‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 103 sur 348 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Un des plus grands désordres du péché est sans donle cet éloignement et ce dégoût naturel que nous avons de la prière. L’Iioinme innocent auroit fait toutes ses délires de s’enli'elenir avec son Dieu : toutes les créatures turoieiU été comme un livre ouvert , où il aurult sans cesse médité ses œuvre» et ses merveilles : les impres.sinns des sens, soumises à sa raison, n'aiiroient jamai.s pu ie distraire malgré Ini de la douceur et de la familiarité de .sa divine pré^ence : toute sa vie eût été une cuntemplalloii continuelle de la vérité; et il n'eût été heureux dans son innocence, que parce que le Seigneur se seroit sans cesse communiqué à lui , et qu’il ne Teûl jamais perdu de vue.

Il ^ut donc que Tiiumme soit bien conompii, et que le |>édié ail fait eu noms d'étranges cliangement», pour nous faire une peine de ce (fui devroii être notre félicité. Il n'est que lro|) vrai cependant, (]ue nous portons presque tons dans le fond de notre nature oe dégoût et cet éloignement de la prière; et qtie c'est le prétexte le plus universel qu'on oppose à l’accomplissement de ce devoir si essenitel à la piété chrétienne. Les personnes mêmes, à qui la pratique de la vertu devroit avoir rendu l'usage de la prière plus doux .et plus lâmilier, se plaignent tous les jours des dégoûts et des ^rements éternels qn'elles éprouvent dans ee saint e.xercice; de sorte que le reganlanl, ou comme un devoir onéreux, ou comme une gêne imUîie, elles en al»règenl les moinenU, et croient être quittes d’iin joug cl d'un nssujélissement, quand elles voient finir ce temps d'ennui et de contrainte.

Or, Je dis que rien n’est plus injuste que de s'éloigner de la prière , à cause des dégoûts et des cgaremcnls d’esprit, qui noii.s la rendent pénible et désagréable; fiarce que ces dégoûts et ces éga- I rcmenls prcimeul leur source, ptemièremeiU, ou

iiUi JEUDI DE LA PREMIEKE SEMAINE,

dans noire tiédeur et nos infidélités; seconde* ment, ou dans le peu d’usa^ que nous avons dé la prière; troisiéniement enfin ^ ou dans la sa^resse de Dieu même qui nous éprouve, et qui veut purifier noire cœur, en nous refusant pour quelque temps les consolations sensibles de la prière.

Oui , mes Frères, la première source et 1a plus commune des dégoûts et des aridités de nos prières, c'est la tiédeur et finfidélilé de notre vie. C'est en effet une injustice, de prétendre (pie nous puissions porter à la prière un esprit serein et tranquille, une imagination calme et libre de tous les vains fantémes qui l'agitent ; un ctrur touclié et disposé à goûter la présence de son Dieu; tandis que toute notre vie, quoique d'ailleurs vertueuse aux yeux des hommes, sera une dissipation étemelle; que nous vivrons au milieu des objets les plus propres à remuer l'imagination , à faire en nous de ces impressions vives qui ne s'effacent plus; en un mot, que nous conserverons dans notre canir mille attachements injustes, qui ne nous paroissent pas absolument criminels, mais qui nous troublent, nous partagent, nous occupent, et qui affoibllssent en nous, ou même qui nous ôtent lüut-à-fait le goût de Dieu et des choses étemelles. Hélas! nies Frères, si les âmes les plus retirées et les plus saintes; si des solitaires pénitents; si un Antoine au fond des déserts; si un Jérôme, exténué par des macérations continuelles et par des éludes laborieuses; si un Benoît, purifié |>ar une longue retraite et par une vie toute céleste , Irouvoient encore , dans le seul souvenir de leurs nm‘urs passées, des Images fUcbeuses qui venuient, jusque dans le fond de leurs solitudes , troubler la douceur ou la tranquillité de leurs prières; prétendons'iious que dans une vie régulière, je le veux , mais toute pleine d'agitations, d'occasions qui nous entraînent, d'objets qui nous dissipent , de tentations qui nous troublent, de discours qui nous ébranlent, de plaisirs qui nous amollissent, de craintes ou d'espérances qui nous agitent; nous nous trouverons tout d’un coup dans la prière de nouveaux hommes, piiriHés de toutes ces images qui viennent de souiller noire esprit, libres de tous ces aUacliemenLs qui viennent de partager et corrompre peut-être notre co*iir, calmés de tontes ces agitations qui viennent de faire sur notre ame des impressions si violentes et si dangereuses; et qu’oubliant pour un moment le monde entier et tous ces vains objets (|ne nous venoas de laisser, et que nous portoas encore tous dans notre souvenir et dans notre C(rnr, nous nous trouverons tout d’un coup élevés devant Dieu à la méditation des cliüses célestes, pénétrés de l'amour des biens

étemels , pleins de componction pour mille infidélités que nous aiinous encore, et d'une tranquillité d’esprit et de emur, que la retraite la plus profonde et le détaclieiiient le plus rigoureux, ne donnent pas quelquefois eux-iuëiiies. Ah ! mes Frères, que nous sommes injustes, et que les plaintes que nous falsoas sans cesse contre les devoirs de la piété se tourneront un jour en de terribles reproches contre nous-mêmes!

Et pour approfomlir encore celte vérité et entrer dans un détail qui vous la rende plus sensible; vous vous plaignez, premièrement, que votre esprit, incapable d’un instant d’attention dans la prière, s'y égare sans cesse et vous écliappe malgré voa'^-mêiue. Maü« comment voulez-vous l'y trouver attentif et recueilli, si tout ce que vous faites le distrait et le dLssi|>c; si dans le détail de la conduite , vous ne vous rappelez jamais à vous-même , si vous ne vous accoutumez point à ce recueillement intérieur, à celte vie de foi , qui , au milieu même des dissipations du monde, trouve des sources de réflexions saintes? Pour trouver un esprit recueilli dans la prière, il faut J'y porter; il faut que le commerce même des pécheurs, lorsqu’on est obligé de vivre au milieu d’eux ; que la vue de leurs passions, de leurs inquiétudes, de leurs craintes, de leurs espërai^es, de leurs joies, de leurs cliagrins , de leur misère , fournisse à notre foi des réflexions et des retours vers Dieu , qui nous préparent au recueillement et à la tranquillité de la prière. Alors, au sortir même du monde et des conversations mondaines, où le devoir tout seul vous aura engagé, vous n'aurez pas de peine à vous aller recueillir de>ant Dieu , et d'oiihlier à ses pieds les vaines agitations dont vous venez d’être témoin. An contraire, les vues de la foi que vous y aurez conservées, l’avenglement des mondains que vous y aurez déplore en secret, vous fera trouver de nouvelles douleurs aux pieds de Jésus-Christ : vous vous y délasserez avec consolation de l'ennui des dissipations et des imililités mondaines : voiisy gémirez avec un nouveau goût sur la folie des hommes, qui courent avec tant de fureur après la fumée , après un l>onhcur qui les fuit et qu’ils ne trouvent jamais, parce que le monde, où ils le clierchent, ne sauroit le donner : vous y remercierez plus vivement le Seigneur de vous avoir éclairé et discerné avec tant de ImiiUc , malgré vos crimes, de celle mnititude qui doit périr ; vous y verrez, comme dans un nouveau jour, le bonheur des aines qui le servent, et qui, détrompées de la vanité, ne vivent plus que pour la, vérité.

\'ous vous plaignez, sccundenient, <)ue votre

su U LA

cirnr insensHile dans la prirre n’y sent rien de vif pour son Dieu , et ne trouve en lui qu'un dégodt affreux qui la lui rend insupportable.

Mais cuninient voulez- vous que votre coeur , tout occupd des clioses de la terre , plein d’attachements injusiés, de goiU pour le monde, d’amour de voiis-mÆme , de projets d’clévaliun , de désirs peut- <Hre de plaire ; comment voulez-vous qu’un coeur prévenu de tant d'affections terrestres trouve encore en lui quelque sensibilité pour les clioses du ciel ? Tout y est rempli , occupe par les créatures; où voulez-vous que Dieu trouve sa place? On ne sauniit piiiter en im’me temps Dieu et le inonde. Aussi , dès que le.s Israélites , après avoir passé le .loiinlain , eurent goûté des fniils de la terre ; la manne, dit l’Iscriture, cessa de tomber, comme s'ils n'avoient pu isartieiper en même temps à cette nourriture du ciel et à «elle de la terre : Defet iUiae vwiwtt poshiuam roiiirrirruiil de frugibus terra. (Jos., V, 12. )

L'amour du monde , dit saint Augustin , coiiiuie une lièvre dangereu.se, répand sur le orur une amertume uuiverselle ipii nous rend insipides et di'goiltants les biens invisibles et éternels. Ainsi vous ne portez jamais à la prière qu'un dégoût insiinnoiitablc ; ail! c’est une niarqiie que votre ' rieur est malade'; qu'unelièvre secrète, et inconnue |ieut-ètreàvous-iuéiiic, le fait languir, le mine et le dégoûte; qu’un amour étranger l’occupe. Remontez tt la soiiicu de vas dégoûts pour Dieu et |K>ur tout ce qui a rapjiort à lui , et voyez si vous ne la trouverez pas dans les attadiemenls injustes de votre cteiir : voyez si vous ne tenez pas encore trop vous-niénic aux soins de la parure, à l’amour de votre personne, à des amitiés frivoles, i des aniinosités dangereuses, à des envies secrètes , à des désirs d’elévalioii, à tout ce qui vous environne ; voilà la source du mal : appliquez-y le remède ; prenez cliaipie jbiir quelque chose sur voiis-mème ; travaillez sérieu.semeiit à purilier votre cirur : vous goûterez alois les douceurs et les consolations de la prière; alors le monde ii’occupaiit plus vos affections , vous trouverez Dieu plus aimable : on aime bientût vivement ee qu’on aime uniquement.

Et certes, rendez gloire ici à la vérité : n’est-il [Sis vrai que les jours où vous avez vécu avec plus d’altenlion .sur vous-même; les jours où vousavez fait au .Seigneur quelques sacriflees de vos goûts , de votre paresse , de votre humeur , de vos aversions , n'esl-il pas vrai c|ue ces jours-là vous avez prié avec plus de paix , plus de consolation , plus de joie? On retrouve avec bien plas de plaisir les yeux d’un maître à qui l'on vient de donner des man|ues éclatantes de fidélité ; au

PRIÈRE. à).’>

lien qu'on souffre devant lui, quand on sent qu’il a mille justes reprocfies à nous faire; on s’y iléplalt , on y est contraint et gêné; ou se cache devant lui, comme le premier pécheur; on ne lui parle plus avec cette effusion de cirur et celte coiiliance qu’inspire une coascience pure , et qui n’a rien à se reprocher; et l’on compte les moments où l’on est obligé de soutenir la contrainte et l’ennui de sa divine présence.

Aussi, lorsque Jésus-Christ nous ordonne de prier, il coiiimence par nous ordonner de veiller : Figilate, et orate. ( Matiii., x.wi, AI.) Il veut nous faire entendre par là, que la vigilance est la seule préparation à la prière , que pour aimer à prier , il faut veiller ; et que les goûts et les coasolatious ne .sont accordées dans la prière , qu’au recueillement et aux sacrifices de la vigilance : f'igilate, et orate. Je sais que si vous ne priez pas , vous ne sauriez veiller sur vous et vivre saintement ; mais je sais aussi que si vous ne vivez p.is avec cette vigilance, qui fait vivre saintement, vous ne sauriez jamais prier avec goût et avec consolation. I.a prière nous obtient la grâce de la vigilance , il est vrai ; mais il est encore plus vrai que la vigilance seule [leut nous attirer le don et l’usage de la prière ; f'igilate, et orate.

Et de là , mes Frères , il est aisé de conclure , que quand la vie du monde, même la plus innocente; c’est-à-dire, quand les plaisirs, les jeux étemels, les dis$i|ialions , les amusements des théâtres, que vous appelez innocents, n’aiiroient point d’autre inconvénient que de vous rendre inhabiles à la prière : quand celte vie du monde, que vous justifiez tant, n’auroit rien de plus criminel , que de vous dégoûter de la prière , de dessécher votre cœur , de dissiper votre imagination , d’affoiblir votre fui , et de laisser le trouble et l’agitation dans votre esprit ; quand nous ne jugerions de la sûreté de cet état , que parce que vous nous dites tous les jours vou.s-mèmes, i|ue vous ne savez comment vous y prendre pour prier , et que la prière est pour vous d’un dégoût et d’un ennui que vous ne pouvez .soutenir; je dis i|ue pour cela seul , la vie du monde la plus innocente , est une vie de péché et de ri'probation ; une vie pour la quelle il n’y a point de salut ; car le salut n’est promis qu’à la prière; le salut n’est possible (|ue |>ar le secours de la prière; le salut n’est accordé qu’à la persévérance de la prière : donc toute rie qui met un obstacle essentiel à la prière ne doit rien prétendre au salut. Or, qu’une vie de dissipation, de jeu , de plaisir, de spectacle mette un olistacle essentiel à la prière; qu’elle mette dans notre cœur, dans notre imagination, dans nos sens, un

JEUDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE

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dégoùl invincible pour la prière , une dissipation incompatible avec l'esprit de prière; vous te savez; vous vous en plaignez tous les jours; vous vous ser\ez même de ce prétexte pour ne pas prier ; et de là concluez qu'il n’y a point de salut pour la vie du monde même la plus innocente ; puisque partout où la prière est impossible, le salut l'est aussi. Première raison des dégoûts et des égare* inents de nos prières; la tiédeur et rinfidélitc de notre vie.

La scL'onde , c’est le peu d’usage que nous avoiks de la prière. Nous prions avec dégoût , parce que nous prioiH rarement. Car premièrement, c’est l'usage de la prière tout seul , qui calmera peu à peu votre esprit; qui en bannira insensiblement les images du monde et de la vanité; qui dissipera tous ces nuages qui forment les dégoûts et (es éga* rements de vos prières. Secondement, il faut de* mander long-lenq»s avant que d’obtenir, presser, solliciter, importuner ; les douceurs et les consolations de la prière suiu le frtiit cl la récompense de la prière iiiènie. Troisièmement , il est nécessaire tpi’il y ait de la familiarité , atin que le plaisir s*y trouve. Si vous priez rarement , le Seigneur sera toujours pour vous un Dieu étranger cl inconnu , pour ainsi dire , devant qui vous serez dans une espèce de gène et de cuiUraiute ; avec qui vous n’aurez jamais ces effusions de cœur, celte douce coiiliance, celte sainte liberté que la fariiiliurilé toute seule donne, et qui fait tout le plaisir de ce divin commerce. Dieu veut être connu pour être aimé. Le monde perd à être approfondi , il n’a de riant ipie la surface et le premier coup d’œil. Kntrc/. plus avant; cc n’est plus que vide, vanité, chagrin, agiiation et misère. IVlais le Seigneur, il faut le coimoiire et le goûter à loisir, dit le Propiièle, pour sentir tout ce qu’il a d’aimable : iate, et rideie quoniam svaris est Dominus. (Ps. \x\m, 9.) Plus vous lecüimoisseZjplus vous l’aimez; plus vous vous unis.*^z à lui , plus vous sentez qu’il n’y a de véritable bonheur sur la terre, que celui de le connollre et de l’aimer : (Ittstafe et videte quoniam suaris est /Jomiuus.

C'est donc l’usage de la prière tout seul , qui peut nous rendre la prière aimable, .\ussi nous voyons . ()iie la phq»art des personnes qtti se plaignent des dégoûts et des égarements de leurs prières, prient rarement; croient avoir satisfait à ce devoir essentiel , quand elles ont donné rapidement ail Seigneur quelques moments de dissipation et de contrainte; l'alxandunnenl au premier instant de dégoût ; ne font aucun effort pour y assujétir leur esprit; et loin de regarder l’opposition invincible qu’elles ont à la prici'e, comme une -

raison qui la leur rend plus nécessaire,* elles la regardent comme une excuse légitime qui les en dispense.

Mais comment, direz-vous, trouver le temps dans le monde de faire un asage si long et si fréquent de la prière? Vous ne trouvez pas le temps de prier, mon cher Auditeur? Mais pourquoi le temps vous est-il donné, que pour demander à Dieu qu’il oublie vos crimes, qu’il vous regarde avec des yeux de miséricorde, et qu’il vous mette un jour au nombre de ses saints ? Vous n'avez pas le temps de prier? Mais vous n’avez donc [»as le temps d’être chrétien? car un homme qui ne prie pas est un bomiiie qui n’a point de Dieu , point de culte, point d'espérance. Vous n’avez pas le temps de prier? Atais la prière est le commencement de tout bien ; et si vous ne priez pas , vom; n’avez pas encore fait une seule œuvre pour la vie éternelle. .Ah! mes Frères, manquons- noas de temps pour solliciter les grâces de la terre, pour importuner le maiire, pour obséder ceux qui sont en place , pour donner aux plai.sirs ou à la paresse ? Que de munieiits inutiles! que de jours ennuyeux et à charge , par la tristesse toute seule que l’oisiveté traîne après elle ! que de temps perdu à de vaines lùenscances , à des entretiens oiseux , à des jeux interminables, à des assuJéUssements stériles , à courir après des cliiiiières qui s’éloignent toujours plus de nous! Grand Dieu! et l’on manque de temps pour vous demander le ciel, pour apaiser votre colère et attirer vos miséricordes élernelles ! Qu’oii fait peu de cas de son salut , d mou Dieu! quand on n’a pas le temps de demander à votre miséricorde qu’elle nous sauve ! et qu’on est à plaindre de trouver tant de moments pour le inonde, et de n’en pas trouver un seul pour l’éternilé! Seconde raison des dégoûts et des égarements de nos prières; le peu d’us^ de la prière même.

Il est vrai , mes Frères, que celle raison n’est pas si générale , qu’on ne voie souvent les âmes les plus fidèles à la prière éprouver constamment ces dégoûts et ces égarements dont je parle : mais je dis (|u’alors ces dégoûts viennent de la sagesse de Dieu (|ui veut les purifier , et qui ne les conduit par celle voie, qtte pour accomplir ses desseins éternels de miséricorde sur elles; dernière raison : qu’ainsi loin de se reluUer de ce que la prière leur offre de triste et de désagréable, elles doivent y persévérer avec plus de fidélité, que si le Seigneur y répamloil sur elles des consolations sensibles et abondantes.

Premièrement, parce que vous devez regarder ces dégoûts , comme la juste peine de vos infidé-

SUR LA

Hlés passées. N*esl>il pas raisonnable que Dieu vous fasse expier les voluptés criminelles de voire vie mondaine , par les dégodts et les amertumes de la pif té? La foible»se du tempérament ne vous permet peut-être pas de punir par des imicéralions corporelles , l’égarement de vos premières mœurs ; n’es(-il pas juste que Dieu y suppléé |tar les peines et les aRliclions intérieures de l’esprit? Voudriezvous qu'il vous fit passer en un instant desplabirs du nwiide à ceux de la grâce ; des viandes de l’Egypte au lait et au miel de la terre de promesse, sans vous avoir fait éprouver auparavant les aridités et les fatigues du désert ; et en un mot , qu’il ne châtiât, si j’ose parler ainsi, les délices du crime, que [lar celles de la vertu ?

Secondement, vous vous êtes si long-temps refusé â Dieu, malgré les plus vives inspirations de sa grâce, qui vous rappeloient à la vérité et 4 la lumière ; vous l'avez si long-temps laissé lieuiicr 4 la porte de votre cœur , avaut que de l'eii remlre le maître, vous avez tant disputé, combattu , luilancé, différé, avant que de vous donner 4 lui; n’esl-U pas juste qu’Ü vous lais.se solliciter quelque temps, avant de se donner 4 vous avec toutes les consolations de sa grâce ? Les délais et les retardemeoU du Seigneur sont la juste peine des viMres.

Mais quand ces raisons scroient moins solides, que savez-vous si Dieu ne veut point vous rendit: par là cet exil , et réloignement où nous vivons de lui, plus haïssables, et vous faire soupirer plus ardemment après cette patrie étemelle, ou la vérité, vue 4 découvert, nous parollra toujours aimable, parce que nous la verrons toujours telle qu’elle est? Que savez-vous s’il ne veut point par ià vous inspirer plus de componction de vos crimes pa.ssés , en vous faisant sentir 4 tous les moments l’opposition et le dégoût qu'ils ont laissés dans votre cœur pour la vérité et |xHir la justice? Que savez-vous enHu, si, par ces dégoûts, Dieu ne veut pas scliever de purilier tout ce qu’il peut y avoir encore de trop humain dans votre piété? s’il ne veut pas établir votre vertu sur la vérité qui est toujours la même, et non pas sur le goût qui change sans cesse ; sur les règles qui sont étemelles , et non pas .sur les consolations qui sont passagères; sur la foi qui .sacrifie constamment les choses visibles aux invisibles, et non pas sur la sensibilité, qui laisse au monde le même empire presque qu’a la grâce sur notre cœur. Une piété toute de goût ne va ]>as loin, si 1a vérité ne la soutient et ne l’aniermit. Il est dangereux de faire dépendre sa tidélilé des dispositions sensibles d’un cœur qui n’est jamais un instant le même , et sur qui tous les objets font

PiufcRK. ai;

des inipre.ssions nouvelles. Les devoirs qui ne plaisent que lorsqu’U.s cunsolenl , ne plaisent pas longtemps; et la vertu, qui n’esi que dans le goût, ne sauroil se soutenir, parce qu’elle ne tient qu'à nous-mêmes.

Car après tout , si vous ne cliercbez que Dieu tout seul dans vos prière.^; qu’il vous (.‘ondui.se par des d^oûu ou par des consolations, ;H>iirvii que la voie par où il vous mène, vous conduise à lui, comme elle est la plus sûre pour vous, elle doit vous paroilre préférable à toutes les autres. Si vous ne priez , que pour attirer plus de secours du ciel sur vos besoins et sur vos foibte.«ses; la ft>i vous apprenant que la prière arcompagnée môme de ces dégoûts et de ces aridik's, obtient les mêmes grace.s, produit le.s mêmes effets, et qu’elle est aussi agréable à Dieu, que celle où se trouvent de.s consolations plus sensihlcs; (pie dis-je? quVIie peut devenir même plus agréable au Seigneur par l’acceptation des peines que vous y souffrez; la fol vous l’apprenant, vous devez être aussi fidèle 4 la prière, que si elle vous offroit des allraiLs sensibles. Autrement, ce ne soroit pas Dieu que vous chercheriez, mais vous-même; c*e ne seroient pa.s les biens éternels, mais des con.M)Jation.s vaines et |>a.s.sagères; ce ne seroienl pas les l eniMes de la foi, mais le.s appuis de votre amourpropre.

Ainsi, qui que vous soyez qui m’écoulez ici , imitez la femme chananéenne : soyez fidèle 4 la prière; et, dans l’accomplissement de ce devoir, vous trouverez le secours et la facilité de tous les autres. Si vous êtes pécheur, priez :ce n’est ((tie par là que le piiblicaiii et la piclieresse de fÈvaiigile obtinrent des senlimeiiLs de componction, et la grâce d'une parfaite pénitence; et la prière est la seule source et la seule voie de la justice. Si vous êtes juste , priez encore : la persévérance dans la foi et dans la piété n’est promise qu’à la prière; et ce n’est que par là que Job, que David, que Tobie, ont persévéré jusqu’à la lin. Si vous vivez au milieu des pécheurs, et que le devoir ne vous [lermelte pas de vous dérober au spectacle de leurs dérèglements et de leurs exemples, priez : plus les fiérils sont grands , plus la prière de>ient nécessaire ; et les trois enfants au milieu des ilamrnes , et Jonasdans le sein d’un mon.slre, ne trouvèrent leur sûreté que dans la prière. Si les engagements de votre naissance ou de votre état vous attachent à la cour des rois , priez : £.siher dans la cour d'Assuerus, Daniel dans celle de Darius, les propiièle-s dans les palais des rois d’Israël, ne durent qu’à la prière la vie et le salut. Si vous vivez (Uns U retraite , priez : U solitude elle*

Digilizeu uy

JEUDI DE L\ PREMIÈRE SEMAINE

mt^me devient iin écueil , si Tentrctien conüoael avec le Seigneur ne nous défend contre nous-mé* mes; et Judiüi dans le secret de sa maison, et la veuve Anne dans le temple, et les Antoine au fond des déserts, ne trouvèrent que dans la prière le fruit et la sûreté de leur retraite. Si vous êtes établi dans l’Eglise pour instruire les peuples, priez : vos prières toutes seules feront toute la force et tout le succès de votre ministère; et les apôtres ne convertirent Tunivers, que parce qu’ils ne s’étoieiit réservé pour leur partage que la prière et la prédication de l'Evangile : Nos rerà oraltOMÎ, et miiiLSlerto rerbi iMStaiites erimus. (Act., VI, i.)EnÜn, qui que vous soyez encore une fois, dans la prospérité, ou dans l’indigence; dans la joie, ou dans raflliction; dans le trouble, ou dans la |jai\; dans la ferveur, ou dans le dé* coiiragemeiU; dans le désir, on dans les voies de la justice; avancé dans la vertu, ou encore dans les premières déniarclies de la pénitence; priez ; la prière est la sûreté de tous les états, la consolation de toutes les peines , le devoir de tontes les conditions , l’ame de la piété, le soutien de la foi, le grand fondement de la religion, et toute la religion elle-même. O mon Dieu ! répandez donc sur nous cet esprit de grâce et de prière , qui devoit être le caractère le plus marqué de votre Eglise , et le partage d’un peuple nouveau; et purifiez nos ctrtirs et nos lèvres, afin que nous puissions vous offrir des louanges pures , des soupirs fervents, et des v<t‘ux dignes des bieiLs éternels que vous avez promis si souvent à ceux qui vous les auront demandés comme il Tant.

yiinsi soit^il.

AVIS

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