‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 34 sur 268 · XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XXXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

travaille. » Ce « fripon d'officier » d'origine juive est probablement Paul Fortia, seigneur de Piles, dont il va être question tout à l'heure.

Cette mésaventure aurait dû servir de leçon à Marc-Antoine, mais il n'en fut rien ; et « la chaleur de la jeunesse^ » fit avorter les plans que son père avait formés. « Il y aura bientôt trois ans, écrit Malherbe à M. deMentinle i4 octobre 1626, que vous vous employâtes à me faire avoir pour mon fils un office de conseiller au parlement de Provence. Le traité qui s'en fit alors fut interrompu par une brouillerie qui lui survint*. » L'afiaire, que Malherbe traite si lestement de brouillerie^ était des plus graves, et elle est restée inconnue jusqu'ici à tous ses biographes, qui ont rapporté à la précédente les détails qu'ils avaient trouvés dans sa correspondance : il s'agissait d'un duel où Marc- Antoine avait tué son adversaire, un nommé Raymond Audebert ou Audibert, bourgeois d'Aix. Ceci se passait au mois de juin 1624. Les espérances que l'on avait d'abord données à Malherbe* ne se réalisèrent pas, et les

I . Peiresc, de retour à Aix, écrit à Malherbe le 6 décembre 16)3 : « Mme de Malherbe m*a communiqué certaine affaire concernant remploi de Monsieur Totre fils, à quoi je Toudrois bien pouvoir conuibuer quelque chose pour son contentement et le TÔtre, ayant un extrême regret de voir qu'un si subtil esprit, gui feroit des merveilles dans le monde, perde une si bcxme partie ae son temps au grand déplaisir de tous vos amis et serviteurs, et spécialement de ceux que vous avez dans notre Compagnie, qui seroient bien aises de lui tendre la main, de le dispenser, je m'assure, de tout ce qu'ils pourroient pour l'honneur de vous et de lui. Pensez-y, je vous supplie, tandis que votre service de par de là lui peut faire espérer plus de faveur auprès du Roi et de son conseil, et avant que la chaleur de la jeunesse le porte à quelques résolutions qui servissent par après d obstacle aux bonnes intentions de vos amis. Je crains bien que vous ne blimiez ma trop grande liberté, mais, etc. > (Bibliothèque de Carpentras, manuscrit cité, fo 54^.)

a. Cette lettre, qui est laxvin* du second livre dans toutes les éditions, y est datée à tort de 1616, au Heu de 1616. Le contenu ne laisse aucun doute sur la date véritable.

3. Dans une lettre écrite le 37 juin i6a4y pour « se condouloir avec lui du malheur arrivé à sou fils, qui a été universellement plaint par toute cette ville, » Peiresc dit : a Mais pour ce que c'est chose faite qui ne peut pas ne Tavoir été, je me persuade que ce mal pourroit être cause de quelque bien, si Monsieur votre nls vouloit un peu résoudre à l'avenu* de contenter ses parents, amis et serviteurs. La con-

SUR MALHERBE. tuvii

choses prirent une tournure si alarmante qu'il fit quitter la Provence à son fils. En effet, le lo octobre, une sentence du sénéchal d'Aix, rendue sur la poursuite de la veave et de ses enfants, condamnait Marc- Antoine à avoir la tête tranchée. Mais Malherbe, sachant bien qu'en pareille occurrence il ne fidlait que gagner du temps, envoya son fils en Normandie, comptant, « avec un million de gentilshommes, » sur un pardon général, dont le mariage de Madame avec Charles I*' devait être le prétexte ^

En attendant cette amnistie qui tarda assez longtemps, il parvint à faire évoquer l'affaire au conseil du Roi, qui la renvoya an parlement de Dijon, et il sut se faire appuyer près de ses nouveaux juges par une lettre fort pressante de IVIarie de Médicis*. La procédure fut longue ; enfin il obtint, en juin i6a6, des lettres de grâce, qui ne furent entérinées que le 1 3 février de Tannée suivante; mais Marc-Antoine, pour jouir de leur effet, dut, par arrêt de la Cour, payer les dépens et quinze coïts livres de dommages et intérêts à la veuve Audebert et ses enfants *.

(Snq mois après, jour pour jour, le 1 3 juillet, à quatre lieues d'Aîx, Marc-Antoine périssait à son tour dans une querelle avec Gaspard de &reet, baron de Bonnes, et avec le beaufrère de celui-ci, Paul de Fortia, seigneur de Piles, dont on a déjà vu le nom plus haut. Malherbe cria à l'assassinat, et l'on peut voir dans sa lettre à Louis XIIP en quels termes il parlait des meurtriers de son fils. L'accusation ne panut point suf-

ditioo des personnes auxquelles il a affaire est telle que l*on réduira à tout oe qo*il Toudra, et la qualité du fait est réduite, Dieu merci, 00 termes qu*il n*y aura rien que tous n*obteniez. » (Bibliothèque de Carpentras, manuscrit cité, P> 545.)

1. Lettre à Racan du i3 décembre 1634 : c U y a fort longtemps que je Tai envoyé en Normandie, où il passe son temps, à ce qu il ia*^arit, mieux qu'en lieu où il a jamais été. Je l'ai tiré d*ici pour la doute que j'avois que ses parties ne lui eussent tendu quelque piège, oomme certes j*ai découvert qu'ils avoientfait. Mais j'eus bon nez, de quoi bien lui prit et à moi aussi. Pattends, avec un million de gentibbommes, on pardon général de tous les duels, dont le mariage de Hadame sera le prétexte. »

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