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5. Si Ton veut avoir une idée de cette naïveté de Racau , on n*a
SUR MALHERBE. xly
des traits qu'O aurait pu, sans le moindre inconvénient, passer sous silence. A un autre point de vue, il nous a rapporté un certain nombre de mots et d'anecdotes où nous ne saurions découvrir le sel et la finesse qu'il voulait y voir. Il a beau nous dire : « Ces discours, ne se peuvent exprimer avec la grâce qu'il (Malberbe) les prononçoit, parce qu'ils tiroient lear plus grand ornement de son geste et du ton de sa voix ; » on se rappelle alors que lui Racan bégayait, et ne pouvant prononcer ni les c ni les r, ne devait pas être fort exigeant pour un homme qui s'avouait lui-même du pays de Balbut en Balbuiie ^
Dans un remarquable article de critique où, suivant son habitude, il a laissé peu de chose à dire à ceux qui viendront après lui', M. Sainte-Beuve a écrit ceci : « La probité subsiste même sous les défauts de Malherbe. Son caractère privé, bien qu'étroit, est solide, et suf&t à porter, sans jamais fléchir, sa grandeur lyrique. » Rien n'est plus juste ni plus vrai. Si Malherbe était brusque et emporté*, il pouvait se vanter ■ d'avoir une âme ennemie de dissimulation » et « de prétendre en finesse moins qu'homme du monde. » U eut et mérita de
qa*à lire une lettre où il consulte sérieusement Chapelain sur un conte ordurier qu'il ayait mis en vers, et se montre uniquement préoccupé du soin d'ériter un hiatus. Voyez Œuvres de Raean^ Bi-) oliothèque elzévirienne, tome I, p. 337.
I. Tallemant, qui rapporte ce mot (tome I, p. 287), dit de plus : t Malherbe gitoit ses beaux vers en les prononçant, outre qu*on ne Tentendoit presque point, à cause de Tempéchement de sa langne et de Tobscunté de sa voix : avec cela, il crachoit au moins six fois en disant une stance de six vers. (Test pourquoi le cavalier Marin disoit qn*il n*avoit jamais vu d'homme plus humide, ni de poëte plus sec. A cause de sa crachoteriez il se mettoit toujours auprès de la cheminée. » Tallemant a emprunté ce passage à Balzac, qui ajoute : f Malherbe disoit les plus jolies choses du monde ; mais il ne les disoit point de bonne grâce, et il étoit le plus mauvais récitateur du monde. »
a. Retfue européenne ^ i5 mars iSSg. Cet article, où M. Sainte- Beuve a résumé plusieurs de ses travaux antérieurs, est intitulé : Malkerke, — Je ferai seulement quelques réserves sur quelques-unes de Ks appréciations du caractère du poëte.
3. Il Tétait assez pour s'être oublié un jour jusqu'à souffleter la (lame de ses pensées, la vicomtesse d'Auchy : voyez Tallemant, tome I, p. 3oi. Nous publierons la lettre d'excuse qu'il lui écrivit à
ce
sujet.
XLvin NOTICE BIOGRAPHIQUE
et Ton trouvera dans sa biographie par Racan, dans nos commentaires et dans V Historiette de Tallemant, bien des particularités qu'il était inutile de répéter ici. Quant aux jugements sur ses œuvres, nous nous en sommes abstenu le plus possible afin de nous conformer au plan fort sage adopté pour la CoUeotion des grands écrivains de la France^ dont fait partie le présent ouvrage. Cette lacune sera facilement réparable pour les lecteurs; placé sur le seuil du dix-septiéme siècle où il eut à la fois à combattre les derniers efforts de la Renaissance et à frayer le chemin aux nouveaux venus, s'offrant ainsi le premier à ceux qui se livrent à Tétude de cette grande époque , et ayant d'ailleurs le bonheur d'appartenir à une province jalouse entre toutes de la gloire de ses grands hommes , Malherbe a été depuis GcKleau et Ménage l'objet de nombreux travaux. Cependant si nous ne prenons pas la parole pour nous-méme, nous pouvons la céder à un autre; et l'on nous permettra de terminer cette notice en donnant une appréciation tracée par un chartreux , le seul de son ordre peut-être qui, en France, se soit occupé de critique littéraire : Bonaventure d'Argonne, plus connu sous le pseudonyme de Vigneul- Marville* :
« Malherbe, dit-il, étoit né avec un génie heureux pour la poésie, principalement {>our la poési« lyrique. Il avoit de l'élévation dans Tesprit, de la noblesse dans les pensées et de la force dans l'expression. En un mot, Malherbe savoit louer ; ce qui est tout dire en ce genre de poésie.
« Son plus grand mérite vient de ce qu'il a pu vaincre le phébus de son siècle, et qu'en imitant les Grecs et les Latins, il n'a point pris cet air de collège et de fausse érudition affecté par Ronsard.
« Malherbe étoit flegmatique et donnoit beaucoup de temps à la composition de ses ouvrages, à imaginer ses desseins et à tourner ses vers. J'ai ouï dire qu'il ne faisoit ses odes que par petits morceaux, un vers d'un côté, un vers de l'autre.... Quelque peine qu'il ait prise dans ses compositions, il n'a point tant réussi que lorsque, s'abandonnant à son bon natii-
I. Il était lié six an» après la mort de Malherbe, en i634, ^t mourut eu 1704.
SUR MALHERBE. xlix
rd, il a écrit avec rapidité ce qui lui venoit à la pensée. Nous en avons un exemple qui saute aux yeux dans les stances à M. du Périer, où, après avoir sué longtemps, sa veine venant à s'ouvrir, il fait voir plus de grâce, d'unifurmité et de bon sens en trois stances qui nous dépeignent la mort, que dans tootes les autres quHl s'est arrachées de Tesprit.
< Cest là mon sentiment. Monsieur, touchant ce rare poète, doDt vous avez voulu que je parlasse avec liberté.... Adieu, pcrge me anutre *. >
I. G>pie autographe des lettres de Bonaventure d*Argonne. Lettre i Tabbé de L.... (le nom est effacé), manuscrit de la Bibliothèque de Grenoble, n® 889, p. 5a. — Cette lettre que nous croyons inédite est lans date.
LuD. Lalanne.
HALHUBa.