Vab. (édit. de i63o) : De ses monstraeuses amours
DISCOURS DE GODEAU. 38i
mençoit à faire des vers, ou il suivoit Topinion commune , et tâchoit de gagner F esprit de ses lecteurs par un si célèbre témoignage d'humilité. Il a pu Pavoir pour msutre, mais il est devenu plus habile que lui ; et quiconque fera la comparaison de leurs ouvrages, trouvera sans doute son style beaucoup plus poli, la structure de ses vers plus belle, et ses pensées plus raisonnables. Toutes les richesses de la langue latine éblouissent les yeux dans ses ouvrages ; toutes ses délicatesses y chatouillent les oreilles ; et j'oserois quasi dire que nous n'avons point de source plus pure et plus abondante ^ Que peut-on imaginer de plus digne des triomphes du grand Auguste que ces belles odes où il les loue avec tant de grâce et de pompe, que chaque vers se peut appeler un chef-d'œuvre de l'art? Il ne s'en faut guère que celle qu^il adresse à Drusus et à Tibère ne réponde à la grandeur des victoires que ces vaillants princes avoient gagnées; et chacun sait l'estime que faisoit d'une autre le grand Scaliger ', dont il disoit qu'il eût mieux aimé être auteur, que de commander à un royaume'. Celle où il traite si cruellement la fameuse sorcière Canidia n'est pas moins parfaite en son genre ; et depuis que les Muses apprennent aux poètes à découvrir leurs passions avec quelque artifice, ontelles jamais inspiré à personne des sentiments si délicats que ceux du dialogue où il s'introduit lui-même parlant avec une de ses anciennes maîtresses? Je l'ai vu traduit par une excellente fille ^, que ses écrits rendent assez illustre, sans que j'en» treprenne de la louer, et si je m'y connois, cette copie a toutes les grâces qui se peuvent désirer. Mais nous n'avons guère sujet* de porter envie au siècle dans lequel ce grand homme a