LETTRE DE RICHELIEU A MALHERBE
Bayle, dans son piquant article sur Malherbe, dit ceci : « Je ne trouve pas qu'il ait eu beaucoup de part à TafiTection du cardinal de Richelieu. Par malheur pour ce grand poète, ses épargnes d'e>prit furent connues de ce cardinal. ■ Que Richelieu ait été peu flatté de voir Malherbe lui offrir un jour des vers qui n*avaif nt point été faits à son intention , je Tadmets sans difQculté^ Mais il n'en garda pas longtemps rancune au poète, comme le prouve la lettre suivante, qu'il lui adressa le i5 mars 1628, lorsque Malherbe lui eut envoyé TOde contre les Rochelois, où six strophes lui sont consacrées '.
« ▲ HONSICUA DE MALHERBE.
c i5 mars (1628).
t Monsieur, j*ai -va vos vers qui font voir que M. de Malherbe est et sera toujours lui-même tant qu*il plaira à Dieu le consenrer. Je ne dirai pas seulement que je les ai trouvés excellents, mais bien que personne de jugement ne les lira qui ne les reconnoisse et avoue tels. Les meilleurs esprits vous doivent cet hommage d'approuver tout ce qui vient du vôtre comme parfait. Je prie Dieu que d*ici à trente ans vous nous puissiez donner de semblables témoignages de
I. Voyez plus loin, p. 3i3, la notice de la pièce cxviii. a. Voyez plus loin, pièce cm, p. 279.
APPENDICE DE LA NOTICE BIOGRAPHIQUE. li
la Tcrdeor de votre esprit, que les années n*ont pu faire TÎeillir qa'antant qu'il falloit pour Tépurer entièrement de ce qui se trouve quelquefois à redire en ceux qui ont peu d'expérience, aux jeunes gens. Pour vous donner lieu de passer ce temps commodément, j'écris de bonne encre à M. d'Efïiat, touchant le mémoire que vous m'avez envoyé, et lui fais connoitre que le Roi a tant d'inclination à favoriser les gens de mérite, qu'assurément il feroit contre son mtendon si vos affaires étoient sans recommandation en son esprit. .\sftarez-vous que j'embrasserai tous vos intérêts comme les miens propres, et que personne n'est plus que moi, etc., etc.*. »