‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 56 sur 268 · Détourner · texte numérisé non relu

Détourner

4* Dans les anciennes éditions on lit : « Si ce n*est un sonnet, ce sont des rers ; » ce qui rappelle fort les épi grammes à la (grecque dont il vient d*étre parlé.

5. Cest la première des Épàres de Régnier. Elle parut en 1608.

6. Liiez puiné; car Malherbe était Tidrié de la famille. Ce frère

Lxxii VIE D£ MALHERBE

procès, et comme un de ses amis le plaignoit de cette mauvaise intelligence, et que cVtoit un malheur assez ordinaire d*avoir procès avec ses proches, M. de Malherbe lui dit qu*il ne pouvoit pas en avoir avec les Turcs et les Mosco^dtes, avec qui il n'avoit rien à partager.

Il perdit sa mère environ Tan i6i 5, qu'il étoit âgé de plus de soixante ans, et comme la Reine mère envoya un gentilhomme pour le consoler, il dit à ce gentilhomme qu'il ne pouvoit se revancher de l'honneur que lui faisoit la Reine qu'en priant Dieu que le Roi son fils pleurât sa mort aussi vieux qu'il pleuroit celle de sa mère.

Il ne pouvoit souffrir que les pauvres , en demandant Taumône, dissent : « Noble gentilhomme ; » et disoit que cela étoit superflu, et que s'il étoit gentilhomme il étoit noble.

Quand les pauvres lui disoient qu'ils prieroient Dieu pour lui, il leur répondoit qu'il ne croyoit pas qu'ils eussent grand crédit envers Dieu, vu le mauvais état auquel il les laissoit en ce monde, et qu'il eût mieux aimé que M. de Lnynes ou quelque autre favori lui eût fait la même promesse.

Un jour que M. de Termes reprenoit Racan d'un vers qu'il a changé depuis, où il y a voit, parlant d'un homme champêtre :

Le labeur de ses bras rend sa maison prospère *,

Racan lui répondit que M. de Malherbe avoit usé de ce mot prospère de la même sorte en ce vers :

O que la fortune prospère'....

M. de Malherbe, qui étoit présent, lui dit assez brusqueest relui que dans VÉjùtaphe de M. d'Is (voyez p. lo, pièce rv), il appelle le grand Êléazar mon frère. Voyez plus loin, p. 333 et suivantes, y Instruction de MaUierbe à son fils,

I. Voyez les OEuvres de Bacan (bibliothèque elzévirienne), tomel, p. 196. Ùe vers a été ainsi modifié par Tauteur ;

Il laboure le chamjp que labouroit son père.

a. C'est le douzième vers de la pièce xix (voyez p. 76). Seulement il est imprimé ainsi :

O que nos fortunes prospères....

PAR RACAN. Lxxiii

ment: « Eh bien, mort Dieul si je fais un pet^ en voulez-voas faire an autre? »

Quand on lui raontroit quelques vers où il y avoit des mots superflus et qui ne servoient qu'à la mesure ou à la rime, il disoit que c'étoit une bride de cheval attachée avec une aiguillette.

^Un homme de robe longue, de condition, lui apporta des veVs assez mal polis, qu'il avoit faits à la louange d'une dame, et hii dit, avant que de les lui montrer, que des considérations Tavoient obligé à faire ces vers. M. de Malherbe les lut avec mépris, et lui demanda, après qu'il eut achevé, s'il avoit été condamné à être pendu ou à faire ces vers-là , parce que à moins de cela il ne devoit point exposer sa réputation en produisant des ouvrages si ridicules'.

S^étant vêtu un jour extraordinairement, à cause du grand froid qu'il faisoit, il avoit encore étendu sur sa fenêtre trois on quatre aunes de frise verte; et comme on lui demanda ce qu'il vouloit faire de cette frise, il répcmdit brusquement, à son ordinaire : « Je pense qu'il est avis à ce froid qu'il n'y a plus de frise dans Paris; je lui montrerai bien que si. »

En ce même temps , ayant mis à ses jambes une si grande quantité de bas, presque tous noirs, qu'il ne se pouvoit chausser également qu'avec des jetons, Racan arriva en sa chambre comme il étoit en cet état-là, et lui conseilla, pour se délivrer de la peine de se servir de jeUms, de mettre à chacun de ses bas un ruban de quelque couleur, ou une marque de soie qui commençât par une lettre de l'alphabet, comme au premier un ruban ou une lettre de soie amarante, au second un bleu, au troisième un cramoisi, et ainsi des autres. M. de Malherbe approuva le conseil et l'exécuta à l'heure même, et le lendemain, venant dîner chez M. de Bellegarde, en voyant Racan il lui dit, au lieu de bonjour : t J'en ai jusques à l'L; > de quoi

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