‹ Œuvres de Massillon, Évêque de ClermontChapitre 106 sur 348 · SUR LA PRIÈRE · texte numérisé non relu

SUR LA PRIÈRE

lence. Tel est l’homme qui ne s’enlrelienl jamais avec le Seigneur qui l’a fait.

En socomi lieu, .si nous ne pouvons pas de nous-nu''nies former un seul désir digue des regards de Dieu; si des penchants violents et continuels précipitent sans cesse notre C(Pur vers les pl.iisirs illicites; si toutes nos voies sont semêt's d’écueils et inve5tie.s d’eimeniis invisibles; si les richesses nous corronqient, la prospérité nous élève, l'aniiclion nous aliat, les affaires nous dissipL'iU, le re|M)S nous amollit, les sciences nous enflent, l’ignorance nou.s égare, les commerces lions séduisent, la suliliide nous nuit, la santé réveille les passions, la maladie nourrit, ou ta tié~ deiir, ou le.s murmures; en un mot, si depuis notre chute, tout ce qui nous environne est pour nous, ou piège, ou erreur, ou tentation : dans une situation si périlleuse, eh! quel espoir de salut pourroil-il encore rester à riiomiiie, s’il n’appeloit son Dieu à son secours; si du fond de notre misère nous ne faisions sans cesse monter des gémissemcnlsvers le ciel, afln (pic le Seigneur vienne lui-mème mettre un frein à nos passiuiis indompté^es, fixer nos inconstances, é<dairer nos erreurs, soutenir nos foihles^<es, réveiller nos langueurs, écarter les périls, adoucir les tentations, abréger les lienres du combat, et nous relever de nos chutes ? Oui, mes Frères, la prière est la source de toutes les grâces, et le remède de tous nos besoias. Si raiguillon de 5vitan révolte la chair contre l’esprit; c’est là que rinfirmitc se fortifie. Si la figure du monde nous amuse et nous éblouit; c'est là que la foi se perfectionne. Si l(» oettasioas nous entraînent malgré nos plus vives résolutions; c’est là que la fldélib* est donnée. Si les sollicitudes du siècle, ou ralentissent notre ferveur, ou dissipent nos sens; c’est là que la piété se renouvelle, et qu’un retrouve le recueijicmenl. Si rinconslance du emur toute seule nous fait éprouver ces inoment.s dangereux de dégoût dans le service du Seigneur; c’fcst là que le goût du don célej^te se réveille, et qn’on sent combien le Seigtienr est doux. Si les maximes des insensés et les er reurs du monde ont affoibli dans notre esprit les vérités du salut; c’est là que les lumières croissent, et que tous ces vains fantômes que l’esprit de ténèbres avoit élevés au milieu de nous sont dissipés. Si nous ne pouvons pas être avec nous-mêmes; si la retraite nous paroll affreuse; si les jeux, les assemblées, les plaisirs, sont devenus des amusements inévitables à l’ennui qui nous persécute; ah! c'est là que nous apprendrons à noas passer du monde, à ne pouvoir nous souffrir ; et à trouver avec Dieu seul nos plus chères délices, r

SOÎ)

Si les croix , les larmes , les amertumes d’une vie chivtieime, alarment notre foiblesse, et nous empérlieut de nuu.'« convertir au Seigneur; c'est là que l'innocence s’offre à nous avec tons scs charmes, que le sein de la gloire s'ouwe , que les tri bnlations passagères ne paroissent plus rien au prix des biens à venir ({iii doivent les couronner.

Si nous gémi.s.soas soas le poids de nos chaînes ; c'est là qu’une main invisible nous fortifie peu à peu. Si nous sommes au fond de l’abime et de la dissolution, et si nos iniquités, comme une pierre falali; , semblent en avoir fermé l’entrée et iH>us ôter tout espoir de secours; c’est là qu’un rayon de lumière commence à percer dans l’horreur de ces téi^ln‘es;et qu’une voix céleste se fait entendre jiis<|(ie daas le séjour de la mort. Si nous nous trouvons dans ces nouvelles agitations de 1a pénitence où la grâce et la cupidité disputent encore notre cœur, où l'on est ébranlé, mais non pas encore vaincu; touché, mais non pas converti; ah! c’est là que la victoire s’aciiève, (|ue les irrésolutions SC iixent , et que le Seigneur demeure le mnitre. Si la perfidie ou l’injustice nous ont dépouillés de nos biens et de uos dignilés, et renversé nos plus belles espérances; c’est bi que dans le secret de la retraite où une affreuse disgrâce nous a jetés , on trouve un ami plus solide que celui qu’on a {ierdii , un maître plus puissant que celui qu’on servait, des récompenses plus sûres <{ue celles qu’on attendoil. Si la calomnie nous a noircis; c’est là (|u'on se console , avec celui qui noti.s connoll tous, des jugements injustes des hommes. Si la maladie nous afflige ; c’est là que le Soigneur verse de l’huile sur nos plaies. Si nous avons perdu un père, un époux, un protecteur; c’est là qu’il commence à nous tenir lieu de tout. Les hommes , qui ne }jeuvent rein|>lacer nos pertes, ne peuvent aussi consoler notre douleur : ce sont des consolateurs impuLssanIs qui nous fatiguent, loin de nous soulager; qui nous exhortent à la (latience, mais qui ne peuvent la porter jusque dans notre co*ur; et si vous ne priez pas , toutes vos afflictions sont sans ressource. En un mot, mettez-vous dans quelle situation il vous plaira, la prière l’adoucit, si elle est triste; ou la facilite, si elle est péniUc; ou raffermil , si elle est clianc^elante ; ou la présen e, si elle est exposée. Mats quand nos intérêts tout seuls ne nous feroient pa.s de la prière l'exercice le plus doux et le plus consolant de la foi; quand même daas l’exil où nous vivoas, éloignés de notre Dieu, assujétis à tant de misères, esclaves de tant de néces.siiés, livrés à tant de foibles.ses, nous pourrions trouver iiorsde lui quelque plaisir véritable et qucl<|ue adoucissc-

JEUDI DE LA PREMIÈKi: SEMAI>K.

ment à nos mnux; ne faut-il {uis l’adorer, puisque ordres; elle renonce d’almrd aux dieux de Cba>

nous sommes son ouvra;^,el que c’esl lui qui iiaan, et aux èg<irements de ses premières voles ,

nousa tirés du sein de nos mères, et qui n’a et court reconnoltrele désiré des naiions, le descessé depuis d'ajouter de nouveaux bienfails à ce- tracteur de l’empire de Satan , et celui en qui lâ

]ui-là? Avons-nous des devoirs plus essentiels que malédiction prononcée contre la postérité de Cham

de lui rendre sans cesse des actions de ;(races, devoit être levée: Egressa à finihus iUis. Or,

puisqu’il est le rcmiméraleur de nos peines, le usons-nous de ces précautions, mes Frères , lora-

Juge éternel de nos actions 7 Ne faut-il fias inté- que nous venons nous présenter à Jésus-Christ

resser sa miséricorde à notre salut, apaiser sa jus- dans la prière? sortons nous du milieu de nos

tice sur nos crimes passés, elle prier de ne s*en idoles et de notre peuple?lli]ousordonnedese-

point souvenir dans sa colère? couer l’iniquité qui est dans nos mains, avant

Enfin, mes Frères, le dirélien est un homme que d'oser les lever vers lui : 5i triiquitatem quœ

de prière; son origine, sa situation, sa nature, fst iu manu tua abstuferis à te... lune levare poses espérances , sa demeure, tout l’avertit qu'il terlf/(iriemtuamabsçuemacu/d.(JoB,xi,14,15.)

faut prier; l'Église elle-même, oii la grâce de Puisifue nous allons demander, il ne faut rien

l'Evangile nousa incorporés, ici-bas étrangère, exposer aux yeux de notre bienfaiteur, qui puisse

n’est qu’une triste colombe captive dans Daby- arrêter ses grâces; puisque nous devons adorer,

lone ; toujours gémissante et plaintive, elle ne re- nous ne devons rien conserver dans notre cœur ,

connolt ses enfants que par les soupirs qu’ils I qui démente nos hommages; puisque nous allons poussent sans cesse vers la patrie ; et le chrétien I nous humilier de nos fautes , il ne faut pas apporqui ne prie pas se retranche lui-même de l'as- terencorel’afrection criminelle devant notre juge,

semblée des saints, et est pire qu’un inlidèle. Il fout du moins liair nos plaies , si nous ne pou-

Mais plus la prière est nécessaire et utile, vons pas encore couperjusqu'au vif pour les guérir:

plus il importe de prier comme il faut, tes avan- il faut du moins gémir sur notremisère, si nousne

tages de ce devoir, si essentiel à la vie chrétienne, pouvons pas encore obtenir de notre foible-sse cet

sont attachés à la manière dont on l'accomplit; eiïurt généreux qui doit noua en délivrer. Toute

et vous ne priez pas , si vous priez mal. La foi est prière doit donc partir d’un commencement im-

donc, (lit saint Augustin, la première condition et parfait de pénitence, et être une démarche de con-

comme la source de la prière chrétienne: J^ides version; toute prière doit donc, ou changer le

fous orationis. Or, la foi , lurMpi’elle prie , corn- cœur, ou être née d’un désir de changement ; au*

roence par nous f.iire liaîr lotit ce qui déplaît en Irement vous ne priez pas ; vous venez insulter la

nous au Dieu que nous voulons apaiser; elle ne de- sainteté de l’Être suprême. Et cependant, met

mande que 1rs dons qui peuvent nous rendre Frères, nous portons tous les jours jusque sous la

Bgréablesà ses yeux; elle s'en remet pour les fn- majcsiédes regards de Dieu , des liens honteux ,

veurs temporelles, et les autres dons qui ne doi- des désirs de crimes, des hainescruelles,des pro-

vent point demeurer, aux desseins étemels que le jets chimériques de fortune; nous le prions de

Seigneur a formés sur nos destinées; également nous remettre nos offenses, et nousne nous en re-

préie à le l>énir, soit qu’il nous en favorise, soit penlons pas, ou peut-être en médilons-nons de

qu'il nous les refuse; c’esi-ù-dire qu’elle est sin- nouvelles; nous le conjurons de nous délivrer de

cère, désintéressée, soumise. la tcniation, et nous aimons d’y succomber ; nous

Or remarquez, je vous prie, avec moi ces souhaitons que son nom soit saiicliné, et nous

trois conditions dans la prière de notre sainte Cha- sommes dans le dessein de l’outrager encore; nous

nanéenne. Preniièremeut, elle commence à sortir lui demandons que son royaume nous soit donné,

de sa contrée et du milieu d’un peuple qui cioit et nous voulons encore être du nombre de ces for-

maudit : E(/ressaù ll/is, (Mattii., .W.22) nicateurs, de ces injustes, de ces adultères qui oe

clic éloigne son cœur de tout ce qui peut éloigner le posséderont pas : en un mot, nous desirons qne

d'elle lesregardsdeson tibcrateur;elleiaisselàles sa volonté 8’accompli>«e , et nous refusons de lui

idoles que ses pères lui a voient appris àadorer.et ne obéir. Sont-cclà, ô mon Dieu ! des suppliants qui

compleplussurleurfoiblcprotec(ion;sanilemênie demandent des gi'aces, des coupables qui attendent

mmirante ,criielleineiit tourmentée, et à qui même leur pardon, des indigents qui vous représentent

ses soins et sa présence eussent été si nécessaires, leur misère, ou des profanes (jiii vous insultent ?

ne l’arrête ftas: elle n’attend pas, comme la Et que voyez-vous dans ces prières, qui ne solli-

femme de Samarie, que le Fils de David vienne cite vus foudres, loin d’altirervus faveurs? Devant

la dtercher au milieu de son peuple et de ses dés- voire majesté même, on s’entretient avec ses pas-

c „ ■ - k)og{i

SlIK LA PliiLRE.

SM

sions, au lien de les faire taire du moins en votre présence ; et ()ueI<]iierois Ton sort de la prière le cœur plus écliaitfTé , l’espril plus occupé d'un dessein, d'une entreprise, d’une pas>iim, tpi’on n'y est entré, seule chose dont on est vide, d mon Dieu ? c’est de vos vérités et de votre grâce.

Mais ce n'est pas assez de ne rien porter sous les yeux de Dieu dans la prière , qui puisse éloigner les grâces que nous venons demander; i) tnil (|uc la foi règle et purifie nos demandes; seconde condition de la prière chrétienne marquée dans la conduite de notre sainte femme de l’IÀaiigile : Seigneur, HIs de Daviil, ayez pitié de moi : VtxerereiMri. Domine, FtU /)fU’id.(MATTH.,xv,22.) El ici, mes Frères, souffrez que je fasse deux réflexions. La première, c'est qu’elle ne dit pas, remarque saint Chrysosléuie, guérissez nu lille; mais, ayez pitié de moi : ses propres besoins s’offrenl à elle les premiers dans sa prière; elle sent son ame sous la tyrannie d’un démon invisible <iont la délivrance lui paroit plus ini|torlante que celle du corps de sa fille : ainsi elle demande d'abord le royaume de Dieu et sa justice, persuadée <|iie tout le reste lui sera donné comme par surcroît. Voilà la règle, mon cher Auditeur; mais la suivez-vous? dans te.s calamités qui vou.s nflligent. commencez -vous à invoquer la miséricorde du beigneur sur les misères cacln^ de votre ame , ou sur les maux tenqKtrels qui vous accablent aiidehors? üemandez \mis premièrement la charité, qui demeure toujours, avant que de demander d’autres dons moins excellents et (pu seront détruits avec vous? et votre convei*>ion vous intéresse-t-elle plus vivement que vos malheurs? Lorstprun revers de fortune , on plutôt uii ordre S(?crel (le la Providence , vous eut fait dtichoir de cct état de praspérité, où votre naissance et les hieiis de vos ani’ètrcs vous avoient placé, (pielle fut la première voix que votre oeur afiligé fit monter vers le Seigneur? Dêlivrcz-moi , lui disiezvous, de ceux qui me persécutent ; de sa grâce, de votre salut, de vos ennemis domestiques, il n'en étoit point question. Lorsque cet époux, c.et ami , ce maître , à la vie duquel votre fonuiie étoit attachée, fut sur le point de vous être enlevé , et que tout secours humain devenu imilile, il fallut lever les yeux an ciel, et mettre dans le Seigneur toulc votre espérance ; que lui oITrlles-vous d’abord ? les calamitiis , prêtes de fondre sur vous , à prévenir? ou len crimes qui vous les avaient attirées, à expier? Lorsque sa main se fut apjMsantie sur votre propre personne, et que des maux longs et (îruels eurent cleinl peu à peu voire jeunesse et votre santé; quels remèdes demandiez-

vous au souverain médecin? et tandis que les infirmités de voire chair vous trouvoienl si sensible, coiinoissiez-vous seulement celles de votre aine? Que vous auriez {>eu de suppliants , ô mon Dieu ! si vous n’aviez à distribuer que des dons célestes et des irt's<»rs spirituels! Mais je me trompe, mes Frères; ce n'est pas le Seigneur que vous Invoquez, pui>que vous Uesirez quelque autre cliose qi<e lui-niènie: vous invoquez la santé, la pros(>érilé , la gloire , pu!s(|ue vous ne vous adiessez à lui que pour obtenir quelqu'un de ces dons; vous le cIxMcIiez comme ces Juifs charnels, à cause des pains terrestres qn’ll multiplie; et votre (>rière n'e.«t ({u’uiie demande injuste d'un bien périssable, que vous faites à l'auteur de tous les biens.

La seconde réllexion . c’est que la véritable prière nous rappelle sans cesse à iious-inèmes, et sons prélexle de nous elever, ne permet pas (ju’on s’oiildie : Fils de Dfirid, ayez pitié de »ioi. Car, prier, c'est connollre sa misère; c'est avouer à son Dieu son injustice; c’est soupirer après la grâce d'une parfaite délivrance. Prier, c'est vouloir anémtir en nous tout ce qui déplaît ù l'Ktre suprême; c’est s'animer à lui être désormais p!us fidèle; c*&>t se confoiulre ù la vue de ses bienfaiU i et de notre ingratitude. Prier, c’est opposer nos I mœurs à la loi sainte . les redresser sans cevse sur ! celte réglé, en retrancher sans pitié tout ce qui I $*y trouve contraire; c’isl avancer dans la pratique des veriu.s clirtMlenncs. En un mol, la prière est la perfection de nos mœurs. Eh! mes Frères, l’homme corrompu comme il est, pétri d'orgueil , de sensualité,, d'ignorance, et sujet à tant de foi- . blfs>^es, queli}ue progrè.s ail fait dans la i vertu, peut-il se permettre de viriix devant son Dieu (jue pour hii-mème? peut -il se proposer I d’autre sujet de sa prière ipic lui-mèuie , et les lie- I soins inlin'H de son iiiiie? penl-il lui re.sler assez ! de loisir, pour entrer dans de vaincs spéculations où i! se {»erd? La prière est-elle donc un efforl de I l’espril , ou le langage du c<eur ? et ailore-l-on jaj mais son Dieu d’une manière plus digue de lui,

{ que lors(|ue , prosternée sous 1 1 majesté de ses rei ganis, la vile créature reconnoU (|u’clle n'est que f cendi-e et poussière en sa pré.sencc? Le pécheur ne \ doit tenir à son Dieu ipie ce langage : Fils de Daj vUl, ayez pitié de moi. Dans ce sentiment est I renfermée toute la sublimité de sa piière; c’est ainsi qu'il adore smi Seigneur, qu'il l'aime, qu’il I espère en lui, (ju'il lecoimoil ses bienfaits, et I qu’il con^es^e sou impuissance.

En troisième lieu, la foi de notre Cliananéenne I lut inspire dans sa prière une résignation parfaite I à la volonté de son libérateur ; elle se contente de

m JEUDI DE LA PREMIÈRE SEMAINE.

lui dire : Ma 611e est cruellement tourmentée par le démon ; /'èfia mea malè à dfvmonw rexaivr. (Matth., XV, 22.) Elle n’ajoiiie pas, dit saint Chrysostôme : Dclivrez-la , S<'i^eur; elle n’impose aucune loi à sa miséricorde. On ne rentend pas crier comme cet oflîcicr de rÉvan^ile : Venez , Sei^eur, cl (guérissez mon serviteur ^ comme cet aveugle de Jéricho : Seigneur, faites que je voie; comme cette mère des enfants de /él>^ée : Dites que mes deux enfants soient assis , l’un à voire droite et l’autre à votre gauche : contente d’avoir découvert le sujet de sa douleur, elle s’en remet du reste à la sagesse et ù la clémence du l-'ils de David, et laisse à la seule disposition de sa volonté les suites de sa destinée ; FiUa niea malé à (Uniionio rexatur. Ainsi, Dieu veut qu’on le prie, mes Frères : il est plus éclairé sur nos besoins que nous-ménies; car d’ordinaire nous ne savons ce que nous lui demandons : souvent nous exigeons de lui des faveurs que sa justice nous accorde comme des peines , parce qu’il s’indigne qne nous ne comptions sa volonté pour rien dans nos prières; que nous respections si peu les ordres éternels de sa providence sur nous, et que nous voulions faire à sa sagesse une loi de la bizarrerie de nos désirs. Cependant, mon cher Auditeur, c’est ici le défaut le plus universel de nos prières; raccomplisscment de sa volonté sainte n’est presqne jamais la règle de nos vmux et de nos demandes, luïrsciu’il vous a frappé dans vos biens , ou dam votre personne, lui avez-vous dit : Seigneur, si cet étal d’adlicUon me rend plus agréable à vos yeux , et me met dans une iieureuse impuissance de vous déplaire, laissez-root des maux si précieux. Est-ce ainsi que vous l’avez prié ? Ah ! vous n’avez pas eu assez de larmes et de soupirs pour lui demander le retour de la santé on de la fortune. Mats qu’est-ü arrivé? II vous a exaucé , et les suites ne vous ont que trop fait connoltre qu’il vous avoil puni en vous exauçant, et qu’il avoit été un Dieu cruel en vous devenant propice : vous avez fait sen ir aux plaisirs et aux égarements des passions celte sinté , qu’il vous a rendue; et les biens où vous êtes rentré n’ont été entre vos main.s qne les tristes instruments de vos crimes. I^orsque sa main se fut étendue sur cet enfant, qu’une tendresse déréglée vous rendoit si dier, et que vous regardiez comme l’unique successeur de vos grands biens, et le seul appui de vos espérances; vous contenUUes-vous de lui dire comme la sainte mère de notre Evangile : Seigneur, mon enfant est cruellement tourmenté, son sort est entre vos mains : vous voyez mon affliction; vous prévoyez sa destinée; n’ayez au-

cun égard à mes desirs s’ils ne s’accordent pas avec vos conseils éternels : Filia mea mafé à da'monto rf.ratur. Ah! vous ne saviez demander au Seigneur que sa vie, et la prolongation de scs jours : il la lui rendit cette vie; il les prolongea ces jours; et mille chagrins amers dont scs mmurs licencieuses ont depuis contriste votre tendresse , et sa révolte |)eul-étre dénaturée contre vousméme, et l’oubli du respect et de la piété paternelle, vous ont appris que vous ne méritiez pas alors d’étre refusé; que votre prière n’éloit pas assez soumi.se et assez pure pour être exaucée ; et que le bienfait dont il consoloit l’excès de votre douleur, en éloil le pins terrible châtiment. Comme nou.s ignorons, mes Frères, si le Seigneur veut nous sanctifier par la voie des afflictions 011 de la prospérité, de la santé ou de la maladie , de la réputation ou des opprobres , nous devons dans nos prières le conjurer d’accomplir ses desseiths éternels sur nous, de nous mener par le sentier qu’il nous a préparé dès le commencement des siècles; et ne lui demander les faveurs temporelles, qu’autanl que sa sagesse les trouvera favorables â notre salut. Pour les biens de la grâce , la conversion du cœur, la délivrance des passions, la fidélité dans les occasions, la persévérance dans la vertu; aii! demandons -les, sans conditions et sans r^erve : la volonté du Seigneur, dit i’Apôlre, est toujours que nous soyons saints; et nous ne pouvons solliciter avec trop d’instairce, ce que nous ne saurions jamais trop uH obtenir. Mais c’est ici où cliacim s’abuse; et où pour jiislifier des prières iritéres.sées et cliamelles, on confond les intérêts du salut avec ceux de l’amourpropre. On s’imagine, dans des maladies habituelles, que si le Seigneur nous rendoit la santé, nous serions moins tièdes dans son service , plus en état d’entrer dans de bonnes œuvres, plus propres à nous appliquer à l’aflaire de l’éternité; et lâ-dessus , on ne cesse de lui demander la délivrance de ses maux. On se persuade dans la disgrâce , que si l’on JouUsoit encore d’une fortune riante, on soulageroil les malheureux, on favoriseroil les gens de bien , on souüendroit les intérêts des peuples, on metlroit à couvert la foiblesse et l’innocence de l’injustice et de l’oppression; et là-dcssos , on se permet mille desirs pour le retour de la fortune et de la prospérité. On croit , dans la décadence des affaires , qu’une situation plus tranquille nous laisseroit plus de loisir de travailler au salut; et là-dessus, on ne cesse de dire au Seigneur : N’abandonnez pas , ô mon Dieu ! ceux qui veulent vous servir et vous glorifier dans vos dons. Illusîoiis, mes Frères; l'état

si:r i.A

où la Providence nons place est toujours le plus propre â notre salut ; plus môme cet état nous déplaît, plus la t^racey trouve de moyens de sanctiliraliori : demander au Selj^eur qu’il nous en tire, sous prétexte de le servir ailleurs plus fîdèictnent, c'est vouloir excuser à ses yeux l’usage peu chrétien que nous en faisons. Mais ce seroii peu de ne demander que ce qu'il faut dans la prière, nous devons le demamier comme il faut , et c’est sur quoi l’exemple de notre sainte Chanant^nne va encore nous instruire.

Page 1