uL, (B, E, F, L, O) : Que ces bouches me crachent
^< Vab. (édit. de i63i et de i635) : Ne me sont une preuve....
Que regarde T Apôtre en ces lumières saintes;
Et celui seulement que sous une beauté
Les feux d'un œil humain ont rendu tributaire ,
Jugera sans mentir quel effet a pu faire 9&
Des rayons immortels l'immortelle clarté.
il est bien assuré que T angoisse qu'il porte
Ne s'emprisonne pas sous les clefs d'une porte ,
Et que de tous côtés elle suivra ses pas ;
Mais pour ce qu'il la voit dans les yeux de so;i maître, i oo
Il se veut absenter, espérant que peut-être
Il la sentira moins en ne la voyant pas.
La place lui déplaît , où la troupe maudite
Son Seigneur attaché par outrage dépite ;
Et craint tant de tomber en un autre forfait, io5
Qu'il estime déjà ses oreilles coupables
D'entendre ce qui sort de leurs bouches damnables,
Et ses yeux d'assister aux tourments qu'on lui fait.
Il part, et la douleur qui d'un morne silence
Entre les ennemis couvroit sa violence, « «<>
Comme il se voit dehors a si peu de combats ,
Qu'il demande tout haut que le sort favorable
Lui fasse rencontrer un ami secourable.
Qui touché de pitié lui donne le trépas.
En ce piteux état il n'a rien de fidèle * »5
Que sa main , qui le guide où l'orage l'appelle; Ses pieds comme ses yeux ont perdu la vigueur; Il a (le tout conseil son âme dépourvue. Et dit en soupirant que la nuit de sa vue
1 1 1 . Var. (B, E, F, L, O) : A si peu de compas.
ie Fempechc pas tant que la nuit de son cœur. i a o
ia vie auparavant si chèrement gardée ,
Lui semble trop longtemps ici-bas retardée ;
C'est elle qui le fâche, et le fait consumer;
11 la nomme parjure, il la nomme cruelle,
Et toujours se plaignant que sa faute vient d'elle , i a 5
Q n en veut faire compte , et ne la peut aimer.
«Va, laisse-moi, dit-il, va, déloyale vie;
Si de te retenir autrefois j'eus envie ,
Et si j'ai désiré que tu fusses chez moi,
Puisque tu m'as été si mauvaise compagne, 1 3o
Ton infidèle foi maintenant je dédaigne.
Quitte-moi, je te prie, je ne veux plus de toi.
•Sont-ce tes beaux desseins, mensongère et méchante.
Qu'une seconde fois ta malice m'enchante.
Et que pour retarder une heure seulement 1 3 5
la nuit déjà prochaine a ta courte journée ,
Je demeure en danger que l'âme, qui est née
Pour ne mourir jamais, meure éternellement?
•Non, ne m'abuse plus d'une lâche pensée;
U coup encore frais de ma chute passée 1 4 o
Me doit avoir appris à me tenir debout.
Et savoir discerner de la trêve la guerre,
Des richesses du ciel les fanges de la terre ,
Et d'un bien qui s'envole un qui n'a point de bout.
■ Si quelqu'un d'aventure en délices abonde , 145
1 se perd aussitôt et déloge du monde ;
i3i. Dans la plupart des mots en atgnef Vi ne se prononçait pas. i39. Vai. (By Ey F, L, O; : Quitte-moi, je te quitte.
lo POÉSIES, 111.
Qui te porte amitié , c'est à lui que tu nuis ;
Ceux qui te veulent mal, sont ceux que tu conserves,
Tu vas à qui te fuit, et toujours le réserves
A souflfrir en vivant davantage d'ennuis. i5o
«< On voit par ta rigueur tant de blondes jeunesses,
Tant de riches grandeurs, tant d'heureuses vieillesses,
En fuyant le trépas au trépas arriver;
Et celui qui cliétif aux misères succombe ,
Sans vouloir autre bien que le bien de la tombe, i55
N'ayant qu'un jour à vivre, il ne peut l'achever.
« Que d'hommes fortunés en leur âge première,
Trompés de l'inconstance à nos ans coutumière ,
Du depuis se sont vus en étrange langueur !
Qui fussent morts contents, si le ciel amiable i5o
Ne les abusant pas en son sein variable ,
Au temps de leur repos eiH coupé ta longueur.
« Quiconque de plaisir a son âme assouvie ,
Plein d'honneur et de bien, non sujet à l'envie.
Sans jamais en son aise un malaise éprouver, i65
S'il demande à ses jours davantage de terme ,
Que fait-il, ignorant, qu'attendre de pied ferme
De voir à son beau temps un orage arriver?
« Et moi, si de mes jours l'importune durée
Ne m'eût en vieillissant la cervelle empirée, 1 7 o
Ne devois-je être sage, et me ressouvenir
D'avoir vu la lumière aux aveugles rendue,
Rebailler aux muets la parole perdue,
163. Tous les recueils portent ta longueur, au lieu de ja, que donnent les éditions de i63o et 1 63 1, et qui est une faute d'impression. x66. Cest-à-dire : S*il demande qae le terme de tes jonrt soit recolé.
POÉSIES, III. El
Et faire dans les corps les âmes revenir ?
« De ces faits non communs la merveille profonde, 1 7 5
Qui par la main d'un seul étonnoit tout le monde,
El tant d'autres encor, me dévoient avertir
Que si pour leur auteur j'endurois de Touti^ge,
Le même qui les fit*, en faisant davantage,
Quand on m'offenseroit, me pouvoit garantir. 180
• Mais troublé par les ans, j'ai souffert que la ci-ainte,
Loin encore du mal , ait découvert ma feinte ;
Et sortant promptement de mon sens et de moi.
Ne me suis aperçu qu'un destin favorable
M offroit en ce danger un sujet honorable 1 8 5
D'acquérir par ma perte un triomphe à ma foi.
« Que je porte d'envie à la troupe innocente
De ceux qui massacrés d'une main violente
Virent dès le matin leur beau jour accourci ;
Le fer qui les tua leur donna cette grâce, 190
Que si de faire bien ils n'eurent pas l'espace,
Us n'eurent pas le temps de faire mal aussi.
« De ces jeunes guerriers la flotte vagabonde
Alloit courre fortune aux orages du monde.
Et déjà pour voguer abandonnoit le bord, 195
Quand l'aguet d'un pirate arrêta leur voyage ;
Mais leur sort fut si bon, que d'un même naufrage
Ds se virent sous l'onde, et se virent au port.
* Ce furent de beaux lis, qui mieux que la nature Mêlant à leur blancheur l'incarnate peinture lou
180. Var. (E, F, L) : Me pourroit garantir. 196. L'aguet, rembuscade.
12 POÉSIES, m.
Que tira de leur sein le couteau criminel, Devant que d'un hiver la tempête et Torage A leur teint délicat pussent faire donmiage, S'en allèrent fleurir au printemps étemel.
' « Ces enfants bienheureux (créatures parfaites, ao5
Sans r imperfection de leurs bouches muettes) Ayant Dieu dans le cœur ne le purent louer, Mais leur sang leur en fut un témoin véritable *, Et moi pouvant parler, j'ai parlé, misérable. Pour lui faire vergogne, et le désavouer. aïo
« Le peu qu'ils ont vécu leur fut grand avantage.
Et le trop que je vis ne me fait que dommage.
Cruelle occasion du souci qui me nuit !
Quand j 'a vois de ma foi l'innocence première,
Si la nuit de la mort m'eût privé de lumière, 1 1 5
Je n'aurois pas la peur d'une immortelle nuit.
« Ce fut en ce troupeau que venant à la guerre
Pour combattre F enfer, et défendre la terre.
Le Sauveur inconnu sa grandeur abaissa ;
Par eux il commença la première mêlée, aao
Et furent eux aussi que la rage aveuglée
Du contraire parti les premiers offensa.
« Qui voudra se vanter avec eux se compare.
D'avoir reçu la mort par un glaive barbare ,
Et d'être allé soi-même au martyre s'offrii*; aaS
L'honneur leur appartient d'avoir ouvert la porte
A quiconque osera d'une âme belle et forte
Pour vivre dans le ciel en la terre mourir.
3i6. Vaji. (édit. de i63i) : D*une étemelle nuit.
POÉSIES, m. 1?
« O désirable fin de leurs peines passées !
Leurs pieds qui n*ont jamais les ordures pressées, « 3o
Un superbe plancher des étoiles se font;
Leur salaire payé les services précède,
Premier que d'avoir mal ils trouvent le remède,
Et devant le combat ont les palmes au front.
« Que d'applaudissements, de rumeur, et de presses, a 35
Que de feux, que de jeux, que de traits de caresses,
Quand là-haut en ce point on les vit arriver !
Et quel plaisir encore à leur courage tendre.
Voyant Dieu devant eux en ses bras les attendre ,
Et pour leur faire honneur les Anges se lever! a 40
« Et vous, femmes, trois fois, quatre fois bienheureuses, De ces jeunes amours les mères amoureuses. Que faites- vous pour eux, si vous les regrettez? Vous fâchez leur repos, et vous rendez coupables. Ou de n estimer pas leurs trépas honorables, 345
Ou de porter envie à leurs félicités.
«( Le soir fut avancé de leurs belles journées ;
Mais qu'eussent-ils gagné par un siècle d'années?
Ou que leur advint-il en ce vile départ.
Que laisser promptement une basse demeure, a5o
Qui n'a rien que du mal, pour avoir de bonne heure
Aux plaisirs étemels une étemelle part?
" Si vos yeux pénétrant jusqu'aux choses futures Vous pouvoient enseigner leure belles aventures, Vous auriez tant de bien en si peu de malheurs, a 55
Que vous ne voudriez pas pour l'empire du monde
a5(>. Voudriez ^ en deux syllabes.
i4 POÉSIES, III.
N'avoir eu dans le sein la racine féconde D*où naquit entre nous ce miracle 4^ fleurs.
« Mais moi, puisque les lois me défendent Toutrage Qu* entre tant de langueurs me conunande la rage, 960 Et qu'il ne faut soi-même éteindre son flambeau; Que m'est-il demeuré pour conseil et pour arm^s, Que d'écouler ma vie en un fleuve de larmes, Et la chassant de moi l'envoyer au tombeau?
<c Je sais bien que ma langue ayant commis l'offense, »6S
Mon cœur incontinent en a fait pénitence.
Mais quoi? si peu de cas ne me rend satisfait.
Mon regret est si grand, et ma faute si grande.
Qu'une mer étemelle à mes yeux je demande
Pour pleui*er à jamais le péché que j'ai fait. » 970
Pendant que le chétif en ce point se lamente,
S'arrache les cheveux, se bat et se tourmente,
En tant d'extrémités cruellement réduit,
D chemine toujours, mais révanl à sa peine,
Sans donner à ses pas une régie certaine, 275
Il erre vagabond où le pied le conduit.
 la fin égaré (car la nuit qui le trouble
Par les eaux de ses pleurs son ombrage redouble) ,
Soit un cas d'aventure, ou que Dieu l'ait permis,
Il arrive au jai*din, où la bouche du traître, a 80
Profanant d'un baiser la bouche de son maître,
Pour en priver les bons aux méchants l'a remis.
Comme un homme dolent, que le glaive contraire
A privé de son fils et du titre de père.
Plaignant deçà delà son malheur advenu, »85
POÉSIES, III. i5
S*Q arrive en la place où s'est fait le dommage, L'ennui renouvelé plus rudement F outrage En voyant le sujet à ses yeux revenu.
Le vieillard , qui n'attend une telle rencontre,
Sitôt qu'au dépourvu sa fortune lui montre 290
Le lieu qui fut témoin d'un si lâche méfait,
De nouvelles fureurs se déchire et s'entame.
Et de tous les pensers qui travaillent son âme
L'extrême cruauté plus cruelle se fait.
Toutefois il n'a rien qu'une tristesse peinte , 295
Ses ennuis sont des jeux , son angoisse une feinte ,
Scm malheur un bonheur , et ses larmes un ris ,
An prix de ce qu'il sent quand sa vue abaissée
Remarque les endroits où la terre pressée
\ des pieds du Sauveur les vestiges écrits. 3 00
C'est alors que ses cris en tonneiTe s'éclatent. Ses soupirs se font vents qui les chênes combattent , Et ses pleurs, qui tantôt descendoient mollement, Ressemblent un torrent qui des hautes montagnes Ravageant et noyant les voisines campagnes, 3u5
Veut que tout l'univers ne soit qu'un clément.
U y fiche ses yeux , il les baigne , il les baise ,
D se couche dessus, et seroit à son aise ,
S'il pouvoit avec eux à jamais s'attacher.
D demeure muet du respect qu'il leur porte ; 3 1 o
Mais enfin la douleur se rendant la plus forte,
Loi fait encore un coup une plainte arracher.
3oi. Vab. (E, F, L) : En totmerret éclatent,
i6 POfiSIES, III.
t . « Pas adorés de moi, quand par accoutumance Je n'aurois comme j*ai de vous la connoissanoe , Tant de perfections vous découvrent assez ; 3 1 s
Vous avez une odeur des parfums d'Assyrie , Les autres ne Tout pas , et la terre flétrie Est belle seulement où vous êtes passés.
« Beaux pas de ces seuls pieds que les astres connoissent, Comme ores à mes yeux vos marques apparoissent ! s«o Telle autrefois de vous la merveille me prit, Quand déjà demi-clos sous la vague profonde , Vous ayant appelés, vous affermîtes Tonde, Et m'assurant les pieds m*étonnâtes Tesprit.
« Mais, ô de tant de biens indigne récompense! 3«S
O dessus les sablons inutile semence !
Une peur , ô Seigneur ! m'a: séparé de toi ; Et d'une âme semblable à la mienne parjure , Tous ceux qui furent tiens, s'ils ne t'ont fait injure. Ont laissé ta présence, et t'ont manqué de foi. 33o
« De douze, deux fois cinq étonnés de courage,
Par une lâche fuite évitèrent l'orage.
Et tournèrent le dos quand tu fus assailli ;
L'autre qui fut gagné d'une sale avarice.
Fit un prix de ta vie à l'injuste supplice, 3 35
Et l'autre en te niant plus que tous a failli.
« C'est chose à mon esprit impossible à comprendre. Et nul autre que toi ne me la peut apprendre, Comme a pu ta bonté nos outrages souffrir. Et qu'attend plus de nous ta longue patience, 340
Sinon qu'à l'homme ingrat la seule conscience Doive être le couteau qui le fasse mourir?
« Toutefois tu sais tout, tu connois qui nous sommes, Tu vois quelle inconstance accompagne les hommes, Faciles à fléchir quand il faut endurer. 34 S
Si j*ai fait comme un homme en faisant une offense. Tu feras comme Dieu d'en laisser la vengeance, Et m'ôter un sujet de me désespérer.
« Au moins si les regrets de ma faute avenue
M'ont de ton amitié quelque part retenue, 35o
Pendant que je me trouve au milieu de tes pas.
Désireux de Thonneur d'une si belle tombe.
Afin qu'en autre part ma dépouille ne tombe,
Puisque ma fin est prés, ne la recule pas. »
En ces propos mourants ses complaintes se meurent, 3 55
Mais vivantes sans fin ses angoisses demeurent.
Pour le faire en langueur à jamais consumer.
Tandis la nuit s'en va, ses lumières s'éteignent,
Et déjà devant lui les campagnes se peignent
Du safran que le jour apporte de la mer. 36 o
L'Aurore d'une main, en sortant de ses portes,
Tient un vase de fleurs languissantes et mortes,
Elle verse de l'autre une cruche de pleurs.
Et d'un voile tissu de vapeur et d'orage.
Couvrant ses cheveux d'or , découvre en son visage 365
Tout ce qu'une âme sent de cruelles douleurs.
Le soleil qui dédaigne une telle carrière. Puisqu'il faut qu'il déloge , éloigne sa barrière ; Mais comme un criminel qui chemine au trépas , Montrant que dans le cœur ce voyage le fâche, 370
Il marche lentement , et désire qu'on sache Que si ce n'étoit force il ne le feroit pas.
Malhkbbb. I a
i8 POÉSIES, III.
6 Ses yeux par un dépit en ce monde regardent; Ses chevaux tantôt vont, et tantôt se retardent , Eux-mêmes ignorants de la course qu'ils font; 3 7 r»
Sa lumière pâlit, sa couronne se cache; Aussi n'en veut-il pas , cependant qu'on attache  celui qui Ta fait des épines au front.
Çv ' Au point accoutumé les oiseaux qui sommeillent,
Apprêtés à chanter dans les bois se réveillent ; 3 s o
Mais voyant ce matin des autres différent , Remplis d'étonnement ils ne daignent parottre , Et font, à qui les voit, ouvertement connoître De leur peine secrète un regret apparent.
' Le jour est déjà grand , et la honte plus claire 3 8 5
De Tapôtre ennuyé l'avertit de se taire; Sa parole se lasse , et le quitte au besoin ; Il voit de tous côtés qu'il n'est vu de personne , Toutefois le remords que son âme lui donne Tânoigne assez le mal qui n'a point de témoin. 390
^^ Aussi rhonune qui porte une âme belle et haute. Quand seul en une part il a fait une faute , S'il n'a de jugement son esprit dépourvu , Il rougit de lui-même, et combien qu'il ne sente Bien que le ciel présent et la terre présente , 395
Pense qu'en se voyant tout le monde Ta vu.