‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 73 sur 268 · ATTRIBUÉES A MALHERBE · texte numérisé non relu

ATTRIBUÉES A MALHERBE

En 1776 les Affiches de Normandie signalèrent comme existant dans un manuscrit de la Bibliothèque du Roi un rondetu sur rimmaculée Conception, rondeau qui portait le nom de Malherbe. Cette pièce ne fut pourtant publiée qu*en i855, par M. G. MancePy d* après une copie transcrite dans un manascrit de la Bibliothèque de Caen , intitulé : les Trois siècles paUnO" diqties^ de Tabbé Guyot. En voici le texte, quej*ai revu sur le manuscrit qui se trouve encore aujourd'hui à la Bibliothèque impériale ' :

Rondeau ou la Vierge réfute Une disjunctive improbable ^ Faisant sa contraire probable ^ Qui evidanunent la confute,

Ou Dieu a peu ce qu'il n'a touIu fere : Ou a voulu et n'a peu ce parfaire ; Ou il a peu et voulu , rt n'a faict Que mon corps fust en nature parfaict.

(.'hacun implique, et Topposite infère, Qu'il soit ainsy, raison peult satisfaire Pour son vouloir, son vouloir ne diffaire A son poToir, ne le vouloir au faict.

Ou Dieu a peu....

Ou a voulu. ..

Ou il a peu....

Droict filial en grâce me préfère

Aux aultres corps , et taut d'honneur confère

I . Rondeau inédit de Malherbe sur l'immaculée conception , Cmd 9 le Gost-Clerisse, i855, 8 p. in-8. Tiré à cinquante exemplaires, a. Fonds français, ja9 3oo (^olim 6989), in- fol. sur vélin.

PIECES ATTRIBUÉES A MALHERBE, cxvii

Qne fik ponr mcre a peu mettre en eflect; Par oonseqiieiit la loy de Tice infect A mon concept formellement défère.

Ou Dieu a peu....

Si M. Mancel avait recoum à ce manuscrit, il n'aurait pas hésité un instant à reconnaître à quel point était peu fondée cette attribution d*un pareil rondeau. En effet, par son écritore gothique et ses miniatures, le manuscrit est certainement antérieur à i54o^; or, Malherbe est né en i555. D^ailleurs, à défaut d^autrc preuve, le style de la pièce suffirait seul à démontrer que jamais il n'a pu ctre Tautcur d'un pareil galinntias.

Le Malherbe qui a laissé cet échantillon de son talent poéliqiie appartenait-il de près ou de loin à la famille de François? Je n^en sais absolument rien, et la chose, à vrai dire, est fort indifférente.

En i834 M. 1 abbé de la Rue réimprima', dans le tome III de seî> Essais historiques sur les bardes y les Jongleurs et les trouvères mrmanfis et anglo-normands^ un opuscule publié en i Sgo, sans nom d'auteur , sous le titre de : le Bouquet des fleurs de Se' iffque, Caen, chez Jacques le Bas, in-4. C'est un recueil de huit odes, traitant de sujets philosophiques, et ayant chacune une épigraphe tirée de Técrivain latin. Le livre est imprimé à Caen, patrie de Malherbe ; il est inspiré de Sénèque, dont Malherbe a traduit les Bienfaits et les Épttres* : voilà , à ce qu'il me semble, les seules raisons qui ont pu porter M. de la Rue

I. Dans son Catalogue des manuscrits (tome III, p. 267), M. Paulin Paris n*hésite pas à assigner au manuscrit la date de i536 ou 1537. n noos semble qne les vers mêmes sont bien antérieurs à cette ditf.

). Il en fut fait la même année un tirage à part intitulé : le Boufut des fleurs de Sénèque ^ poésies inédites de Mtuherbey Caen, Mancel, ■834, 3i p. gr. in-8.

3. U n^était pas besoin d*étre traducteur de Sénèque pour com-

> poKr un pareil Bouquet ; longtemps avant i $90, on avait publié : Flores

Inror excerpti ab Ërasmo, emendati ab Ant. Goino , Anvers, i539 ,

\. is^; Flores utriusque S enecse morales, Paris, Gorbinus, 1574» in-ii;

fUres Senecm de morièus, sans date, in-8» etc.

cxviii PIÈGES ATTRIBUÉES A MALHERBE.

à l'attribuer à Malherbe. Je dis : à ce qu'il me semble; car il n'en a donné aucune et s'est contenté d'émettre ses assertions avec une assurance aussi grande que si le nom de Malherbe eût figuré sur le titre et que le poëte eût raconté dans une préface l'histoire de ces poésies ^ Or, comme je vien» de le dire, le volume de i Sgo est anonyme ; on n'y trouve ni dédicace, ni préface , ni avertissement, ni privilège quelconque, c'est-àdire pas une seule de ces pièces qui peuvent fournir des renseignements; et, de plus, Texamen des vers, loin d'être favorable à la thèse de M. l'abbé de la Rue , fait au contraire arriver à des conclusions diamétralement opposées.

D'abord, si Malherbe eût été réellement l'auteur de ces poésies, qui ne manquent pas d'un certain mente, il serait malaisé d'expliquer qu'aucun souvenir ne s'en fût conservé dans les écrits de ses compatriotes et de ses contemporains, et qu'on n'en retrouvât pas la moindre trace soit dans sa correspondance, soit dans sa Fie par Racan. Pourquoi d'ailleurs n'anrait-il pas signé ce livre? il n'en était point à ses débuts, puisque trois ans auparavant, en i587, il avait publié à Paris les Larmes de saint Pierre,

A ces difficultés viennent s'enjoindre d'autres tirées des vers eux-mêmes. Quelques-uns n'ont jamais pu être écrits par Malherbe, comme :

S' un fils ingrat aux bienfaits de son père. Qui n*a vu iC Athènes ni Rome ;

1. « Loin de la cour et de la capitale, dit M. Tabbé de la Rue, c'est dans la solitude qu'il (Malherbe) médite et se pénètre de la morale de Sénèque, en traduisant presque toutes ses épîtres ; et sa philosophie le charme tellement, qu elle inspire bientôt sa mnse; aussi le sujet de ses premières edes est -il toujours pris dans une sentence du philosophe qui fait ses délices , et comme , par sa naissance et son mérite , il était en rapport avec les familles les plus distinguées de la Normandie, c'est aux personnes les plus marquantes de cette proviDoe quHl adresse ses premières productions. Malherbe les réunit en i $90 et les fit imprimer à Caen, sous le titre de Bouquet des fleurs de Sé^ nèque. Cet ouvrage passa absolument inaperçu dans la capitale, alors dominée par la Ligue, et dans les provinces agitées par la guerre civile; aussi est-il devenu excessivement rare et siosolument inconna aux premiers comme aux derniers éditeurs des œuvres de Malherbe. » (Tome III, p. 355.)

PIÈCES ATTRIBUÉES A MALHERBE. cxix

ou bien encore ceux-ci, dont il se serait moqué s'il les avait trouvés dans Desportes :

Un niisselet argentelet,

An bord moasselet, doucelet, etc.

Puis est-ce bien Malherbe qui a pu dire en 1 690 :

Si mes parents sont morts, ils ont payé la dette Qu*on doit en ce séjour,

quand son père et sa mère vivaient encore? En outre, dans ces vers parsemés d'invectives contre les ntkéistes sans souci et \t% pourceauj: tTÉpicure^y règne un profond sentiment philosophique et religieux qui s'accorde peu avec ce que l^on sait de son genre de vie et de son caractère , et dont on ne rencontre aucun vestige dans ses écrits.

Il me semble que la discussion peut se résumer ainsi : d'un côté, aucune espèce de motif plausible pour attribuer ces pièces à Malherbe; de Tautre, raisons suffisantes pour lui en refuser la paternité. On ne s'étonnera donc pas de ne point voir figurer dans notre édition le Bouquet des fleurs de Sénèquc^.

Dans le tome III (p. 354) du même ouvrage, M. Fabbé de la Rae mentionne, comme se trouvant dans un manuscrit du docteur J. de Cahaignes, dont nous avons déjà parlé (p. x), la traduction en vers par Malherbe, alors âgé de vingt ans, d'une épi- Uphe composée en latin par ledit de Cahaignes. On ne sait à Caen, du moins c'est la réponse qui m'a été faite, où Ton peut trouver cette pièce. Dans le même article où il a donné le sonnet à Perrache (voyez plus haut, p. cxii), M. Éd. Fournier a encore réimprimé une chanson qu'il a tirée du Doux entretien des bonnes compagnies^ i634> in- 12. Ce livre est un recueil

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