‹ Œuvres de Malherbe (volume 5)Chapitre 78 sur 268 · AU BOI · texte numérisé non relu

AU BOI

IjC poëme de Luigi Tansillo (né à Nola, mort en iSGg) est intitulé : Le Lagrime di San Pietro, Publié en partie dès i56o (Venise, in-8**), il ne parut eu entier (pi*en i585. La première édition des Stances de Malherbe, dédiées à Henri IQ, date de iSSj (Paris, in-40' Elles furent réimprimées en 1 5g6 et 1 5g8, et figurèrent dans diTert recueils, de iSgg à 1608 {yAcatlémie des poêles françois^ le Parnasse des plus excellents poètes de ce temps ^ etc.).

a Malherbe, dit Ménage, fit ce poëme étant encore fort jeune. D n*est pas si poli que ses autres ou\Tagcs , et j*ai souvent oui dire à M. Guyet et à M. de Racan (pie Fauteur le désavouoit. Cependant on ne peut nier qu^il n*y ait beaucoup de belles choses. » Parmi les lettres de C^ostar, il s'en trouve une adressée à la marquise de Lavardin, et dont le sujet est la critique de ces Stances de Malherbe.

Nous indiquerons, dans Y Appendice de ce volume, les emprunts que Malherbe a faits au Tansille.

Ce n'est pas en mes vers qu'une amante abusée

Des appas enchanteurs d'un parjure Thésée,

Après r honneur ravi de sa pudicité,

Laissée ingralement en un bord solitaire,

Fait de tous les assauts que la rage peut faire 5

Une fidèle preuve à l'infidélité.

Les ondes que j'épands d'une éternelle veine Dans un courage saint ont leur sainte fontaine ; Où l'amour de la terre, et le soin de la chair Aux fragiles pensers ayant ouvert la porte , Une plus belle amour se rendit la plus forte,

Et le fit repentir aussitôt que pécher.

Henri , de qui les yeux et F image sacrée

Font un visage d'or à cette âge ferrée ,

Ne refuse à mes vœux un favorable appui; i 5

Et si pour ton autel ce n'est chose assez grande ,

Pense qu il est si grand , qu il n'auroit point d'offrande

S'il n'en recevoit point que d'égales à lui.

La foi qui tiit au cœur d'où sortirent ces larmes,

Est le premier essai de tes premières armes ; a o

Pour qui tant d'ennemis à tes pieds abattus,

Pâles ombres d'enfer , poussière de la terre ,

Ont connu ta fortune , et que l'art de la guerre

A moins d'enseignements que tu n'as de vertus.

De son nom de rocher, comme d'un bon augure , a 5

Un étemel état l'Eglise se figure;

Et croit, par le destin de tes justes combats,

Que ta main relevant son épaule courbée ,

Un jour, qui n'est pas loin, elle verra tombée

La troupe qui l'assaut, et la veut mettre bas. 3o

Mais le coq a chanté pendant que je m'arrête

A l'ombre des lauriers qui t'embrassent la tête.

Et la source déjà commençant à s'ouvrir

A lâché les ruisseaux qui font bruire leur trace ,

Entre tant de malheurs estimant une grâce, 3 5

Qu'un Monarque si grand les regarde courir.

Ce miracle d'amour, ce courage invincible. Qui n'espéroit jamais une chose possible

3o. La troupe qui l'assaut^ etc., les huguenots.

f> POÉSIES, III.

Que rien finit sa foi que le même trépas ,

De vaillant fait couard , de fidèle fait traître , 40

Aux portes de la peur abandonne son maître,

Et jure impudemment qu'il ne le connoit pas.

A peine la parole avoit quitté sa bouche,

Qu'un regret aussi prompt en son âme le touche.

Et mesurant sa faute à la peine d' autrui, 45

Voulant faire beaucoup, il ne peut davantage

Que soupirer tout bas, et se mettre au visage

Sur le feu de sa honte une cendre d'ennui.

Les arcs qui de plus près sa poitrine joignirent,

Les traits qui plus avant dans le sein F atteignirent , 5o

Ce fut quand du Sauveur il se vit regardé ;

Les yeux furent les arcs , les œillades les flèches,

Qui percèrent son âme , et remplirent de brèches

Le rempart qu'il avoit si lâchement gardé.

Cet assaut , comparable à Téclat d'une foudre , 55

Pousse et jette d'un coup ses défenses en poudre;

Ne laissant rien chez lui, que le même penser

D'un homme qui tout nu de glaive et de courage

Voit de ses ennemis la menace et la rage.

Qui le fer en la main le viennent offenser. **

Ces beaux yeux souverains, qui traversent la terre Mieux que les yeux mortels ne traversent le verre. Et qui n'ont rien de clos à leur juste courroux. Entrent victorieux en son âme étonnée ,

5a. Traduction exacte du vers du Tansille (I, st. Sg) :

Gli occhi fur gli arclii, e i guardi fur gli strali. 58. Tout nu, c'est-à-dire dénué, mot qui a la même écymologi^-

Comme dans une place au pillage donnée , 6 5

Et lui font recevoir plus de morts que de coups.

La mer a dans le sein moins de vagues courantes ,

Qu'il n'a dans le cerveau de formes différentes,

Et n'a rien toutefois qui le mette en repos ;

Car aux flots de la peur sa navire qui tremble 7 u

Ne trouve point de port , et toujours il lui semble

Que des yeux de son maître il entend ce propos :

« Eh bien, où maintenant est ce brave langage?

Cette roche de foi ? cet acier de courage ?

Qu'est le feu de ton zèle au besoin devenu ? 75

Où sont tant de serments qui juroicnt une fable ?

Comme tu fus menteur, suis-je pas véritable?

Et que t'ai-jc promis qui ne soit advenu ?

• Toutes les cruautés de ces mains qui m'attachent,

Le mépiîs effronté que ces bourreaux me crachent , « o

Les preuves que je fais de leur impiété ,

Pleines également de fureur et d'ordure ,

Ne me sont une pointe aux entrailles si dure ,

Comme le souvenir de ta déloyauté.

* Je sais bien qu'au danger les autres de ma suite 8 5 Ont eu peur de la mort, et se sont mis en fuite;

Mais toi, que plus que tous j'aimai parfaitement.

Pour rendre en me niant ton offense plus grande ,

Tu suis mes ennemis , t'assembles à leur bande ,

Et des maux qu'ils me font prends ton ébattement. «90

Le nombre est infini des paroles empreintes

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