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vers le trùne de voire miséricorde, afin que vous daigniez vous-inf me venir à son secours , mellrc un frein à ses passions indomptées , éclairer ses erreurs, soutenir sa foihiesse, adoucir ses tentations , abréger les licures du eombat , et le relever de ses cliules?
Le chrétien est donc un liorame de prière : son origine , sa situation , sa nature , ses besoins , sa demeure , tout l’avertit qu’il faut prier. L’Kgiise eUe-inême, où la grâce de la régénéiation l’a incorporé, Ici-bas étrangère, y est toujours gémissante et plaintive : elle ne leconnoU ses enfants que par les soupirs qu’ils poussent sans cesse vers leur patrie; et le chrétien qui ne prie pas se retranche lui-même de l’assemblée des saints, et est pire qu’un infidèle.
D’où vient donc, mes Frères, qu'un devoir si essentiel, et si consolant même pour l’homme, est aujourd’hui si négligé? D’où vient qu’on le regarde , ou comme un devoir triste et ennuyeux , ou cotnme le partage setilemenl des âmes retirées ; de sorte que nos instructions sur la prière n’intéressent presque pas ceux qui nous écoulent, persuadés qu’elles conviennent plus aux cloîtres qu’à la cour?
D’où vient cet abus , mes Frères , et cet oubli si universel de la prière dans le monde? De deux prétextes que je veux aujourd’hui combattre ; premièrement , on ne prie pas , parce qu’on ne sait pas prier, dit-on, et qu’on y perd son temps; secondement, on ne prie pas, parce qn’on se plaint qu’on ne trouve dans la prière que des égarements d’esprit, qui la rendent insipide et insoutenable. Premier prétexte tiré de l’ignorance où l’on est sur la manière dont il faut prier. Second prétexte pris dans les dégoûts et les difficultés de la prière. Il faut donc premièrement, vous apprendre à prier, puisque vous ne le savez pas. Il faut en second lieu, vous faciliter l’usage de la prière, puisrpie vous y trouvez tant de peine et de difficulté. Implorons, etc.
PREMŒIIE PARTIE.
Les préceptes que je vous prescris , disoit autrefois le Seigneur à son peuple, ne sont pas audessus de vos forces, ni inaccessibles à la portée de votre esprit : ce ne sont j>as des secrets cachés dans le ciel , de sorte que vous puissiez dire : Mais (|ui de nous pourra s’élever jiisiiue-là pour les découvrir et jiour les comprendre? ni des connoLssances qu’on ne trouve qu’au-dela des mers, de [leur (jue vous ne me disiez : Commenl pourronsnous les traverser pour nous en instruire? Ce sont des devoirs qui sont à votre portée, et tout pro-
PIUÙKK.
chc de vous ; qui peuvent s’accomplir dans votre Itoiiclie et dans votre cieur : de sorte ipie vous n’avez plus d'excuse a ni’op[io.ser, si vous vous dispensez de leur olrservance : Seü jiu-lo fc est sermo, in ore tuo, et i« corde liio, vt fadas illiim. (Dkut., XXX, I L)
Or, ce que le Seigneur dit en général de tous les préceptes de sa loi .sainte, qu’il n’en faut jias chercher la connoissanec hors de nous, et qn’ila s'accomplissent tons dans notre ceeiir et dans notre liouche; nous pouvons le dire jiliis particulièrement du précepte de la prière, tpii est comme le premier et le plus nécessaire de tous.
Cepenilant , ce qu’on oppose le plus onlinaircinent dans le monde à ce devoir, c’e.sl qu’on ne sait (lue dire à Dieu (piand on vient se présenter à la prière, et que l'oraison est un .secret oit jus- (|u'ici on n’a pu rien comprendre, .le dis donc que ce prétexte prend sa source dans trois dispositions inju.stes; la première, c’est qu’on se trompe dans l’idée qu’on se forme de la prière; la seconde, c’est qu’on ne sent pas as.sez ses misères et ses besoins; la troisième, c'est qu’on n’aime point son Dieu.
Je dis premièrement, qu’on se trompe dans l’idée qu’on se forme de la prière. Eu effet, mes Frères, la prière n’est pas un effort de l’esprit, uu arrangement d'idées, une pénétration profonde des mystères et des (xtnseils de Dieu ; c’est un simple mouvement du cœur; c’est un gémissement de l’ame vivement touchée à la vue de ses misères; c’est un sentiment vif et secret de nos besoins et de notre foihiesse, et une humble <xiuliance, qui l’expose à son Seigneur, pour en obtenir la délivrance et le remède. La prière ne suppose pas dans l’ame (|ui prie de grandes lumières, des connoissances rares, uu esprit plus éleve et plus cultivé (pie celui des aulri'S hommes ; elle suppose seulement plus de foi , plus de componction , plus (le désir d’êtie délivré de scs tentations et de ses misères. La prière n’est pas un secret ou une science tiu’on apprenne des hommes; un art et une méthode inconnue , sur laquelle il soit be- •soin de consulter des maîtres habiles pour en savoir les règles et les préceptes. Les moyens, les maximes (pi'on a voulu nous donner là-dessus en nos jours, sont ou des voies singulières qu’il ne faut jamais proposer jrour modèle, ou les s[>écrilations vaines d’un esprit oiseux, ou un fanatisme qui mène a tout, et qui, loin d’édifier l’Eglise, a mérité ses censures , a founri aux impies des dérisions contre elle, et au monde de nouveaux prétextes (le mépris et de dégoût de la prière. I.a prière est un (ievoir sur lequel nous naissons tous
JFJîDI DK KA ÏMIK.MIKUK SKMAINK.
instruits : les règles de cette science divine ne M)nt écrites (jne dans nos ca’urs; cl rKsprit de Dieu est le seul maître qui IVnseigne.
Lne anie simple et iiinuccnte, (|iii est [>ém'’tréc <le ta grandeur de Dieu, frapiwe de la teneur de scs jugements, toudii^e de ses miséricordes intinies;qui ne sait prcsijue (jiie s’anéantir en sa présence, confesser dans la simplicité de son nrur ses iMHités et ses merveilles , adorer les ordres de sa providence sur elle, accepter devant lui les croix et les peines, qiu* la sagesse de ses euiisoils lui inqtose; qui ne ronnolt pis de prière plus su- Mime, que de sentir devant Dieu toute la comip- Uon de son cuMir; gémir sur sa dureté , et sur son oppo>itiun à tout bien; lui demander avec une foi vive, qn’il la convertisse, qu’il délniUc en elle cet homme de p<‘ché, qui malgré ses plus fermes iLSoIulions , lui fait faire tous les jours tant de faux pas dans les voies de Dieu : une ame de ce caractère est mille fuis plus iitslruile sur la scieiK% de la prière, que les maîtres et les tlorleurs euxinOmcs, et peut dire avec le Prophète : Super om- »ics docente.s me inteflexi. (Ps. ext ni , 99.) Elle parle à son Dieu comme un ami à son ami; elle s’.ifUige de lui avoir déplu : elle se reproche de n'avoir pas encore la force de renoncer à tout pnir lui plaire : elle ne s’élève pis dans la std>linillé de scs pensées; elle laisse parler son cœur, cllcs’a- }>an(1onne à toute sa tendresse devant l’objet qu’elle aime uni<iucment. Dans le temps même (|ue son esprit s’égare , son cœur veille et parle p)ur elle ; ses dégoûLs mômes deviennent une prière par les Kentinients qui se forment alors dans son cn*ur : elle s’attendrit ; elle soupire; elle se déplaît telle est à charge à elle-même; elle sent la pesanteur de ses liens; clic se raninie comme pour s’en dégager et les rompre ; elle renouvelle mille fois ses protestations de iidelité; elle rougit et sc confond de promettre toujours, et de se retrouver toujours inlidèle : voilà tout le secret et toute la science de sa prière. Et <|u’y a-t-il là qui ne soit à p)rtée de tonte ame fidèle ?
Qui avoil instruit à prier notre pauvre femme chanr.nécnne ? une étrangère, une fille de Tyr et de Sidun, qui ignoroit les merveilles de la loi , et les oracles des proplièles; <jui n’avoii pis encore entendu île la îwuche du Sauveur les {laroles de la vie étemelle; qui éloit encore assise «ians les tcnèlires de l’ignorance et de la mwl ; elle prie cependant; elle ne s’adresse pas aux ajiôires, pour appix'iidre d'eux les règles de la prière; son nmonr, sa conliance, le désir d’ôtre exaucée lui apprennent à prier; son cirtir touché fait tout le nierile et toute la sublimité de sa prière.
Et certes , si pour prier il falloil s’clever à ces états sublimes d'oinison, oii Dieu élève quelques âmes saintes, s’il falloil être ravi comme Paul jusque dans le ciel , |XMir y entendre ces secrets inelTables que Dieu ne découvre ]M>int à l’homme, et ({u'il n'est pas |icrinis à l'homme lui-niéme de révéler ; ou comme Moïse, sur la montagne sainte, être placé sur une nuée de gloire , et voir Dieu face à face : c’est-à-dire, s’il falloil être arrivé à ce degn* d’union intime avec le Seigneur, où l'ame , comme si elle étoil déjà dépouillée de son corps, s’élève jusipic dans le sein de Dieu même; contenq>le à loisir si^ perfections infinies; oublie , p)ur ainsi dire, ses mendires qui sont sur la terre; n’est pins tronhlée, ni même divertie, par les fantômes des sens; c.st fixée et comme absorliée dans la contemplation des merveilles et <les grandeurs de Dieu : et, participant dija à son éternité, ne compteroil un siècle entier passé dans cet étal heureux, que connne un instant court et rapide; si, dis-je, pour prier, il falloit être favorisé de ces dons lare.s et excellenls de l’Esprit saint, vous ;>ouiTic/ nous dire, eonune ces nouveaux fidèles <lonl {>ar!e saint Paul , que vous ne les ave/ pas reçus et que vous ignorez môme quel est l'Esprit qui les comnuiniquc.
Mais la prière n’est pas un don partknlipr réservé à certaines âmes privilégiées; c’est un devoir commun inipos<i à tout fidèle : ce n’est pas seulement imq vertu de {perfection, et réservée à certaines âmes plus jiurcs et plus saintes; c’est une vertu indis|>ensable, comme la cliatiié; nécessaire aux parfaits, comme aux imparfaits; à la portée des savants , comme dCvS ignorants; ordonnée aux simples, comme aux plus éclairés : c’est la vertu de tous les hommes ; c’est la science de tout fidèle ; c'est la |>erft‘Clioii de toute créature, l'uut ce qoi a un cœur et qui peut aimer l’Auteur de son ôlre; tout ce qui a une raison capable de connuitre le néant de la créature et la grandeur de Dieu , doit savoir l’adorer, lui rendre grâces, recourir à lui; l'apaiser, ]urs<]u’il est irrité; l’appeler, lorsqu’il est éloigné; le remercier, lorsqu’il favorise; s’humilier, lorsipi’il frappe; lui exposer des besoins, ou lui demander des grâces.
Aussi , lcrM]ue les disciples ileninndent à JMns- Chrisl qu’il leur apprenne à prier : Dore uos ordre (Lee, n, 1); il ne leur di^ouvrc pas U baiileiir, la sublimité, la profondeur des mystères de I>ieii : il leur apprend seulement que pour prier, il faut regarder f)ieu comme un Père tendre, bienfaisant , allenliT; s’adres.ser à lui avec une familiarité respectueuse , avec une confiance môlée de crainte et d'amour; lui parler le langage de
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noire foibicsse el de nos mislln»; ne prendre des cvpressions que dans noire cieur; ne vouloir pas nous élever jusqu’à lui , mais le rapproclier plulAt de nous; lui exposer nos besoins; implorer son secours; sonbailer que lous les hommes l’adorent cl le bénisseni; qu’il vienne établir son règne dans lous les crpiirs ; que le ciel et la terre soient soumis à ses volontés saintes; que les pédieurs rentrent daas les voies de la justice; que les infidèles arrivent à la connoLssance de la vérité ; qu’il nous remette nos orTeiises; qu’il nous préserve de nos lenlalions; qu’il tende la main à notre Foiblesse ; qu’il nous délivre de nos misères. Tout est simple , mais tout est grand dans celte divine prière : elle rappelle l'homme à lui-même; et pour en suivre le modèle, il ne faut que sentir ses hesoins , et en souliailer la délivrance.
Et voilà pourquoi j’ai dit que la seconde dis- [ssition injuste , d’où partoit le prétexte fondé .sur ce qu’on ne sait pas prier , est qu’on ne sent ISIS assez les besoins infinis de son ame. Car , je vous prie, mes Frères, faut-il apprendre à un malade à demander sa guérison; à un homme pressé de la faim , à solliciter la nourriture ; à un infortuné battu de la tempête et sur le point d’un triste naufrage , à implorer du secours ? Hélas ! la nécessité toute seule ne fournit-elle pas alors des expressions ! ne trouve-t-on pas dans le sentiment tout seul des maux qu’un endure, celte éloquence vive, ces mouvements persuasifs, ces remontrances pressantes qui en sollicitent le remède? un cœur qui souffre a-t-il besoin de maître pour .savoir comment il faut se plaindre ? Tout parle en lui ; tout exprime sa douleur ; tout annonce sa |ieine; tout sollicite son soulagement : son silence même est éloquent.
Vous-même , qui vous plaignez que vous ne savez comment vous y prendre pour prier : dans vos afflictions temporelles , dès qu’une infirmité fâdteuse menace votre vie, qu'un événement inattendu met vos biens et votre fortune en péril ; qu’une mort prochaine est sur le point de vous enlever une personne , ou chère ou nécessaire : alors vous levez les mains au ciel ; vous y bûtes monter des gémissements et des prières ; vous vous adressez au Dieu qui frappe et qui guérit ; vous savez prier alors ; vous n’allez pas chercher hors de votre cœur des leçons et des règles , pour apprendre à lui exposer votre peine; ni consulter des maîtres liabiles , pour savoir ce qu'il faut lui dire ; vous n’avez besoin que de votre douleur ; vos maux tout seuls ont su vous instruire.
Ah! mes Frères, si nous .sentions les misères de notre ame , comme nous sentons celles de notre
PRIÈIIE. tllll
corps; si notre salut étemel nous iriléressoit autant qu*une fortune de boue , ou une sanie fragile et périssable , nous serions habiles dans Part divin de la prière ; nous ne nous plaindrions pas que nous n’avons rien à dire en la présence d’un Dienàqui nous avons tant à demander; il ne faudroit pas donner la gène à notre esprit , pour trouver de quoi nous entretenir avec lui; nos maux parle* roient tout seuls ; noire ca*ur s’écliapperoit malgré nous-mêmes en de sainles effusions, comme celui de la mère de Samuel devant l’arche du Seigneur; nous ne serions plus maîtres de notre douleur et de nos larmes ; et la plus sîlre marque que nous n’avons point de foi , et que nous ne nous coniioissons pas nous-mêmes , c’est que nous ne savons que dire au Seigneur dans l’intervalle d’une courte prière.
El certes, mes Frères, se peut-il faire que dans la misérable condition de cette vie humaine, environnés, comme nous sommes, de tant de |)érils; pétris nous-mêmes de tant de foiblesses ; sur le point 4 lous monienis d’èlre séduits par les objets de la vanité, corrompus par les illusions des sens , entraînés par la force des exemples ; en proie à la tyrannie de nos pcndiants , à l'empire de notre chair, à l’inconslance de notre c<rur, aux inégalités de notre raison , aux caprices de notre imagination , aux variations éternelles de notre humeur; abattus par les disgrâces , eiiüés parla prospérité; amollis par l’abondance, aigris par la nécessité; emportés par les coutumes, ébranlés par les événements ; flattés par les louanges, révoltés par les mépris; toujours en ba* lance entre nos passionseinos devoirs, entre nousmêmes el la loi de Dieu : se peut-il faire que dans une situation si déplorable, nous soyons en peine, que demander au Seigneur, que lui dire , lorsque nous venons à |)aroitre en sa présence? O mon Dieu ! pourquoi l’homme u’esl-il donc moins misérable? ou que ne cunnoll-i! mieux ses misères i
Ah ! si vous nous disiez , mon cher Auditeur, que dans la prière vous ne savez par on commencer ; si vous nous dü^iez que vos besoins sont inlinis; vos misères et vos [Kissions si mulliplices , que vous n’auriez jamais fait , si vous vouliez ks exposer toutes au Seigneur : si vous nous disiez , que plus vous approfondissez votre emur, plus vos plaies se développent, plus vous découvrez en vous de corruption et de désordre; et(|iie, désespérant de pouvoir raconter au Seigneur le detail inlini de vos foiblesses , vous lui présentez votre emur tout entier; vous laissez parler vos maux (H>ur vousntème; vous faites de votre confusion , de voire liumilialion el de votre silence , tout l’art de votre
JEUDI DE LA PREMIERE SEMAINE
prièroÿ et que pour avoir trop à lui dire . vous ne lui dites rien : si vons parliez ce langage, vous parleriez le langage de ta foi, le langage d'un roi pénitent, qui n'osant plus à la vue de ses chutes t>arler à son Dieu dans la prière, disoit : Sci> gtieiir, je me suis tu en votre présence; mon huiniliation et ma confusion ont parlé pour moi : Obmutui y et Iiumiliatus sum. (Fs. xx.wm, 3.) El alors, dans ce silence de honte et de componction , la douleur de mes crimes s'est renouvelée : l^t (iolor meus rruoraliis est. Mon cirnr, pénétré de mes ingratitudes et de vos miséricortles* s’est senti enllnminé d'un nouvel anmur pour vous : Coucu/uit cor meum intrà me , et in niediiatioHe med exardeseet igni.s. (Ps. .wxviii, |.) El tout ce que j’ai pu vous dire, d mon Dieu ! dans la profonde humiliation où me tenoit devant vous la vue de mes misères , c’est que tout homme n'est qu'un abîme de foiblesse, de corruption, de vanité et de mensonge : /.orutus sum in lintjud med. l erumlumen uuh'ersa l'onilos , ontnis /lomo t'irens. (Ps, xxxviii, 5,6.) Voilà le silence de componction que forme devant Dieu la véritaldc prière.
Mais de vous venir plaindre que vous n'avez plus rien à dire quand vous voulez prier : eh quoi ! mou cher Auditeur, vos crimes passés du moins, lors4]ue vous venez vous présenter devant Dieu, ne vous offrent-ils rien à craindre de ses jugements , ou à demander à sa miséricorde? Quoi ! toute votre vie a été peut-être un abîme de disordn* ; vmis avez abusé de tout , de la grâce , de vos talents , de votre raison , de vos bleus , de vos dignités, «le toutes It's créatures; vous avez passé la plus belle partie de vos jours dans l'oubli de Dieu, dans régareincril du momie et des pa.ssinns; vous avez avili votre cœur par des attachements injuste.»!, souillé votre corps , révolté vos sens , déréglé votre imagination, aiïoibli vos lumières, éteint même ce que des inclinations naturelles avoiciit mis d’heureux en votre ame ; et ce souvenir ne vous fournit rien devant Dieu ? et il ne vous inspire pas comment il fciut recourir à lui p«mr obtenir le pardon de tant de criiiies? et vchis n'avez rien à dire à un Dieu <]ue vous avez si luiig-teinps outragé? O hoiiime! il faut donc, ou «pie votre salut soit sans re.SM>nrce , ou (|iic vous ayez d'autres res.s4)urces |H>iir l’obtenir, «pic celles de la clémence et de la miséricorde di>iiie.
.Mais je vais plus loin, moucher Auditeur. Si vous menez une vie chrétienne; .si, revenu du monde et des plaisirs , V4tus êtes cnün entre dans le.s voies du sahii, vous êtes encore plus injuste de vous niaindre que vous ne trouvez rien à dire au Seigneur dans vos prières ! Quoi \ la grâce singu-
lière qu’il VOUS a faite d’ourrip vos yeux , de votw désabuser du monde, de voti.s retirer du fond de l'abime ; ce bienfait si rare et refusé à tant de pécheurs, ne forme-t-il aucun sentiment de reoonnoissancG dans votre cœur quand vous êtes à ses pieds? ce souvenir peut-il vous laisser froid et insensible? la présence de votre bienfaiteur ne réveille-l-elle en vous rien de tendre, vous qui vous piquez de n'avoir jamais oublié un bienfait, et qui faites tant valoir la tendresse et l'excès de voire gratitude envers les créatures?
D'ailleurs , si vous sentez ces penchants infinis , qui , malgré votre changement de vie , s'opposent encore en vous à la loi de Dieu ; cette peine que vous avez encore à faire le bien; cette pente malheureuse que vous trouvez encore en vous pour faire le mal ; ces désirs d'une vertu plus [larfaiie , qui n'ont jamais de suite ; ces résolutions qui vous retrouvent lonjotirs infidèle; ces occasions où vous vous retrouvez toujours le même; ces devoirs auxquels votre wur offre toujours la même répugnance ; en un mot, si vous sentez ce fonds Iné- |Hiisable de foiblesse et de corruption , qui vous reste encore après votre conversion, et qui alarme si fort votre vertu , non seulement vous aurez de quoi parler au Seigneur dans la prière , mais toute voire vie sera une prière continuelle. Tous les périls qui menaceront votre foiblesse, tous les événeiiienl.s qui ébranleront votre foi, toits les objets qui réveilleront les plaies anciennes de votre cœur, tous les mouvements secrets qui vous avertiront que riiomnie de péché vil toujours en vous, vous feront soupirer en secret vers celui de qui vous en attendez la délivrance. Vun.s prierez en tout lieu, comme dit l’Apdtre : tout vous rappellera à Dieu, parce que tout vous fournira des retours clirétieos sur vouvmême.
D’ailleurs, mon cher Auditeur, quand vos propres misères ne pmirroient pas remplir le vide de vos prières, occu(iez-voii.s-y des maux de TEglise; des dts.sensions des pasteurs ; de l'esprit de schisme et de révolte qui semble se former dans le sanctuaire ; du relAdiemenl des fidèles ; de la dépravation des mœurs; du triste progrès de l’incrcdulilé ; de l'extinction de la foi punni les hommes, («éniissez sur les scandales dont vous êtes tous les jours témoin; plaignez-vous an Seigneur, comme le Froplièle, que tons l’ont abandonné ; que chacun dierclie ses propres Intérêts; que le sel même de la terre s’est afTaiil ; et que la piété est devenue un gain. Demandez au Seigtieur, pour la consommation de ses élus , et pour l’arcompUssemenl de ses de.<vsdns sur son Eglise, des princes religieux , des pasteurs fidèles, des docteurs humbles cl éclai-
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rés, des gnides instruits et désintéressés, des solitaires fervents, des vierges pures et édiHantes : la paix des Eglises; l’exlirpation des erreurs; le retour de tant de peuples que l’esprit de Hiérésie a séduits, et qui ont substitué des doctrines nouvelles à la religioD de leiun!: pères.
Que dirai-je encore? Demandez-lui la conversion de vos proches, de vos amis, de vos ennemis, de vos protecteurs , de vos maîtres ; la conversion de ces urnes à qui vous avez été vous-mème un sujet de chute et de scandale ; de celles que vous avez vous-ntéme au trefois éloignées de la |^été, par vos dérisions et par vos censures; de celles qui ne doivent peut-être qu'à l’impiété de vos discours passifs leur irréligion et leur libertinage; de celles dont rus exemples ou vos sollicitations ont autrefuis, ou perverti la vertu, ou .séduit la foiblcsse. £^t•ce que ces grands objets, si tristes, si intéressants, ne sauroienl fournir un moment d*atlention à votre esprit, ou quelque .sensibilitéàvoire cœur? To.it ce (|ui vous environne vous apprend à prier; tous les objets, tous les événements que vous voyez autour de vous, vous ménagent des occasions nouvelles de vous élever à Dieu le monde, la retraite; la cour, la ville; les justes, les pcrlieurs; les événements publics et domestiques; lo maliieur des uns, ou 1a prospérité des autres ; tout ce qui s’oiïre à vos yeux vous fournit des sujets de gémissement, de prières, d'actions de grâces, 'l'ont instruit votre b>i, tout excite votre zèle; tout contriste votre piété; tout rappelle votre recunnois^nce : et au milieu de tant de sujets de prier, vous ne savez comment fournir à un instant de prière ? cl entooré de tant d’occasions de vous élever à Dieu , vous n’avez plus rien à dire , qoand vous venez paroltre en sa présence? Ah! mes Frères, mie Dieu est loin dbin cœur qui a tant de peine à s'entretenir avec lui , et qu'on aime peu un inailre et un ami , à qui on ne trouve jamais rien à dire I
El voilà la dernière et la principale raison qui fait que nous sommes inhabiles à la prière. On ne sait point prier et parler à son Dieu , parce qu’on ne l’aime pas. Quand on aime, le cœur sait bientôt comment il faut s’y prendre pour entretenir et pour loucher ce qu’il aime; il ne va pas chercher bien loin ce qu’il doit dire: hélas! il ne sanrolt même dire tout ce qu’il sent. Rétablissons Tordre dams notre cœur, mes Frères; substituons Dieu à la place du monde : alors notre cœur ne se trouvera plus étranger'devanl le Seigneur. C'est le dérèglement de nos affections tout seul, qui fbil notre incapacité de prier : on ne sait pas demander des biens éternels que Ton n’aime pas ; on ne sait
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pas méditer des ti>rités que Ton ne gmUe pas ; on n'a rien à dire à un Dieu que Ton ne connoU presque pa.s ; on ignore comment solllciler des grâces que Ton ne souhaite pas : on ne sait ;>as faire instance pour obtenir la délivrance des (tassions <}uc Ton ne hait pas : en un mol, la prière est le langage de Tamoiir; et nous ne savons (tas prier, parce que nous ne savons (>as aimer.
Mais dé(»end-il île noms, nie direz-vous, d’avoir le goiH de la prière ? et comment prier avec des dégoûu et des égarements d’esprit, dont on n’est pas le maître , et (|iii la rendent in.>«uieiiab!e ? Second prétexte lire des dégoûts etdesdiniciiltés de la prière.