Dans les anciennes éditions : Si Je fais une sottise
a. Cest à peu près ce qu'Alceste dit à Oronte dans le Misanthrope,
Comparez la lettre xi de Racan à Chapelain, dans le tome I, p. 344»
de Tédition de MM. de Latour.
Lxxiv VIE DE MALHERBE
tout le monde fut fort surpris, et Racan même eut de la peine à comprendre d'abord ce qu'il vouloit dire, ne se souvenant pas alors du conseil qu'il lui avoit donné, pour expliquer cette énigme.
Il disoit aussi à ce propos que Dieu n'avoit fait le froid que pour les pauvres et pour les sots, et que ceux qui avoient le moyen de se bien chaufTer et bien habiller ne dévoient point souffrir de froid.
Quand on lui parloit des affaires d^État , il avoit toujours ce mot en la bouche , qu'il a mis dans Tépître liminaire de Tite Live adressée à M. de Luynes : qu'il ne falloit point se mêler de la conduite d'un vaisseau où Ton n'étoit que simple passager.
Un jour que le roi Henri le Grand montra à M. de Malherbe la première lettre que le feu roi Louis XIII lui avoit écrite, et M. de Malherbe y ayant remarqué qu'il avoit signé Lnïs sans u pour Louis ^ il demanda assez brusquement au Roi si Monsieur le Dauphin avoit nom Lois? De quoi le Roi se trouvant étonné, voulut savoir la cause de cette demande. Alors M. de Malherbe lui fit voir qu'il avoit signé LoïSy et non pas Louis, Cela donna sujet d'envoyer quérir celui qui montroit à écrire à Monsieur le Dauphin, pour lui enjoindre de lui faire mieux orthographier son seing avec un w, et c'est pourquoi M. de Malherbe disoit qu'il étoit cause que le feu Roi avoit nom Louis,
Comme les états généraux se tenoient à Paris , il y eut une rande contestation entre le tiers état et le clergé, qui donna sujet à cette belle harangue de M. le cardinal du Perron*, et cette affaire s'échauffant, les évéques menaçoient de se retirer et de mettre la France en interdit. M. de Bellegarde entretenant M. de Malherbe de l'appréhension qu'il avoit d'être excommunié, M. de Malherbe lui dit, pour le consoler, qu'au contraire il s'en devoit xéjouir, et que, devenant tout noir, comme sont les excommuniés, cela le délivreroit de la peine
I. Le 2 janvier i6i5. U «^agissait de répondre à divers articles que le tiers état avait mis en tête de ses cahiers, et entre autres à celui qui demandait que la couronne de France fût déclarée indépendante du pouToir spirituel.
PAR RACAN. Lxxv
q!i*il prenoit tous les jours à se peindre la barbe et les cheveux.
Une autre fois il disoit *à M. de Bellegarde : « Vous faites bien le galant et Tamoureux des belles dames ; lisez-vous encore à livre ouvert? » qui étoit sa façon de parler pour dire s'il ëtoit toujours prêt à les servir. M. de Bellegarde lui dit qu'oui; à quoi M. de Malherbe répondit en ces mots: « Pardieu I Monsieur, j'airaerois mieux vous ressembler de cela que de votre daché et pairie. »
Vn jour Henri le Grand lui montra des vers qu'on lui avoit donnés, qui commençoient :
Toujours rheur et la gloire Soient à votre côté !
De vos faits la mémoire Dure à Tétemité !
M. de Malherbe, sur-le-champ, et sans en lire davantage, les retourna en cette sorte :
Que Tépée et la dague Soient à Totre côté ; Ne courez point la bague Si TOUS n*étes botté;
et là-dessus se retira sans faire aucun jugement.
Je ne sais si le festin qu'il fit à six de ses amis et où il faisoit le septième pourroit avoir place en sa vie. D'abord il. n'en avoit prié que quatre, savoir ; M. de Fouquerolles , enseigne ou lieutenant aux gardes du corps; M. de la Masure, gentilhomme de Normandie, qui étoit à la suite de M. de Bellegarde ; M. de Colomby et M. Patris* : ce dernier est à présent au service de S. A. R.', capitaine de son château de limours. Mais le jour de devant que se dnt faire le festin, Yvrande' et Racan revinrent de Touraine, de la maison de Racan, venant descendre chez M. de Malherbe. A l'heure même qu'il les vit, il commanda à son valet d'acheter encore deux chapons, et les pria de dîner le lendemain chez lui. Enfin, pour le faire