que Tart des matelots;
3i4 POÉSIES, CXVIII.
Et cette sagesse profonde i s
Qui donne aux fortunes du monde
Leur fatale nécessité,
N'a fait loi qui moins se révoque,
Que celle du flux réciproque
De riieur et de Tadversité. a o
POÉSIES, CXIX. 3i5
GXIX
FRA.GMENT.
Ce fragment, publié pour la première fois dans Tédition de i63o, se rapporte bien probablement à Tode sur la prise de Marseille. (Voyez la pièce vi.)
Tantôt nos navires, braves
De la dépouille d'Alger,
Viendront les Mores esclaves
A Marseille décharger ;
Tantôt, riches de la perte "^
De Tunis et de Biserte,
Sur nos bords étaleront
Le coton pris en leurs rives.
Que leurs pucelles captives
En nos maisons fileront. i <>
1 . « Brave, dit Nicot, aucunefois signifie superbe et hautain. > (>. Biserte, au nord-ouest de Tunis; son port, presque comblé aujourd'hui) fut jadis un des meilleurs deTAfrique.
3i6 POÉSIES, GXX.
GXX
FRAGKEirr.
Publié pour la première fois, je crois, dans Tédidoo de Ménage.
Elle étoit jusqu'au nombril Sur les ondes paroissante, Telle que Taube naissante Peint les roses en avril.
POÉSIES, CXXL 3i7
FIN d'une ode pour LE ROI.
Publiée pour la première fois dans Tédidon de i63o. Ces vers se rapportent très-vraisemblablement à la pièce xxi.
Je veux croire que la Seine
Aura des cygnes alors,
Qui pour toi seront en peine
De faire quelques efforts.
Mais vu le nom que me donne 5
Tout ce que ma lyre sonne,
Quelle sera la hauteur
De rhymne de ta victoire,
Quand elle aura cette gloire.
Que Malherbe en soit Tauteur ! î o
3i8 POÉSIES, CXXII.
GXXII
FBAGMElfT d'uNE ODE d'hORACE
Ce fragment est inédit, je Tai trouYé dam le manuscrit déjà cité des papiers de Baluze, n^ i33.— Je crois que i*ode d'Horace que Malherbe aurait youIu imiter, mais de très-loin, est la i3« du IV« livre.
Audiyere, Lyce, Di mea vota, Di Audiyere, Lyoe : fis anus....
Voici venir le temps que je vous avois dit. Vos yeux , pauvre Caliste, ont perdu leur crédit, Et leur piteux état aujourd'hui me fait honte D'en avoir tenu compte.
POÉSIES, CXXIII. 3i9
\TJTRE FRAGMENT.
Inédit et tiré du même manuscrit que le précédent.
Vous avez beau, mon berger,
Me déguiser le danger ,
Je sais bien que par mes larmes
Le jeu se terminera ;
Mais vos prières sont charmes;
Faites ce qu'il vous plaira.
ÏIN DRS POÉSIKS.
}Êf
LE LAGRIME DI SAN PIETRO, DEL SIG. LUIGI TANSILLO, ET LES LARMES DE SAINT PIERRE , DE MALHERBE \
Le poëme Le Lagrime di San Pietro^ de Luigi Tansillo, est divisé en treize chants ou Plaintes [Pianto primo ^ Pianto seconda^ etc.). Il se compose de neuf cent onze octaves, formant en tout sept mille deux cent quatre-vingt-huit vers. L'imitation de Malherbe porte sur dix-neuf strophes prises çà et là dans le premier chant, sur les cinq premières du second, et sur les quatre premières du cinquième. Elle est excessivement libre. On en jugera par les extraits suivants du poëme italien',
1. Nous devons cette comparaison du poëme de Tansillo et de rimitation de Malherbe à un homme de beaucoup de goût et de savoir, et particulièrement très-versé dans la littérature italienne, M. Paul Tiby, qui a bien voulu nous permettre d*en enrichir notre édition. Nous le prions de recevoir ici nos plus sincères remerciments.
2 . Nous avons conservé Torthographe et la ponctuation de l'édition . de 1687, qui forme un volume in-i8, intitulé : Le Lagrime di S. Pictro del Slg, Luigi Tansillo, di nuovo ristampate con nuova gionta délie la- t* grime délia Maddalena del Signor Ercumo Valvassone, et altre rint^pii'i' tuali delmolto R, D, Angelo Grillo^ non piu vedutCy et ara novaménte date
in luce. In Genova, oppressa Girolamo Bartoliy MDLXXXVII. — Dans le Pianto settimo, strophe viii« (page 70), on lit ces deux vers :
// mi/le cinque cento^ e settant' uno
Anna chittae hoggi il ciel girando intorno^
qui montrent qu'à la fin de 1571 Tansillo n'avait point encore acheté son poëme.
Malhehbk. I ai
3a!i APPENDICE.
dans lesquels est contenu tout ce qui, de près ou de loin, a pu servir d'inspiration an poëte français. Ces passages, qui donnent matière à de curieux rapprochements, sont en outre intéressants par eux-mêmes, et souvent remarquables pour la pensée et surtout pour le style.
FlÀlfTO FBIMO.
Le lagrimc, e le voci accoglio in rima,
Chc da gli occhi, e dal petto uscir di PIERO ;
Che vinto dal timor di croce prima,
Fra la lingua, ed il cor smarri '1 sentiero ;
E di vita mortal facendo stima ;
Negô di vita, e morte il Signor vero.
Ma chi darammi di la su favore, Altri, che Musa, o che '1 Signor di Delo? O tu, o'havcsti il novo, ctemo honore?
D'aprir\ e di serrar gli usci del Cielo ; Impetra al petto il lume de Tardore, Che venne al tuo, quando si ruppe il gelo De la paura, c col suo ranto il gallo, A pianger ti desto Thorrihil fallo^
11 MAGNANIMO PIETRO, che giurato Havea tra mille lance, c mille spade, Al suo caro Signor morire à lato ; Quando s'accorse, vinto da viltade,
I . Comparez ces deux stances avec les douze premiers ver» de la pièce de Malherbe, p. 4.
LES LARMES DE SAINT PIERRE. 3a3
Nel gran bisogno baver di Fè mancato ; La vergogna, e'I dolore, e la pietade Del proprio fallo, e de Taltrui martiro ; Di mille punte il petto gli feriro*.
Ma gli archi, che nel core gli aventaro
Le saette pia acute, c pia mortali ;
Fur gli occhi del Signor, quando il miraro :
Gli occhi fur gli archi, e 'i guardi fur gli strali,
Che del cor non contenti, sen' passaro,
Fin dentro à Talma; e vi fer piaghc tali,
Che bisogno mentre che visse poi,
Ungerle col licor degli occhi suoi.
XLHI
Più fieri (parea dir) son gli occhi tuoi De l'empie man, che mi porranno in croce ^ Ne sento colpo alcun, che si m'annoi Di tanti, ch'altrui forza in me ne scocca; Quanto il colpo, ch' uscio de la tua bocca*.
« Nessun fedel trovai, nessun cortese Di tanti, c' ho degnati ad esser miei : Ma tu, dove '1 mio amor via più t^accese, Perfido, e ingrato sovr' ogn* altro sei. Ciascun di quei sol col fuggir m'offese , Tu mi negasti, ed h or con gli al tri rci, Par, che ti paschi del mio danno gli occhi ; E che la parte del piacer ti tocchi'. »