‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 105 sur 348 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

I.a nécessité et les avantages de la prière reviennent si souvent dans les livres sainLs, et l’Iiuinoie tui-iiiènie porte cette vérité si vivement empreinte dans le fond de son être et dans la folblesse de ses penclianls, qu'il parull presque inutile d’en venir ici instruire les fldèles. En effet, mes Frères , s’il y a au-dessus de nous un Être suprême , auteur de cet univers que nous habitons , qui le soutient par la force de sa parole, et qui veut être connu et adoré de ses eréatures ; le premier devoir de l’bomme est de lever les yeux an del , de reconuollre le Seigneur à qui il appartient, de lui faire liommage de tout ce qu’il est , de lui rapporter ce qu’il en a reçu, et d’établir avec lui un saint coininerce d’amour , d’adoration , de servitude et d’action de grâces. Qu’est-ce donc qu’un homme qui , reconnoissant cet Être suprême , ne le prie pas ? C’est un iiifortimé qui n’a point de Dieu ; qui vit tout seul dans l’univers; qui ne tient 1 aucun être hors de lui ; qui , retombant sur son propre cœur, n’y trouve que lui-même, c’est-à-dire, ses peines, ses dégoûts, ses inquiétudes, ses (erreurs, avec quoi il puisse s’entretenir : c’est un infortuné qui n’attend rien au-delà du tombeau ; qui liorne ici-bas tous ses désirs cl toutes ses espérances ; qui se regarde comme une vapeur que le hasard a formée , prêle à s’évanouir et à se perdre pour toujours dans les espaces immenses du néant ; i|tii ne se croit formé que pour les jours rapides qu’il parolt sur la terre; qui vit dans ruiiivers coiiime un liomine que le liasard auroil jeté loot seul dans une Ile reculée et inaccessible, où il serait sans maître, sans souverain, sans soin, sans discipline, sans attendre de ressource , saas se promettre une meilleure destinée , sans fatiguer le ciel par des vœux inutiles, sans porter ses vœux et ses souliails au-delà du vaste abîme qui l’environneroit, et sans cliercher d’autre adoucissement à l’infortime de sa condition, qu’une molle indo-

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