‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 76 sur 268 · DES PORTRAITS · texte numérisé non relu

DES PORTRAITS

On connaît, ou du moins on connaissait (car je ne sais si tous trois existent encore aujourd'hui) , trois portraits contemporains de Malherbe. L'un, peint par Finsonius, appartenait au siècle dernier à M. Boyer d*Aguil1es (ou d'Éguilles), et fut gravé avec le reste de la riche collection de cet amateur'. Au bas de la gravure exécutée par G>elemans on lit : Frnsonius Belga pinxit i6i3. Or Malherbe en i6i3 avait cinquantehuit ans, et le portrait le représente à l'âge d'environ trente ou trente-cinq ans ; de plus, en cette même année 16 1 3, Malherbe ne quitta Paris que pour aller à Fontainebleau, tandis que Finsonius resta en Provence '. Il faut donc, ou que la date soit

I . Recueil (F estampes (t après tes tableaux des peintres Us plus célèbres d'Italie, des Pays-Bas et de France y qui sont à Aix^ dans le cabinet de M. Boyer d^Jguilles , procureur général du Roy au parlement de Provence, gravées par Jacques Coelemans d^Anvers, par les soins et sous la direction de Monsieur Jean-Baptiste Boyer d'Aguilles, conseiller au même parlement , avec une description de chaque tableau et le portrait de chaque peintre. A Paris, chez P. J. Mariette, m dccxliv, in -fol.

Une première édition, mais moins complète, avait paru en 1709.

A la page 1 1 , se trouve la notice suivante :

c Portrait de François de Malherbe, gentilhomme ordinaire du Roy, et le plus grand poëte de son siècle, peint en 161 3 par Finsonius, peintre flamand , peu connu hors de la Provence, où il avoit établi son séjour, mais qui cependant a fait, dit-on, des portraits qui peuvent aller de pair avec ceux de Vandyck. Celui-ci, qui est un de ses Elus beaux, est passé à titre d'héritage dans la famille de Messieurs oyer, avec les livres et les manuscrits de Malherbe. Jean-Baptiste Boyer, un de leurs ancêtres , mort doyen du parlement de Provence en 1637, dont on trouvera ci-après le portrait, étoit beau-frère de ce restaurateur de la poésie françoise. Ils avoient épousé les deux sœurs. Les plus grandes alliances n'ont rien de préférable à celle d'un homme aussi rare que celui-ci. »

a. Voyez sur Finsonius (Louis Finson, de Bruges] la longue et

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fausse ou y ce qui est plus probable, que Finsonius ait copié an portrait fait une vingtaine d'années auparavant. La gravure de Coelemans n'a été reproduite qu'une fois, et en lithographie, par Rulmann ; l'éditeur ou Tartiste a ajouté au bas cette indication erronée : D'après un tableau de Dumoutier.

Le second portrait est un crayon du célèbre Daniel Dumonstier', ce bizarre personnage sur lequel Tallemant des Réaux nous a laissé une charmante historiette. Il avait été fait pour Peiresc, qui Tavait commandé à Tartiste et eut toutes les peines du monde à l'obtenir. La correspondance inédite du savant antiquaire nous offre à ce propos quelques détails piquants qu'on nous permettra de transcrire ici.

Le i" avril 1607, Peiresc écrit d'Aix à Dumonstier : « Ne laissez pas de me faire savoir ce qu'il vous faut pour le prix des peintures de M. le président (du Vair)et de M. de Malerbe, et je vous ferai quand et quand payer de par delà ; car il me tarde bien d'avoir ces portraits-là. M. de Malerbe m'a bien recommandé souvent de vous envoyer vos poissons, mais il ne m'a pas encore dit d'avoir la peinture en dépôt, comme vous dites. Je le crois pieusement en attendant de vos nou* Telles, et vous supplie de faire état de moi comme de votre, etc.'. »

Dumonstier, grand amateur de curiosités, paresseux et peu délicat de sa nature, Dumonstier, « ce maraud indigne de la connoissance des gens d'honneur, » comme l'appelait Dupuy*, sut exploiter l'éloignement et la générosité de Peiresc et se

curieuse notice placée en tête du tome I des Recherches sur la pie et Ui ouvrages de quelques peintres provinciaux de C ancienne France , de Ph. de Pointe! (de Chennerières). Paris, Dumoulin, 1847, in-8. ^ Voyez aussi dans le même volume (p. 98 à 140) une description déûillée de la collection de M. Boyer d'Aguilles.

I . On écrit ordinairement Dumoustier ; mais l'orthographe véritable est Dumonstier. Du moins c'est ainsi qu'il a signé ses portraits et des vers insérés dans les recueils du temps. Une importante collection de ses crayons est au cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale. Celui de Malherbe n'y figure pas, et Ton ne sait ce qu'il est derenn.

>. Bibliothèque de Carpentras, manuscrits Peiresc, Reg. xli, tome I, ^ 447 tt suirant.

3. Lettre inédite de P. Dupuy à Peiresc, Bibliothèque de Carpentns, manuscrits Peiresc, Reg. xli, tome II, f> 9a.

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laissa sans remords accabler par lui de poissons, de lézards et de reproches'.

Le i*' jaillet de la même année Peiresc était obligé de lui écrire encore : « Je porte bien impatiemment l'attente si longue des portraits de M. du Vair et de M. de Malerbe. Je vous supplie de ne me faire point tant languir et de quitterquelque autre besogne pour y mettre la dernière main et me les envoyer par le premier messager. Je vous assure que je vous en aurai trois fois autant l'obligation que si vous attendez tant de me donner ce contentement. Il y a déjà plus de quatre mois que vous m'aviez écrit que vous les aviez mis en déposition ches M. de Malerbe, et toutefois vous me confessez maintenant qu'ils ne sont point achevés. Si vous n'êtes plus soigneux de votre réputation, vous voyez bien pour qui on vous prendra. Je vous en supplie de tout mon coeur; et pour un coup d'éperon, je vous envoie un lézard qui fut porté* dernièrement du grand Caire, en Egypte, etc.*. » Le iti octobre, nouvel envoi de poissons; aussi le i!à du mois suivant Malherb« écrivait à Peiresc: « J'oubliois à vous dire que le sieur Dumonstier est si content de vous qu'il n'est pas possible de plus : il vous eût envoyé le portrait de M. le premier président, et à M. du Perrier, celui lie M. le cardinal du Perron; mais il attend que le mien soit achevé, ce qui sera, Dieu aidant, cette semaine \ » Mais la se-

I. Le 37 avril Peiresc lui parle encore des portraits et du payement, et lui annonce qu'il lui exp<^die des poissons curieux. On lit aussi à la date de 1607 dans la Vie de Peiresc par Gassendi que nous avons citée plus haut (p. xx) : c Quiii etiam mittens Parisios, adjec- • tam voluit congeriem diversissimam conchyliorum et pisoiom, qui « monstrosa forma in mari Mediterraneo visuntur, itemque pellem « feiis marini et innumera alla, quse destinavit presertim ad picto- 0 rem celebrem Danielem Monstenum a quo exspectabat icônes Varii, « Thuani, Casauboni atque Malherbii. 1 (Flri iÙusiris Nicolai Ciaudii Fabricii de Peiresc vita per Petrum Gassendum^ p. 107.)

a. Apporté.

3. Bililiothèque de Carpcntras, manuscrits Peiresc, Reg. xu, tome L

4. « Le sieur Dumonstier vous prie de l'excuser (écrit Malherhe à Peiresc le ao janvier 1608), à cause du temps qui est si rigoureux

3u'on ne peut travailler ; car certainement il n y avoit ordre (moyen) e manier le pinceau. Je le presserai, aussitôt qu'il dégèlera, de satisfaire à votre désir. »

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maille se pana, oelle-là et bien d'autres, et Peirescy ne Toyant ricD Tenir, lui expédia, le a6 avril 1608, une nouvelle caisse c où 3 y a tout plein de poissons étranges de notre mer.... espérant «pe cela Texciteroit à lui envoyer les portraits. » — « Il ne ùnit point perdre de temps, ajoutait-il, car si M. de Malerbe TOUS échappe encore, vous ne le recouvrerez point facilement. J'entends qu'il s'en va en Bourgogne avec Monsieur le Grand, dont je ne pense pas qu'il puisse être sitôt de retour ^ » Du- OKinstier dut terminer son travail vers cette époque , car c'est la dernière fois qu^il en est question dans la correspondance de Peiresc et dans celle du poète.

A moins, ce qui est bien peu probable, qu'il n'en existât un antre exécuté aussi par D. Dumonstier, c'est le portrait fait pour Peiresc et représentant Malherbe à Tâge d'environ cinquante-trois ans, qui fut gravé après sa mort, d'abord par Vosterman * pour orner la première édition de ses œuvres (i63o), puis par Briot*. Ces deux gravures, fort belles, ont servi de type à cette multitude de portraits de toute grandeur^ publiés depuis le dix-septième siècle, et qui, altérés successivement, ont fini par devenir complètement méconnaissables.

Le portrait qui accompagne notre édition est une reproduction fidèle de la gravure de Vosterman.

Enfin il existe à la Bibliothèque de Caen, mais je ne puis en parler que par ouï-dire, un troisième portrait qui paraît être de 11 première moitié du dix-septième siècle. C'est peut-être un des deux portraits dont il est question dans les dernières lettres de Malherbe à son cousin M. de Bouillon : il lui écri- ▼ail le ai décembre 1617 : « Four avoir mon portrait vous n'avez que faire de gageure. La demande que vous m'en faites

I. Bibliothèque de Carpentras, manuscrits Peiresc, Reg. xu, tome II, (« 447, vo.

3. « Je suis bien aise que Wostreman se soit trouvé là pour tailler •on portrait, » écrit Peiresc à Dupuy le 17 juin i63o. (Bibliothèque impériale, collection Dupuy, manuscrit 717, p. 97.)

3. Voyez Téditiou des OEuvres ^ de i638, et celle des ÉpUres de ^àùque, de 1648.

4* U en existe vingl*huit (gravures ou litliographies) au cabinet des ntampes delà Bibliothèque impériale. En 181 5, une souscription fut ouverte à Caen, par les soins de M. P. A. Lair, et le produit *<^t à frapper une médaille qui fut gravt'*e par M. A. Gatteaux.

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est trop obligeante pour ne la vous accorder pas. Je désire seulement que vous me donniez temps jusques à ce que nous soyons dans les chaleurs. Il est vrai que je n*ai jamais que mauvaise mine, mais en hiver je Tai pire qu'en été. Je vous en ferai donc faire un ce mois de mai, et en ferai faire un autre pour me faire mettre en médaille, pour en tirer une cinquantaine et de cette façon satisfaire à beaucoup de personnes qui me font la même prière que vous. 11 y a une douzaine de mes parents ou de mes amis à Caen à qui j*en veux donner. Il m'en faut pour cette ville et pour Provence. Ce ne seroit jamais fait de m'amuser à me faire peindre. » Le a I janvier suivant, il lui renouvelait sa promesse pour le mois de mai. L'a-t-il tenue ? cela est probable, et il est fort possiUe que Tun de ces portraits soit celui que l'on conserve à la Bibliothèque de Caen.

Quant à la statue de pierre que Segrais éleva à Blalherbe, au portrait en pied exécuté par Robert Lefèvre, à la statue de bronze par Dantan qui se trouve à Caen , et à une autre statue de pierre qui figure dans une des niches du nouveau Louvre, nous n'avons pas à nous en occuper.

ŒUVRES

SUR LE PORTRAIT d'ÉTIEIN^NE PA^SQUIER QUI n'aVOÎT

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