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taire père ; mais il s'en console , dans l'espoir qu'au moins la naïve ne se sera pas méprise au coeur qu'elle vous a donné. RassurehYous , mon père , lui répondit le jeune homme piqué d'émubsion ; ces vieillards seront peut-être bien aises quelque jour que kors enfans suivent mon exemple : peu m'importe, du reste, qu'on me prenne ici pour une fille ; les Romains ne s'y tromperont pas. Agatis tint parole à son père , et fît éclater , dans ses premières campagnes , une intrépidité , une ardeur qui changea les railleries en éloges. Ses comp<agnons se disaient avec étonnement: Qui croirait que ce corps eiléminé fût rempli d'un si mâle courage ? Le froid , la faim , les fatigues , rien ne Tétonne ; avec son air touchant et modeste , il brave la mort tout comme nous. Un jour , en présence de l'ennemi , Agatis voyant de sang-froid tomber autour de lui une grêle de (lèches : Vous qui êtes si beau , comment ètes-vous si brave ? lui dit un de ses compagnons , remarquable par sa laideur. A ces mots , on donna le signal de l'attaque. Et vous , qui êtes si laid , répondit Agatis , voulez-vous voir qui de nous deux enlèvera l'étendard du bataillon que nous allons charger? U dit : l'un et l'autre s'élancent ; e^ au milieu du carnage, Agatis parait l'étendard à la main.
Cependant il approchait de l'âge oii il devait être au nombre des^wux, et, par la qualité de père, obtenir celle de citoyen. Les jeunes filles, qui entendaient parler de sa valeur avec estime, et qui voyaient sa beauté avec une douce émotion, s'enviaient mutuellement ses regards. Une seule enfin les attira : ce fut la belle Céphalide.
Elle réunissait au plus haut point cette modestie et cette fierté, ces grâces nobles et touchantes qui caractérisaient les beautés samnites. Les lois , comme je l'ai dit, n'avaient pu défendre aux jeux de se parler ; et les yeux de l'amour sont bien éloquens , lorsqu'il n'a pas d'autre langage. Si vous avez vu quelquefois des unans contraints par la présence d'un témoin sévère , n'admirez- TOUS pas avec quelle rapidité toute l'âme se développe dans l'éclair d'un coup d'œil échappé ? Un regard d' Agatis déclara son trouble, ses désirs, ses craintes, son espoir et l'émulation de vertu et de gloire dont l'amour venait d'enflammer son cœur. Céphalide semblait défendre à ses yeux de rencontrer ceux d' Agatis ; mais ses jeux étaient quelquefois un peu lents à lui obéir, et ne se baissaient qu'après leur réponse. Un jour surtout , et ce fut celui qui décida le triomphe de son amant ; un jour , ses regards attachés \ sor lui, après avoir été quelque temps immobiles, se tournèrent ; vers le ciel avec l'expression la plus tendre. Ah I j'entends ce vœu , I dit le jeune homme en lui-même, je l'entends, et je l'accomplirai. I FîQe charmante, me suis-je trop flatté? Vos yeux levés au ciel ne
lui demandaient-ils pas de me rendre digne de vous choisir } bien , le ciel vous a écoutée : )e le sens aux mouvemens de âme. Mais , hélas ! tous mes rivaux ( et j'en aurai sans nombre j Tont me disputer cette gloire ; une action d'éclat dépend des cir^ constances ; qu'un plus heureux que moi la saisisse , il a l'honneiar du premier choix; et le premier choix, belle Céphalide, ne peut manquer de tomber sur vous.
Ces idées l'occupaient sans cesse ; elles occupaient aussi son amante. Si Agatis avait à choisir, disait-elle, il me nommerait , j'ose le croire : je l'ai bien observé , j'ai bien lu dans son âme. Soit qu'il se présente à mes compagnes , soit qu'il leur adresse la parole , il n'a point avec elles cette complaisance, ce doux empressement qu'il témoigne à me voir. Je m'aperçois même que sa voix, naturellement douce et tendre , a quelque chose encore de plus sensible en me parlant. Ses yeux surtout. . . , oh I ses yeux m'ont dit ce qu'ils ne disent à personne ; et plût aux dieux qu'il fût le seul qui me distinguât de la foule ! Oui , mon cher Agatis , ce serait un malheur d'être belle pour un autre que pour toi. Quelle comparaison avec toute celte jeunesse , qui m'effiraie en me cherchant des yeux ! Leur air meurtrier m'épouvante. Agatis est vaillant; mais il n'a rien de féroce : même s^us les armes, on voit en lui je ne sais quoi d'attendrissant. Il fera des prodiges de valeur, j'en suis sûre; mais enfin , si la fortune trahit l'amour, et si quelque autre a l'avantage.... Cette pensée me glace d'effroi.
Céphalide ne dissimula point ses alarmes à sa mère. Faites des vœux , lui dit-elle , faites des vœux pour la gloire d' Agatis, vous en ferez pour le bonheur de votre fille. Je crois, je suis sûre qu'il m'aime ; et puis-je ne pas l'adorer? Vous savez qu'il a l'estime de nos vieillards ; il est l'idole de toutes mes compagnes ; je vois leur trouble , leur émotion à son approche ; un mot de sa bouche les remplit d'orgueil. Eh bien! dit la mère en souriant, s'il vous aime , il vous choisira. — Il me choisirait sans doute , s'il avait le droit de choisir ; mais , ma mëre.... — Mais , ma fille , il aura son tour. — Son tour , hélas ! il sera bien temps! reprit Céphalide en baissant les yeux. — Comment ! ma fille, il semble, à vous entendre , que c'est k qui vons possédera ! vous vous flattez un peu légèrement. — Je ne me flatte point , je tremble : heureuse si je n'ai su plaire qu'à celui que j'aimerai toujours !
Agatis de son côté , la veille du jour qu'on entrait en campagne , dit à son père en l'embrassant : Adieu , cher auteur de ma vie : ou vous me voyez pour la dernière fois , ou vous me reverrez le plus glorieux de tous les enfans des Samnites. — C'est fort bien dit , mon enfant : voilà comme un fils bien né doit prendre congé de son père. Ëfiectivement je te vois animé d'une
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■rdeur qui m'étonne moi-même : quels dieux favorables te Tinspirent ? — Quels dieux , mon père ? La nature et l'amour , le ai» de vous imiter et de mériter Cephalide. — Oh ! j'entends , [Pamoiir s'en mêle ; il n'y a pas de mal à cela. Eh ! dis-moi un peu , il me semble avoir distingué quelquefois ta Cephalide en\re ses compagnes. — Oui , mon père , on la distingue aisément. —» sais-tu bien qu'elle est fort belle? — Belle ! belle comme la
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Une démarche leste. ^- Et plus noble encore. — Un teint frais. — Cest la rose même. — De longs cheveux noués avec grâce. — Et ses yeux , mon père, et ses yeux ? Ah I c'était là ce qu'il fallait Toir ! lorsque , se levant au ciel après s'être fixés sur moi , ils luidemandaient mon triomphe. — Tu as raison , elle est toute charmante; mais tu dois avoir des rivaux ? — Des rivaux ! j'en ai mille , sans doute. — Ils te l'enlèveront. — 11$ me l'enlèveront ! — A te parler vrai , j'en ai peur : c'est une bien brave jeunesse que cette jeunesse samnite ! — Oh ! brave tant qu'il TOUS plaira ; ce n'est pas là ce qui m'inquiète. Qu'on nous donne occasion de mériter Cephalide ; vous entendrez parler de moi. Télespon , qui jusqu'alors s'était plu à l'aiguillonner, ne put re-* tenir plus long-temps ses larmes. Ah ! le ^au présent que nous fait le ciel , dit-il en l'embrassant , lorsqu'il nous donne un cœur sensible ! C'est le principe de toutes les vertus. Mon cher enfant , tu me combles de joie. Il me reste encore dans les veines de quoi faire une campagne ; et tu me promets de si belles choses y que je veux faire celle-ci avec toi. ^
Le jour du départ , selon l'usage , toute l'armée défila devant; les jeunes filles rangées sur la place pour animer les guerriers. Le bon vieillard Télespon marchait à côté de son fils. Ah ! ah ! disaient les autres vieillards , voilà Télespon rajeuni : oii jpa-t-il donc k son âge ? A la noce , répondit le bon hom^ne , à la • noce. Agatis lui fit remarquer de loin Cephalide qui s'élevait au-dessus de ses compagnes avec une grâce toute céleste. Son père , qui avait les yeux sur lui , s'aperçut qu'en passant devant elle f ce visage doux et serein s'enflamma d'une ardeur gverrière , et devint terrible comme celui de Mars. Courage , mon fils , lui dit-il , sois amoureux , cela te sied bien.
Une partie de la campagne se passa , entre les Samnites et le»* Komains , à s'observer , sans en venir à une action décisive. Les forces des deux états consistaient dans leur armée ; et les gé-» jiéraus, de part et d'autre, les ménageaient en habiles gens, ^ffpendant le$ jeunes Samnites à marier brûlaient d'impatience
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d'en venir aux mains. Je n'at rien fait encore , disait l'un , q mérite d'être inscrit dans les fastes de la république ; f'aurai honte de m'entend re nommer sans aucun éloge qui me distîn^ Quel dommage , disait l'autre , qu'on ne daigne pas nous ofi l'occasion de nous signaler! j'aurais fait des prodiges dans cef campagne. Notre général , disait le plus grand nombre , veut doi déshonorer axa. yeux de nos vieillards et de nos épouses. S'il noi ramèiie sans combattre, on aura lieu de croire qu'il s'est diûii notre valeur.
Mais le sage guerrier qui était à leur tête les entendait su s'émouvoir. De sa lenteur et de ses délais il se promettait deu avantages : l'un , de persuader à l'ennemi qu'il était faible o timide , et de l'engager , dans cette confiance , à l'attaquer im prudemment; l'autre, de laisser croître l'impatience de ses gnei riers , et de porter leur ardeur à l'excès avant de risquer la ba taille. L'un et l'autre lui réussit. Le général romain , haranguan ses troupes , leur fit voir les Samnites chancelans et toiit prêt à fuir devant eux. Le génie de Kome l'emporte , leur dîNl celui de nos ennemis tremble et n'en peut soutenir l'approdie Allons , braves Romains , si nous n'avons pas l'avantage du lien celui de la valeur y supplée ; il est à nous ; marchons. Les voilà dit le générsA samnite à sa jeunesse impatiente ; laissons^les appro cher jusqu'à la porté^e l'arc , et vous aurez alors toute liberté ai mériter vos épouses.
Les Romains s'avancent ; les Samnites les attendent de pi^ ferme. Fondons sur eux , dit le général romain ; un corps immO' bile ne peut soutenir l'impétuosité de celui qui le heurte. Tout 1 coup les Samnites s'élancent eux-mêmes avec la rapidité des cour siers quand on leur ouvre la barrière. Les Romains s'arrêtent; 3: reçoivent le choc sans se rompre et sans s'ébranler ; et ITuibileti de leur chef change tout k coup l'attaque en défense. Go cooi' battit long-temps avec une opiniâtreté incroyable : pour le co» cevoir, il faut s'imaginer que des hommes , qui n'avaient d'aulrtS passions <}ue l'amour , la nature , la patrie , la liberté , la gloire défendaient , dans ces momens décisifs , tous ces intérêts à b fois. Dans l'une des attaques redoublées des Samnites , le neio Télespon fut dangereusement blessé en combattant à côté de 90l fils. Cet enfant, plein d'amour pour son përe , voyant les Romai* plier de toutes parts , et croyant la bataille gagnée , suivit le motf vement invincible de la nature, et tirant son përe de la mêlefi l'aida à se traîner à quelque distance du lieu du combat. Là, 4| pied d'un arbre , il pansait en pleurant la profonde Messure deO| vénérable vieillard. Comme il en arrachait le trait, il entend auprès de lui le bruit d'une troupe de Samnites qu'on avait t^
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fe. Oii allez-voas , mes amis ? leur dit-il en abandonnimt père ; vous fuyez l voici votre chemin ; et apercevant Taile iche des Romains à découvert : Venez y dit-il , attaquons leur ib sont vaincus si vous voulez me suivre. Cette évolution ^pide jeta l'effiroi dans cette aile de Tarmée romaine ; et Agatis Il Toyant en déroute : Poursuivez , dit-il , mes amis , le chemin ml ouvert ; je vous quitte un instant pour aller secourir mon fère. La victoire enfin se décida pour les Samnites ; et les Romains , trof affaiblis par leurs pertes ^ furent obligés de rentrer dans leur»
Télespon s'était évanoui de douleur ; les soins de son iUs le nuiimèrent. Sont-ils battus ? demanda le vieillard. On achève y ^t le jeune homme ; les choses sont en bon état. S'il est ainsi , dit kpère en souriant ^ tâche de me rappeler k la vie ; elle est douce foor les vainqueurs ; et je veux te voir marier. Le bon homme n'eat de long— temps la force d'en dire davantage , car le sang qui trait coulé de sa plaie l'avait réduit a l'extrémité.
Les Samnites , après leur victoire , s'empressèrent toute la nuit • secoorir les blessés ; on n'épargna rien pour sauver le digne père d^Agftiis ; et il se remit , quoique avec peine , de son extrême gisement.
Le retour de la campagne était le temps des mariages , pour ^01 raisons : l'une, afin que la recompense des services rendus tla patrie les suivît de près , et que l'exemple en eût pin» de force ; raalre, afin que pendant l'hiver les jeunes époux eussent le temps ûe donner la vie à de nouveaux citoyens avant que d'aller exposer It lear. Gomme les actions de cette ardente jeunesse avaient été plus brillantes que jamais , on crut devoir donner plus de pompe tt de splendeur à la fête qui en devait être le triomphe.
H 7 avait pende filles dans la république qui n'eussent , comme ^pbalide, quelque intelligence de sentimens et de désirs avec <lQelqu'un des jeunes gens ; et chacune d'elles faisait des vceux pour celui dont elle espérait fixer le choix , s'il avait à choisir.
Ia place oii l'on devait s'assembler était un vaste amphithéâtre ^^ert par des arcs de triomphe , ou l'on voyait suspendues les «pouilles des Romains. Les jeunes guerriers devaient s'y rendre ^wierts de leurs armes ; les jeunes filles avec l'arc et le carquois , ^ aussi bien vêtues que le permettait la simplicité d'une répu«<- ^^lle ok Le luxe était inconnu. Allons , mes filles , disaient les ■ères empressées à les parer , il faut vous présenter à cette fête ^^igoste avec tous les agrémens qu'a bien voulu vous accorder le cieL La gloire des hommes est de vaincre , celle des femmes est •de plaire. Heureuses celles qui mériteront les vœux de ces jeunes ^TaiUaas citoyens ^ qui vont être jugés les plus dignes de donner
des défenseurs à l^état ! la palme du mérite ombragera leur de — Ineure^ l'estime publique l'envirofinera ; leurs enfans seront les fils aînés delà patrie, et sa plus précieuse espérance. En parlant ainsi , ces mères tendres entrelaçaient de pampre et de myrte les beaux cheveux de ces jeunes vierges , et donnaient aux plis de leur voile le jeu le plus favorable au caractère de leur beauté. I>es nœuds de leur ceinture , placés au-dessous du sein , elles faisaient naître les ondes d'une draperie élégante, attachaient le carquois sur leurs épaules , les instruisaient à se présenter avec grâce , appuyées ,sur leur arc , et relevaient négligemment leur robe légère audessus de l'un des genoux pour donner à leur démarche plus d'aisance et plus de noblesse. Cette industrie des mères samnites était un acte de pîété ; et la galanterie elle-même , employée au triomphe de la vertu , en prenait le sacré caractère. Les filles, eu se mirant dans le cristal d'une onde pure, ne se trouvaient jamais assez belles ; chacune d'elles s'exagérait les avantages de ses rivales , et n'osait plus compter sur les siens.
Mais de tous les vœux formés dans ce grand jour*, il n'y en eut point de plus ardens que ceux de la belle Céphalide. Paissent les dieux nous exaucer! lui dit s'a. mère en l'embrassant. Mais, ma fille , attendez leur volonté avec la docilité d'un cœur humble ; s'ils vous ont donné quelques charmes , ils savent quel en doit être le prix. C'est à vous de couronner leurs don$ par les grâces de la modestie. Sans la modestie, la beauté peut éblouir ^-mais elle ne touchera jamais : c'est par-là qu elle inspire une tendre vénération , et qu'elle obtient une espèce de culte. Que cette mo^ destie aimable serve de voile k dès désirs qui , peut-être , doivent s'éteindre avant la fin du jour , et faire place à un nouveau penchant. Céphalide ne put soutenir cette idée sans laisser échapper^ quelques larmes. Ces larmes , lui dit la mère , sont indignes d'une fille samnite. Sachez que de tous les jeunes guerriers qui vont concourir , il n'en est aucun qui n'ait prodigué son sang pour notre défense et notre liberté ; qu'il n'en est aucun qui ne vous mérite , et envers lequel vous ne dussiez être glorieuse d'acquitter v<)tre patrie. Oocupez-vous de cette pensée , séchez vos pleurs , et suivesmoi.
De son câté , le bon homme Télespon conduisait son fils k l'assemblée. £h bien ! lui dit-il , conmient va le cœur? J'ai été assez content de toi dans cette campagne , et j'espère qu'on en dira du bien. Hélas! dit le tendre et modeste Agatis , je n'ai eu qu'un moment pour moi. J'aurais peut-être fait quelque chose ; mais vous étiez blessé, je vous devais mes soins. Je ne me reproche pas de vous avoir sacrifié ma gloire. Je serais inconsolable d'avoir trahi ma patrie , mais je ne le serais pas moins d'avoir abandonne
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von père. Grâce au ciel , mes devoirs n'ont pas été incompali*lies ; le reste est dans la main des dieux. J'admire comme on at religieux quand on a peur , dit le vieillard en souriant : avoue ^oe ta étais plus résolu en allant charger les Romains ; mais prends courage , tout ira bien » je t'en promets une jolie.
Ils se rendent à l'assemblée où plusieurs générations de citoyens, racngées en amphithéâtre, formaient le coup d'œil le plus imposant. L'enceinte s'arrondissait en ovale : on voyait d'un côté les filles aux pieds des mères ; de l'autre , les përed au-dessus des garçons ; à l'un des bouts , le conseil des vieillards ; à l'autre , la jeunesse , qui n'était pas encore nubile , placée selon les degrés de l'âge. Les nouveaux mariés des années précédentes envii^>nnaient Tenceinte. Le respect; la modestie et le silence régnaient partout. Ce silence fut tout à coup interrompu par le bruit des fanfares goerrières ; et l'on vit s'avancer le général samnite , environné des héros qui commandaient sous lui. Sa présence fit baisser les jeux à tous les concurrens. Il traverse l'enceinte , et va se placer , avec son cortège , au milieu des sages.
On ouvre les fastes de la république , et un (léraut lit à haute voix , selon l'ordre des temps , le témoignage que les magistrats et les généraux ont rendu de la conduite des jeunes guerriers. Celui qui , par quelque lâcheté ou quelque bassesse , aurait imprimé une tache à son nom , était condamné , par les lois , à la peine infamante du célibat , jusqu'à ce qu'il eût racheté son honneur par quelque action généreuse ; mais rien n'était plus rare que ces exemples. Une probité simple , une bravoure irréprochable était le n^oindre éloge qu'oa pût donner à un jeune samnite ; et c'était une espèce de honte que de n'avoir fait que son devoir. La plupart d'entre eux avaient donné des preuves d'un courage , d'une vertu , qui partout ailleurs seraient héroïques , et qui , dans les mœurs de ce peuple , se distinguaient à peine , tant ils étaient familiers. Quelques uns s'élevaient au-dessus de leurs rivaux par des actions plus éclatantes ; mais le jugement des spectateurs devenait plus sévère à mesure qu'ils entendaient publier des vertus plus dignes d'éloge ; et celles qui les avaient d'abord frappés rentraient dans la foule des choses louables effacées par dé plus beaux traits. Les premières campagnes d'Agatis étaient de ce nombre. Mais quand on en vint au récit de la dernière Bataille , et qu'on raconta comment il avait abandonné son père pour rallier ses compagnons et Ici ramener au combat , ce sacrifice de la nature à la patrie enleva tous les suffrages , les larmes coulèrent des yeux des vieillards ; ceux qui environnaient Télespon l'embrassaient de joie , les plus éloignés le félicitaient du geste et du regard ; le bon k>iBxne riait çt fondait en larmes ; les rivaux mêmes de son fils
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le regardaient aTec respect ; et les mères , pressant leurs fiHes daim a leurs bras , leur souhailaient Agatis pour ëpoux. Cëphaiide , pâl^ «t tremblante , n'ose lever les yeux ; son cœur , saisi de joie et d^ crainte , a suspendu son mouvement ; sa mëre , qui la soutient sus* èes genoux , n'ose lui parler de peur de la trahir , et croit voii* tousles jeux attachés sur elle.
Dès que le murmure de l'applaudissement universel fut apaisé, le héraut nomme Parménon , et raconte de ce jeune homme , que, dans la dernière bataille , le coursier du général samnite s'étant abattu sous lui , percé d'une flèche mortelle , et le héros , dans sa chute 9 s'étant trouvé un moment sans défense , un soldat romain était prêt à le percer de son javelot ; que Parménon , pour sauver la vie au chef, avait exposé la sienne en se précipitant au-devant du coup , dont il avait reçu la profonde blessure. Il est certain , dit le général en prenant la parole y que ce généreux citoyen me fit un bouclier de son corps ; et si mes jours sont utiles à la patrie , c'est un bienfait de Parménon. A ces mots , l'assemblée , moins attendrie mais non moins étonnée de la vertu de Parménon que de c^He d' Agatis , lui' donna les mêmes éloges ; et Ton vît les suffrages et les vœux se partager entre ces deux rivaux. Le héraut, par ordre des vieillards , impose silence ; et ces juges vénérables ' se lèvent pour délibérer. Les opinions se combattent Iong*temps avec même avantage : quelques uns prétendaient qu' Agatis n'avait pas dû quitter son poste pour secourir son père , et qu'il n'avait fait que réparer cette faute en abandonnant son père pour rallier ses compagnons ; mais ce sentiment dénaturé &it celui du plus petit nombre. Le plus ancien des vieillards prît enfin la parole y et dit j N'est-ce pas la vertu que nous devons récompenser ? Il ne s^agit donc que de savoir lequel de ces deux mou\Tmens est le plus vertueux , ou d'abandonner un père expirant , ou d'exposer sa propre vie. Nos jeunes gens ont fait tous les deux une action décisive pour la victoire ; c'est à vous de juger , vertueux citoyens , laquelle des deux a dii le plus coûter. De deux exemples également utiles 5 le plus pénible est celui qu'il faut le plus encourager.
Le croira-t-on des mœurs de ce peuple ? Il fut décidé d'une Toix , qu'il était plus généreux de s'arracher des bras d'un père expirant que l'on peut secourir , que de s'exposer soi-même à la mort , fAt-elîe inévitable ; et tous les suffrages se réunirentpour décerner à Agatis l'honneur du premier choix. Mais le combat qui va s'élever paraîtra moins vraisemblable encore. On avait délibéré à haute voix , et Agatis avait entendu que le principe de générosité avait seul fait pencher la balance. Il s'éleva dans son âme un reproche qui le fit rougir. Non , dit-il en lui-même , c^est une surprise ^ je ne dois point en abuser. Il demande à parler : on b^