‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 214 sur 268 · LETTRE DE MALHERBE AU ROI LOUIS XIII · texte numérisé non relu

LETTRE DE MALHERBE AU ROI LOUIS XIII

Sire,

Les vers que Votre Majesté vient de lire passeront, s'il Inî plaît, pour un très-humble remerciement de la promesse qu'elle m'a faite, de ne donner jamais d'abolition à ceux qui ont assassiné mon fils. Une bonté médiocre se fût contentée de me l'avoir dit une fois ; la Vôtre , qui , en l'amour de la justice et en la haine des crimes, n'est semblable qu'à soi-même, après me Tavoir réitéré, y voulut encore ajouter ce favorable commandement, que je travaillasse à faire prendre les meurtriers, et que je ne me souciasse point du demeurant. Il semble bien , Sire, que des paroles prononcées de la bouche d'un Roi, le plus grand et le meilleur qui soit au monde , me doivent être en telle révérence, que sans être criminel moi- * même, je ne puisse faire doute de leur vérité; mais, Sibb, sur quelle sûreté se peut reposer un esprit de qui le trouble est si grand et si déplorable comme le mien ? Cauvet, conseiller d' Aix , beau-père de Piles , et père de Bonnes (qui sont les deux abominables assassins de mon pauvre fils)', prêche partout la vertu de ses pistoles , et parle de la poursuite que j'en fais, non avec l'humilité d'un qui a besoin de miséricorde, mais avec la présomption d'un qui se tient assuré de triompher. C'est cela, SiRK, qui m'amène une seconde fois à vos pieds pour vons faire souvenir de votre promesse, et vous en demander la confirmation. Pour ce qui est des faveurs dont Cauvet se promet d'être appuyé , je ne m'en mets point en peine. Il en sera ce qu'il pourra; mais je sais bien qu'un homme d'honneur y pensera deux fois devant que de se ranger de son parti. Protéger

I. Cette lettre accompagnait la pièce ciu; voyez p. 377. ■i. Voyez la Notice biographique.

3So APPEIVDICE.

une méchanceté, et la commettre, sont actions qui partent presque d'une même source : et qui fait Tnn, Sibr, feroit l'autre, s4l en espéroit la même impunité. Puis quand il se trouveroit des âmes assez perdues pour l'assister, sur quelles apparences, s'ils ont quelque lumière de bon sens, sauroient-ils fonder leur intercession ? Si par les qualités mes parties se pensent rendre considérables à mon préjudice , qui est-ce qui ne sait point qu'un nombre infini de personnes vivent encore à Marseille, qui ont vu arriver le père et l'oncle de Cauvet, et là, petits marchandots, avec des balles de cannelle, poivre, gingembre, raisins et autres telles denrées, commencer leur trafic, qui, de deux ou trois mille livres qu'ils pouvoient avoir alors, est abouti à près de deux millions , que tout le monde croit qu'ils aient cejourd'hui? Je n'ai parlé que du père et de l'oncle ; mais Cauvet, tout bardi qu'il est, oseroit-il nier qu'il n'ait fait le métier lui-même, et qu'assez de fois son nom n'ait été écrit au livre de l'écrivain du vaisseau ? Quant à Piles, si un secrétaire d'État, appuyé d'une perscmne qui pouvoit tout auprès d*i feu Roi votre père, ne lui eût fait donner la chétive capitainerie du château d'If, vacante par la mort d'un valet de chambre d'Henri troisième , ensuite de laquelle il a fait depuis quelques autres petites grivelées*, ne seroit-il pas à cette heure ou à Carpentras ou en Avignon, caché parmi ses parents dans les ordures de la honteuse condition où il est né? Pour ce qui est de moi, Siée, il est bien vrai que la muison des Bfalherbes de Saint- Agnan , dont je suis , et dont je porte le nom, est depuis deux cents ans en si mauvais termes qu'elle ne sauroit être pis, si elle n'étoit ruinée entièrement. Et quand je dis cela, je ne pense laisser rien à dire à mes ennemis. Mais il est vrai aussi que non-seulement dans l'histoire de Normandie, mais en la voix commune de tout le pays, elle est tenue pour l'une de celles qui suivirent il y a six cents ans le duc Guillaume à la conquête d'Angleterre, et que pour le justifier, l'écusson de leurs armes est encore aujourd'hui |)armi trente ou quarante des principales du temps, en l'abbaye de Saint- Étienne de Caen, dans une salle que la fortune, plutôt qu'autre chose, exempta du rav.ige que fit la fureur des premiers troubles

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