Vab. (édit. de i6ai) : Un général d'armée etuii roi
rière. Cela fut manié si dextrement, que ceux de la ville, que tout exprès Ton faisoit marcher devant le héraut, ne s*en aperçurent que Ton ne f(it au logis du général. A cette vue, se figurant que leur préteur les avoit trahis, ils demeurèrent grandement troublés , et jugèrent bien qu'en leur assemblée, qui étoit assignée au lendemain, la nécessité de complaire leur ôteroit la liberté d'opiner. Toutefois pource que c'étoit une affaire faite, et que d'en témoigner du déplaisir, c'eût été faire avec danger une chose qui n'auroit de rien servi, ils se résolurent de tenir bonne mine.
II. En cette assemblée, Attalus parla le premier. Le commencement de sa harangue fut un récit des bons offices que toute la Grèce, et particulièrement les Béotiens, avoient reçus de ses prédécesseurs et de lui. Làdessus la foiblesse de son &ge ne répondant pas à la véhémence de son action, il demeura tout d'un coup sans mouvement et sans voix, et le fallut emporter à son logis. Le trouble de cet accident fit pour quelque temps discontinuer la délibération. Connue il fut passé, Aristène, préteur d'Achaïe, prit la parole; et (îit son avis d'autant mieux reçu, que c'étoit le même qu'il avoit baillé aux Achaïens. Quintius, qui parla après lui, ne s'arrêta pas tant à magnifier les armes des Romains, qu'à donner bonne opinion de leur foi envers leurs amis. Cela fait, Dicéarque, député de Platées, proposa qu'il se falloit ranger au parti des Romains. A quoi ne se trouvant personne qui osât contredire , la chose passa selon son avis, et du consentement de toute la compagnie fut arrêté que le décret en seroit fait. L'assemblée finie, Quintius, qui par le moyen de cette alliance nouvelle et de celle qu'auparavant il avoit faite avec les Achaïens, ne laissoit rien derrière lui qui ne fût à sa dévotion, tourna toutes ses pensées à terminer la guerre
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contre Philippe. Et pour cet effet n ayant séjourné à Thèbes qu'autant que Vj obligea rinconvénient arrivé à Attalus, comme il vit que pour ce coup il étoit hors de danger, et que la fin de son mal ne pouvoit être qu'une débilitation de membres, il le laissa là pour achever de se guérir, et s'en revint à Ëlatie.
lU. Philippe , à qui le retour des ambassadeurs qu'il avoit envoyés à Rome avoit fait perdre toute espérance de paix , se mit à faire de nouvelles levées par tous les lieux de son royaume. Et pource que aux guerres que depuis longtemps lui et les siens avoient eues, tant par mer contre Attalus et les Rliodiens, que par terre contre les Romains, toute la fleur de ses hommes s'étoit perdue, il fit comprendre en cet enrôlement jusques à de jeunes garçons de seize ans. Que si parmi ceux à qui la vieillesse avoit fait donner des exemptions il s'en treuvoit qui eussent encore quelque reste de force pour la guerre, il les contraignoit d'y retourner. Sur la fin de mars, ayant ainsi refoumi son armée, il la mena à Dion ; où faisant journellement exercer ses soldats, il se prépa«roit pour la venue de Tennemi. Cependant Quintius partit d'Elatie, et prenant son cliemin par Thronion et par Scarphie s'en vint aux Thermopylcs, pour être à l'assemblée générale des Etoliens, qui s'alloit tenir à Héraclée. Il étoit question de savoir de quel nombre d'honmies ils assisteroient les Romains. L'affaire ayant été résolue, trois jours après il se rendit aux Xinies sur les confins des Enniens et des Thessaliens, où Phanéas lui amena tout aussitôt deux mille hommes de pied, et quatre cents chevaux, que les Etoliens lui envoyèrent. Comme il les eut reçus, il en partit à l'heure même; ce qui fit connoitre qu'il n'y avoit séjourné que pour les attendre. De là il s'en vint sur les terres de Phtie, où cinq cents Gortyniens, commandés par Cyndate, avec trois cents
Apoloniates en même équipage le vinrent joindre; et bientôt après le joignirent aussi douze cents hommes de pied qu'Aminandre lui amena. Philippe, qui vit les Romains sortis d'Elatie, se douta bien qu'ils le venoient chercher. Il pensa donc qu'il étoit temps de parler à ses soldats, et les mettre en humeur de se battre. Pour cet effet leur répétant des langages qu'assez souvent il avoit accoutumé de leur tenir, tant de la vertu de ceux de sa maison, que de la valeur des Macédoniens, il n'oublioit rien de ce qu'il estimoit pouvoir ou accroître leur espérance ou diminuer leur appréhension.
IV. Il leur disoit que si les Romains avoient eu quelque atteinte sur eux au bord de la rivière d'Aoiis, pource que les Macédoniens avoient été attaqués en un lieu où ils n'avoient pas eu moyen de former leur bataillon, ils en avoient eu leur revanche auprès d'Atrace, où sans autre avantage cpie celui du bras et du courage ils avoient fait tourner le dos aux Romains. Et quant à ce qui étoit du pas d'Epire, cpi'ils avoient abandonné, il disoit que la première faute de s'être laissé surprendre étoit venue de leurs sentinelles, et que pour la seconde de n'avoir pas bien combattu, elle se devoit imputer à je ne sais quels mercenaires et mal armés , et non pas aux Macédoniens, qui en cette occasion avoient fait tout ce que des gens de bien pouvoient faire, comme toujours ils feroient quand la partie seroit égale, et que le lieu ne donneroit point d'avantage à leurs ennemis. Son armée étoit composée de seize mille Macédoniens, qui étoit ce qu'il avoit de meilleur, deux mille hommes portant rondaches, deux mille Thraciens, avec autant d'IUyriens, de ceux qu'on appelle Tribales, et environ mille soldats l'amassés, que pour de Targent il avoit fait lever en divers endroits. Sa cavalerie étoit de deux mille
hommes. L'armée des Romains pouvoit être de même Maluiuibb. I ab
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nombre. S'ils avoient quelque chose plus que Philippe, ce n'étoit que ce que les Etoliens leur avoient envoyé.
V. Quintius s'étant venu camper auprès de Thèbes en Phtie, eut opinion de s*en pouvoir emparer par le moyen d'une inteUigence pratiquée avec un Dimon, qui étoit le premier honrnie de là dedans. Il s'approcha donc des murailles avec quelque cavalerie légère ; mais il se trouva si loin de son compte, par une furieuse sortie que firent sur lui ceux de la ville, que sans le secours de quelques gens de pied et de cheval qu'il fit venir du camp et qui arrivèrent à point nomjné, il étoit en danger d'être perdu. Comme il vit le niauvais succès d'une espérance qu'il n'avoit pas bien conçue, il ne s'y voulut pas opinifttrer davantage ; et sur l'avis qu'il eut que Philippe étoit déjà entré en la Thessalie, sans toutefois savoir en quelle part, il envoya ses soldats couper du bois, pour avoir de quoi fermer son camp Jorsqu'il en seroit besoin. L'invention de la palissade a bien été pratiquée par les Macédoniens et par les Grecs. Mais avec ce qu'ils y employoient des arbres si gros et si branchus, que les soldats déjà chargés de leurs armes étoient accablés de les porter, la clôture qui s'en faisoit n'étoit pas une fortification sur laquelle on se pût bien assurer; d'autant qu'en cette quantité de grosses branches, entre lesquelles il demeuroit de grands espaces vides, étant aisé de les prendre à plein poing, quand deux puissants hommes, ou trois au phis vcnoient à y mettre la main, il n'y avoit pieu si ferme qu'avec peu de peine ils n'arrachassent ; et depuis qu'il y en avoit un an^aclié, il y deraeuroit une ouverture aussi large qu'une porte, laquelle il n'étoit pas possible de boucher qu'avec beaucoup de loisir. Au contraire les pieux des Romains sont légers, et n'ont que deux ou trois fourchons, ou quatre pofir le plus; de manière que le soldat aNec ses armes pendues derrière le dos en peut
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encore porter plusieurs tout à la fois. Qui plus est, ils les fichent si près Tun de l'autre, qu'il est malaisé de juger de quelle tige partent les branches; et avec ce qu'ils en font le bout fort pointu , ils les entrelacent d'une façon qu'il n'y a moyen d'y passer la main pour les arracher, ni de les renverser en les poussant. Que si d'aventure l'ennemi en arrache quelqu'un, la brèche ne peut pas être si grande qu'il ne soit bien aisé d'y remédier.
VI. Quintius le lendemain faisant prendre des pieux à ses soldats , afin qu'en quelque lieu qu'il se trouvât il fût toujours prêt à camper, s'avança à une lieue et demie de Phères, et de là envoya découvrir en quelle part de la Thessalie étoient les ennemis. Philippe et oit alors aux environs de Larisse. Comme il sut que de Tlièbes Quintius étoit venu à Phères , il jugea bien que c'étoit en intention de se battre. Ayant donc de son côté le même désir, il marcha droit à lui et se campa à une lieue de Phères. Le lendemain étant allé des coureurs de part et d'autre pour se saisir de certaines buttes, qui étoient audessus de la ville, également proches des deux armées, comme ils se furent vus, ils en envoyèrent porter des nouvelles à leurs gens, et demander ce qu'ils avoient à faire. L'ordre qu'ils eurent fut de se retirer, comme ils firent. Le lendemain il y eut quelques escarmouches audessous de ces mêmes buttes , où principalement par le devoir que rendirent les Étoliens , les gens de Philippe furent maltraités et remenés battant jusque dans leur retranchement. Le lieu où ils se trou voient étoit plein d'arbres et de jardins, conune cela se voit ordinairement aux environs des villes, et les chemins resserrés entre des murailles de pierre sèche avoient si peu d'espace, et en quelques endroits étoient si embarrassés, qu'il n'étoit pas possible d'y faire un notable combat. Ils se résolurent donc les uns et les autres, comme s'ils eussent
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concerté ensemble, de s'ôter de là et s'en aller vers Scotuse, Philippe en intention d'y trouver des blés pour faire vivre son aimée , et Quintius avec dessein de Taffamer. I^es armées , à cause d'une rangée de petites montagnes qui les séparoit, marchèrent un jour sans se voir. La nuit venue , les Romains se logèrent à Erethrie, au terroir de Phtie, et Philippe le long de la rivière d'Oncheste. Le lendemain Philippe s'étant logé à Melambion, sur les terres de Scotuse, et Quintius à Thétidion, sur les terres de Pharsale , ils n'eurent non plus de nouvelles les uns des autres qu'ils en avoient eu le jour précédent. Le troisième jour il tomba une grosse pluie, à laquelle succéda une obscurité si grande qu'il sembloit qu'il fât nuit. Les Romains, craignant que l'ennemi ne se servît de cette occasion pour leur faire quelque surprise, ne bougèrent de leur logement.
VIL Philippe n'eut point cette appréhension, et sans perdi'e temps fit marcher son armée aussitôt qu'il eut cessé de pleuvoir. Mais étant le brouillas^ si épais, qu'il n'étoit pas possible ni à ceux qui portoient les enseignes de voir le chemin , ni aux soldats de voir les enseignes , ils ne faisoicnt que se fouiToyer , et sans savoir où ils alloient, comme gens égarés de nuit, tournoient indifféremment partout où ils étoient appelés. Comme ils furent au delà de certaines petites montagnes qui se nomment les Cynocéphales, ils y assirent de bons corps de garde, tant d'infanterie que de cavalerie, et se logèrent. Les Romains, sans partir de Thétidion, envoyèrent trois cents chevaux et mille hommes de pied apprendre ce que faisoit l'ennemi, et les avertirent de prendre garde à soi, pource que en ces ténèbres il n'y avoit lieu si découvert où il n'y eût moyen de se cacher.