‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 35 sur 268 · XXXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XXXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE

fisamment établie*, et, à vrai dire, à cette époque où les querelles étaient si fréquentes, où les parents et les aniis, se soutenant les uns les autres Tépée à la main, changeaient si souvent un duel en mêlée, il n^était pas toujours facile, quand un (les combattants restait sur le carreau, de savoir exactement par qui et comment il avait été frappé. Le récit de Tallemant me semble devoir se rapprocher assez de la vérité : « Voici, dit-il, comme ce pauvre garçon fut tué. Deux hommes d'Aix, ayant querelle , prirent la campagne ; leurs amis coururent après; les deux partis se rencontrèrent en une hôtellerie. Chacun parla h Tavantage de son ami. Le fils de Malherbe étoit insolent ; les autres ne le purent souffrir ; ils se jetèrent dessus et le tuèrent. Celui qu'on en accusoit s^appelait Piles. II n'étoit pas seul sur Malherbe; les autres Taidèrent à le dépécher. »

Marc-Antoine fut enterré dans Féglise des Minimes', à Aix, le surlendemain de sa mort, le 1 5 juillet, et ce jour même le bon Peiresc écrivait au malheureux père une lettre touchante, que nous donnerons plus loin '.

Malherbe, qui croyait et pouvait croire à un assassinat, poursuivit sans relâche les meurtriers, et surtout de Piles, que des témoins déclaraient avoir vu frapper Marc-Antoine avant que celui-ci « eût la main à Tépée*; n et il recommença comme demandeur le pénible chemin qu'il avait, les années précédentes, parcouru comme défendeur, pour ce même fils dont il voulait aujourd'hui venger la mort.

Un Extrait des registres du sénérhal d'Jix^ imprimé de quatre pages, qu'a bien voulu me communiquer le savant bibliothécaire de Grenoble, M. Gariel, et qui était demeuré inconnu aux biographes de Malherbe, donne quelques détails intéressants sur

I. Balzac ne parie de Taffaire que comme d'un duel. a. Aujourd'hui l'église des Dames du Sainte Sacrement. (Roux- Alpheran, Rtcfierches, p. Sg, note a.)

3. Voyez VAjtpendice^ p. ltv. Le 27 juillet 1^27, Malherbe n'avail )K>iDt encore reçu la nouvelle de la mort de son uls, car nous aroni de lui, à cette date, une lettre adressée à Peiresc et où il ne parle que de choses indifférentes.

4. Voyez à V Appendice, p. lv, une lettre inédite de Malherbe à M. de Bouillon.

SUR MALHERBE. ^ xxxix

les premiers résultats du procès*. Nous y apprenons (pic, « sur la requête de Damoiselle Magdeleîne de Corriolis, de la ville d'Aix, tant en son nom que comme femme et procuratrice générale de François de Malerbe, écuyer, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi, querellante en assassinat et meurtre commis en la personne de M. Marc-Antoine de Malerbe, lui vivant avcx^t au parlement de Provence, son fils, etc., > le sénéchal d*Aix prononçant, par défaut, contre les sieurs de Piles et de Bormes, les déclara, le i/î août 1627, un mois après le meurtre, « atteints et convaincus du cas et crime de meurtre et homicide douleusement' commis, » et les condamna à la peine de mort. Un troisième accusé, frère I.ouis de Villages, chevalier de Tordre de Saint-Jean de Jérusalem, bien que contumax, fut élargi à charge de se représenter « quand sera dit et ordonné. »

Le jour même, les condamnés appelèrent de cette sentence, qui ne les effraya pas plus que Malherbe n'avait été effrayé de celle qui, en des circonstances analogues et presque dans les mêmes termes, avait été rendue contre son fils deux ans aupa- x ravant.

Quelque temps après, il écrivait à un de ses amis de Provence qu'il attendait « que le conseil des parties fût établi en quelque lieu pour y continuer les poursuites contre les assassins et les mettre le plus avant qu'il pourroit dans le chemin de Grève. »

• Tout ce que je demande, ajoutait-il, c'est qu'on nous baille UD parlement. Les assassins disent qu'ils ne veulent pas de Grenoble. De ce côté-là nous sommes d'accord. Je me doute qu'ils voudroient Paris, mais je ne le veux pas. Le judaïsme s'est ctendu jusque sur la Seine. Il seroit à souhaiter qu'il fdt demeuré sur le Jordain, et que cette canaille ne fût point mêlée, comme elle est, parmi les gens de bien. Il n'y a remède. Ma cause est L>onne; je combattrai partout avec Taide de Dieu, fût-ce dans Jérusalem et devant les douze lignées d'Israël *. »

Il combattit, en effet, mais inutilement. Bien que Louis XIII

• l'eût exhorté à faire prendre les drôles, l'assurant que du

I. Voyez -en le texte à VJppendicf^ p. lvii. — a. Traîireuseiiient.

3. Cette lettre a été publiée pour la première fois, et d'après une ropie du temps, par M. Roux-Alnhcran (Recherches ^ p. 6a). Elle n'est point datée et ne porte point oe nom de destinataire.

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