Voyez p. XXI, note a
PAR RACAN. Lxv
ses affaires, il avoit tout à fait quitté cet exercice, et qu'il ne falloit point que personne s'en mêlât après M. de Malherbe, gentil homme de Normandie, habitué en Provence; qu'il avoit porté la poésie françoise à un si haut point que personne n'en poQvoit jamais approcher.
Le Roi se ressouvint de ce nom de Malherbe ; il en parloit jdavent à M. des Yveteaux*, qui étoit alors précepteur de M. de Vendôme. Ledit sieur des Yveteaux, toutes les fois qu'il lui en parloit, lui offroit de le faire venir de Provence; mais le Roi, qui étoit ménager, craignoit que le faisant venir de si lom , il seroit obligé de lui donner récompense , du moins de la dépense de son voyage ; ce qui fut cause que M. de Malherbe n'eut l'honneur de faire la révérence au Roi que trois OQ quatre ans après que M. le cardinal du Perron lui en eut parlé; et par occasion étant venu à Paris pour ses affaires particulières, M. des Yveteaux prit son temps pour donner avis au Roi de sa venue , et aussitôt il l'envoya quérir. G'étoit en fan i6o5. Comme il étoit sur son parlement pour aller en Limousin^ il lui commanda de faire des vers sur son voyage; ce qu'il fit et les lui présenta à son retour. C'est cette excellente pièce qui commence :
O Dieu, dont les bontés de nos larmes touchées *....
Le Roi trouva ces vers si admirables qu'il désira de le retenir à son service, et commanda à M. de BcUegarde de le garder jusques à ce qu'il l'eût mis sur l'état de ses pensionnaires. M. de Bellegarde lui donna sa table , et l'entretint d'un homme et d'un cheval, et mille livres d'appointements'.
Ce fut où Racan , qui étoit lors page de la chambre sous M. de Bellegarde, et qui commençoit à rimailler de méchants vers, eut la connoissance de M. de Malherbe, de qui il a appris ce qu'il a témoigné depuis savoir de la poésie françoise,
I. Nicolas Vauquelin , sieur des Yveteaux, né vers i5()7, mort ni 1849. Tallemant des Réaux lui a consacré une historiette. Ses (ravres poétiques ont été publiées en i854 P^r ^1« ^* Blanchemaiu. Piris, Aubry, in-Ô*».
). Voyez plus loin, p. 69, pièce xvi!i.