‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 226 sur 268 · I. Souvent n'est pas dans l'édition de i63o · texte numérisé non relu

I. Souvent n'est pas dans l'édition de i63o

a. Godeau a supprimé ici, dans l'édition de i63i, un membre de phrase qui ne se trouve que dans Tédition de i63o : c C*est pourquoi , encore qu'il fût à sou/taiter pour une plus grande perfection qu'à force de méditer sur son original , il en exprimât Jusques aux moindres trait t et qu'il prit même son style, néanmoins son principal dessein.. . »

i. Var. (édit. de i(>3o): Pour l'éloquence....

Mais nos oreilles sont aujourd'hui si délicates, et les plus puissantes vérités font si peu d'impression sur les espiîts quand on ne les dit pas de bonne grâce , que jamais ancien n*eiJt sitôt lassé ses lecteurs que ce divin philosophe', si Malherbe n'eût hardiment renversé ses périodes, changé ses liaisons pour faire la suite meilleure, retranché les mots qui paroissoient superflus, ajouté ceux qui étoient nécessaires pour T éclaircissement du sens, expliqué par circonlocution des choses qui ne sont plus en usage parmi nous, et adouci quelques 6gures dont la hardiesse eût indubitablement offensé les lecteurs. Un autre que lui ne se fût jamais servi avec tant de jugement et de retenue de ces libertés, absolument nécessaires pour bien traduire. Car s'il les prend dans les passages où sans elles il seroit indubitablement obscur^ il s^attache ailleurs avec une fidélité si scrupuleuse à sa pensée et à la forme de son style, que si Sénéque revenoit au monde, je ne doute point qu'il n'ajoutât au nombre des plus illustres bienfaits dont il parle dans ses livres, celui qu*il a reçu de Malherbe ' en une si excellente et si agréable version. Celle du trente-troisième livre de Tite live, que l'on a mise après, n'est pas moins excellente ; et si lui-même n'en avoit fait la préface, j'en toucherois un mot ensuite de ce que je viens de dire. Mais il a si judicieusement répondu aux objections que les critiques lui pouvoient faire, que ce seroit une témérité d'y vouloir ajouter quelque chose.

Je pense que tous ceux qui jetteront Tœil sur ces deux excellentes pièces seront de mon opinion, pourvu qu'ils soient raisonnables, et qu'ils n'admireront pas moins que moi les grâces qu'elles ont conservées en changeant de langue. Mais leur ravissement s'augmentera sans doute, quand ils liront la plupart de ces belles lettres ', dont il faut avouer que je suis charmé, et que chacun peut prendre pour de très-parfaits modèles des règles qu'il faut observer en ce genre d'écrire. Ce n'est pas mon dessein de traiter cette matière pleinement ; car elle désire un discours à part, et une parfaite

I. Vab. (édit. de i63o) : Quand on ne leur donne pas des ornements agréables pour leur plaire, que jamais auteur n*eut sitôt.... a. Dt Malherbe manque dans Tédition de i63o. 3. Var. (édit. de i63o}: Quand ils Tiendront à ces belles lettres....

oonnoissance des secrets de la rhétorique , dans lesquels je me confesse très-ignorant. Je ne veux rapporter ici ' que les maximes \e* plus communes, pour satisfaire les esprits de ceux qui ponrroient s'étonner de l'inégalité des pièces dont la seconde partie de ce livre est composée , plutôt que pour justifier Malherbe devant ses envieux , auxquels il me semble que je ne puis faire de réponse, sans reconnoître tacitement qu*ils sont capables de Taccuser.

Le discours, ou Toraison par laquelle Tesprit fait entendre ce qu'il a conçu, est de deux sortes : Tune libre, étendue, et comme négligée ; Tautre contrainte sous de certaines lois, renfermée dans quelques bornes, et parée avec un soin particulier. Sous la première espèce, les entretiens familiers et les lettres sont comprises'; sous la seconde, les actions publiques, soit qu'elles louent les grands personnages, soit qu'elles traitent des affaires d'État qui tombent en délibération, ou qu'elles servent pour défendre et pour accuser. Les maîtres de l'art donnent plusieurs règles pour reconnoître quand cette partie, qu'ils appellent composition, est parfaite dans les unes et les autres ; mais il me semble que toutes se peuvent rapporter à l'observation de ces trois choses : l'ordre, la liaison ou la suite, et le nombre. L'ordre ne range pas seulement les mots selon les règles de la grammaire ; il dispose les matières, donne la place aux raisons, selon qu'elles sont ou plus fortes ou plus foibles, et retranche ce qui est superflu, ou ajoute ce qui peut être nécessaire pour réclaircissement du sens. La liaison unit toutes les parties du discours, en forme un corps agréable*, et fait que celui qui lit ou qui écoute, étant conduit d'un point à Tautre par une méthode facile, imprime si parfaitement les choses dans sa mémoire, qu'elles n*en peuvent plus échapper. Le nombre chatouille les oreilles par la cadence agréable des périodes, lesquelles n'ctanr ni coupées, ni étendues*, ni mesurées avec

I. Vak. (cdit. de i63o) : Et beaucoup plus de connoissance des secrets de la rhétorique, à laquelle seule il appartient de régler les disputes de cette nature, que je n*en reconnois dans mon esprit. Je ne rapporte ici

a. Il y a le féminin dans les deux éditions de i63o et de i63i.

Page 1