‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 240 sur 268 · I. Brouillard · texte numérisé non relu

I. Brouillard

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Ils ne furent pas sitôt aux buttes dont l'ennemi s'étoit emparé, qu'ils se trouvèrent en vue. Cette rencontre inopinée ayant donné de la peur aux uns et aux autres, les fit demeurer sans rien entreprendre. Seulement envoyèrent-ils chacun en leur camp porter de leurs nouvelles. Comme ce premier étonnement fut passé, il n'y eut plus de moyen qu'ils s'empêchassent de venir aux mains. Le combat fut commencé par quelques-uns qui s'avancèrent à la tête de leurs troupes, et entretenu par ceux qui les vinrent soutenir. Les Romains, qui n'y faisoient pas bien leurs affaires, dépêchèrent vers leur général pour lui faire entendre leur nécessité. Il leur envoya quand et quand deux maîtres de camp, avec cinq cents chevaux et deux mille hommes de pied , Etoliens pour la plupart. Ce renfort ayant fait regagner aux Romains l'avantage qu'ils avoient perdu, il fallut que les Macédoniens à leur tour envoyassent quérir du secours. Philippe, qui à cause du grand brouillas ne s'étoit préparé à rien moins qu'à la bataille, et avoit envoyé la plupart de son armée au fourrage , demeura quelque temps qu'il ne sa voit à quoi se résoudre. Enfin, pressé par les messagers * qui lui arrivoient l'un sur l'autre , et déjà par l'éclaircissement du brouillas, voyant ses gens sur une butte la plus élevée de toutes, où ils se défendoient plutôt par l'assiette du lieu que par la force de leurs armes , il pensa qu'il valoit mieux tout hasarder, que d'en laisser perdre une partie à faute de la secourir. Il y envoya donc Athénagoras, coroneP de- ses mercenaires; et outre la cavalerie macédonienne et tliessalienne, lui bailla tout ce qu'il avoit de cavalerie étrangère, réservé les Thraces. A leur arrivée les Romains furent

I. Vab. (édit. de ifiai) : Messages, a. Vab. (édit. de i63i) : Colonel.

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si rudement poussés, qu'ils ne s'arrêtèrent qu'au fond de la vallée; et sans la cavalerie étolienne, Ù est vraisemblable qu'ils étoient pour avoir encore pis. Aussi certes est-ce^ la meilleure cavalerie qui fût alors en toute la Grèce. Pour leur infanterie, elle n'étoit pas si bonne que celle de leurs voisins.

VIII. Cet exploit ayant été figuré à Philippe plus a son avantage qu'il n'étoit, et de moment en moment lui étant rapporté que les Romains avoient l'épouvante, et qu'ils s'enfuyoient, il se résolut de mettre toute son armée en bataille; avec protestation néanmoins qu'il faisoit une faute, et que le temps ni le lieu ne lui plaisoient point. Quintius , par nécessité plutôt que par élection, en fit de même. D mit ses éléphants à la tête des enseignes, et laissant à la main droite ses troupes de réserve, prit le bataillon de la main gauche, et marcha contre les ennemis , disant à ses gens pour leur donner courage : Que les Macédoniens qu'ils avoient à combattre étoient ceux mêmes a qui malgré tant de montagnes et de rivières qui les couvroient, ils avoient fait quitter le pas d'Épirc, et ceux mêmes que sous la conduite de Sulpitius, ils avoient autrefois assiégés et forcés au même passage; que la réputation seule avoit jusques à cette heure-là maintenu le royaume de Macédoine, et qu'encore s'en falloit-il beaucoup qu'elle ne fût telle qu'elle avoit été par le passe. A la venue de Quintius et des troupes qu'il anienoit, les Romains qui étoient dans ce fond de vallée où ils avoient été poussés , retournèrent au combat , et eurent leur revanche de ceux qui les avoient fait fuir. Philippe avec ses porteurs de rondache et sa phalange, qui est ce que les Macédoniens tiennent pour la principale force de leurs

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