PAR MONSIEUR DE MALHERBE
Belle, quand te lasseras-tu De causer mon martyre?
— Je n*ons ni biauté ni vartu ; Cela vous plait à dire.
Portez vos biaux discours ailleurs, Car je n^aimons point les railleurs.
Je ne te raille nullement Quand je te nomme belle.
— Je sommes belle voirement, Mais c*est à la chandelle ;
Ce niantmoins pas un sermonneur N*a rien gannié sur notre honneur.
Tu sais bien, si tu me connois, Que je ne dissimule.
— Vous donnez le goût à la noix, Vous sucrez la pilule ;
Framis qui ne vous connoitroit Peut bien dire qu*il eu tenroit.
Faut-il voir tant de cruauté Parmi tant de mérite ?
— Si vous appelez laideur beauté, J*avons sen que vous dite ;
La, la, Monsieur, tous vos rébus Ne passont point pour Jacobus.
Il n*Y a beauté sous le ciel Qui soit à toi semblable.
— Si vous voulez parbolizer, Allez à tous les diable,
Avecque tout votre jargon Qui ne vaut pas un patagon.
En France, je suis admiré (^omme chose adorable.
— Si vous vous étiez bien miré,
PIÈCES ATTRIBUÉES A MALHERBE, cxxi
Voas iriez à Tétable ; Car TOUS êtes un âne bien fait.
Tant en paroles qu*en effet.
N*aimer pas un sujet si beau,
C*est faire mille crimes.
— C'est à Nicolle du Poirïciau
Qu'il faut conter ces rimes.
A répondra, car elle a lu Les livres du père Goullu *.
Je ne peax me fîgurer que Malherbe ait composé de pareils vers. Le titre du volume portant que la pièce en question, comme toutes les autres, était, en i63/|, composée depuis troismotSj ne suffit-il pas pour éveiller la défiance, car à cette date il y avait cinq ans que Malherbe n'était plus de ce monde? L'erreur est si grossière que, pour l'expliquer, j'avais d'al)ord supposé que ce recueil était une réimpression d'un livre publié aDtérieurement et dont on aurait seulement rajeuni la date. Mais le privilège est bien de i634 (la juillet). Mon hypothèse est donc inadmissible. Enfin, le style de la chanson est tel, il diflere si complètement de tout ce que Ton connaît de notre poète, que je n'hésite pas à croire qu'il y a eu ici supercherie ou erreur du libraire*.
On trouve dans le tome III, p. 378, de l'édition de Tallemant des Réaux, par M. P. Paris, une notice sur la célèbre Mme des Loges, notice tirée des manuscrits de Ccnrart, et dans laqiielle on lit ce qui suit :
c II a été fait une infinité de vers et autres pièces à sa louange, et il y a un livre tout entier, écrit à la main, rempli des vers des plus beaux esprits de ce temps, au frontispice
I. Dom Jean Goulu, général des Feuillants, mort en 1639. Il a publié entre autres douze lettres de Philippe à Âriste, où il critique nTement Bahac. — On a fait sur lui une épitaphe qui commence ainsi :
Ci-git non un goulu de vivres,
Mais un goulu des meilleurs livres, etc.
a. Le fils de Malherbe avait fait des vers qui sont perdus. Cette clitnson serait-elle de lui ? Je donne cette conjecture pour ce qu*elle
'aut.
cxxii PIÈCES ATTRIBUÉES A MALHERBE.
duquel sont écrits ceux-ci , qui ont été faits et écrits par feu M. de Malherbe :
Ce livre est comme un sacré temple , Où chacun doit, à mou exemple, Offrir quelque chose de prix.
Cette offrande est due à la gloire D'une dame que Ton doit croire L*ornrment dos plus beaux esprits. »
Ces vers, qui sont sans doute de Malherbe, n'ont point encore été réunis a ses OEuvres, Nous en dirons autant d'une épigrammc^ citée dans sa Fie^ par Racan; mais de telle nature qu'il est impossible de la faire figurer dans notre édition ^
On trouve encore dans quelques recueils imprimés ou manuscrits des pièces signées du nom de Malherbe. Ainsi le Chan^ sonnier Maurepas (tome XXIV, p. a58) donne comme étant de lui Tépigramme bien connue contre le parasite Montmor :
Montmor plus goulu qu'un pourceau ,
épigramme qui est de Malleville.
Dans un recueil du dix-huitième siècle {l* Élite des poésies fugitives y 1769, tome III, p. 24) on rencontre le madrigal suivant :
Le soleil ici-has ne voit que vanité ,
De vices et d'erreurs tout Tunivers abonde;
Mais aimer tendrement une jeune beauté
Est la plus douce erreur des vanités du monde.
Il est signé Malherbe , mais rien ne prouve qu'il soit de notre poëte.
L'ancien catalogue imprimé de la Bibliothèque impériale mentionne un petit opuscule fort rare qui y est classé à Tarticle de Malherbe : il est intitulé : Quatuor oraiiones de fait principatu habit» in gymnasio Ferrato^ ah ingenuis adotes-
I. Le Bulletin du Bouquiniste annonçait, en 1867, comme contenant entre autres des vers inconnus de Malherbe, un recueil intitulé : Hortus epitaphiorum^ 1666, in-8. Toutes les pièces de Malherbe qui y figurent se trouvent dans Tédition de i63o.
PIÈCES ATTRIBUÉES A MALHERBE, cxxm
ccntibus Franc, Malherbe y JuUodunensiy Philiberto de Boire ^ Jmirgavenséy Hilario Guiberi, Snimuriensiy et Fincentio Rochirty Turonensi, Cal. sept. i6oa, authore Lud. Rocbaeo, Ambiano, ejasdem collegii Primipilo, necnon Parisionnn Cholereae domus alurono. Andegavi, apud Joannem Uernault. (78 p« in-4 psLi* les signatures, mais de format in-ia.) — La dédicace à Balesdens, cxirê de Saint-Séverin , est datée de la veille des calendes de septembre 1602.
Inutile de dire que, malgré le prénom, il ne s*agit pas ici de Dotre Malberbe. En 1602 il avait quarante-sept ans, et n^était plus d^/lge à passer pour un ingenuus adolescens. De plus , ce François Malherbe, harangueur, était, comme on le voit par le titre, citoyen de Loudun, ce qui nous met un peu loin de la ville de Caen.